Angélique et le complot des ombres
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #19
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le complot des ombres». Краткое содержание книги:
– Non, non, je ne suis chargé de rien, au contraire.
– Que voulez-vous dire, au contraire ? Le baron baissa la tête.
– Je rentre en France, fit-il. Voici pourquoi je me trouve à bord du Maribelle.
Il paraissait accablé de tristesse.
– J'ai été arrêté, dit-il.
– Arrêté, vous ?...
La même exclamation sortait de bouches différentes.
– Pour quelle raison ?
C'était Angélique qui avait posé la question. Le baron d'Arreboust la regarda fixement.
– À cause de vous.
Dans le silence qui suivit, la stupeur dominait. M. d'Arreboust était presque un fondateur de Canada. Sa mésaventure ne paraissait pas crédible. Et l'on ne voyait pas comment Angélique pouvait avoir entraîné sa disgrâce.
– Enfin quand je dis : vous !... Madame, pardonnez-moi, il s'agit de vous aussi, monsieur de Peyrac. En bref, j'ai été un de vos trop chaleureux partisans.
– Et voilà ce qui nous attend, dit la voix amère de l'intendant Carlon, en arrière-fond.
Joffrey de Peyrac, sans négliger le baron, reportait son attention sur le Maribelle.
– Croyez-vous que ces messieurs là-bas ont l'intention de nous considérer en ennemis ?
– Je ne le pense pas. M. de Luppé, le commandant, qui est de ma parenté, est un jeune homme qui se soucie fort peu des querelles des Canadiens. C'est pourquoi, à son bord, je suis seulement prisonnier sur parole. Êtes-vous disposé à parlementer avec lui ?
– Certainement.
– Alors, avez-vous une écharpe blanche ou une quelconque flamme ou pavillon que je lui adresse un signal ?
– Vous voyez bien que vous étiez chargé d'une mission.
Villedavray lui passa l'écharpe qui recouvrait le baudrier auquel était suspendue son épée et M. d'Arreboust l'agita à plusieurs reprises.
– Je l'avais rassuré sur votre honnêteté, mais il se méfiait. On en raconte tant à votre sujet, et avec le passage des canots de la chasse-galerie, la fièvre atteignait son plus haut degré à Québec lorsque nous avons levé l'ancre.
M. de Luppé était un jeune officier grand et bien fait. Il affectait un air méprisant et hautain. C'était un type de courtisan assez répandu ; il ressemblait au marquis de Vardes ou au frère de Louise de Lavallière. Enfants gâtés d'un monde dissolu qui les encensait pour leur prestance et leur langue acérée, ils n'en étaient pas moins, dans leur commandement, loin de la Cour, des hommes compétents et soucieux de leurs responsabilités.
Il s'était fait escorter de six soldats de marine armés de mousquets, mais n'en estimait pas moins sa position pour ce qu'elle valait.
– Monsieur, dit-il en mettant le pied sur le pont du Gouldsboro et en s'adressant à Peyrac, nourrissez-vous à mon égard des intentions hostiles ?
– C'est à moi, Monsieur, de vous poser cette question, répondit Peyrac.
Le marquis de Luppé jeta sur l'alentour un regard désabusé, désignant les voiliers qui couraient et manœuvraient sous le vent.
– Je sais voir, Monsieur, et je sais compter. Je suis seul contre cinq bâtiments. Je n'ai pas d'ordres supérieurs à votre sujet, vous ne m'avez pas attaqué, la France n'est pas en guerre contre votre nation, quelle qu'elle soit. Pourquoi nourrirais-je des sentiments hostiles envers vous ?
– Alors, nous sommes quittes, Monsieur, vous pouvez continuer votre route !
– Je désirerais rester deux jours à Tadoussac, pour faire provision d'eau douce et de bois de cuisine.
– À votre guise, à condition que vous respectiez et fassiez respecter par vos hommes votre engagement de non-belligérance à mon égard.
– Et puis attendez, mon gaillard, intervint Jean Carlon en s'avançant, il faut que vous me chargiez des bois de charpente et des mâts de marine pour Le Havre...
– Mais mes cales sont pleines, s'écria l'officier en changeant de couleur, mon chargement est arrimé, et puis d'abord, vous, qui êtes-vous pour me parler sur ce ton ?
– Qui je suis ? Vous allez l'apprendre, mon garçon, s'écria l'intendant de la Nouvelle-France en se redressant de toute sa taille. Ce n'est pas parce que vous commandez un vaisseau de guerre...
Angélique n'attendit pas la fin des présentations qui promettait d'être orageuse.
Voyant que tout semblait s'arranger au mieux en ce qui les concernait, elle avait entraîné le baron d'Arreboust vers la chambre des cartes. Elle souhaitait parler avec lui, savoir exactement à la suite de quelles circonstances il avait été disgracié et pourquoi il l'en accusait.
Chapitre 4
– Que s'est-il passé ? lui demanda-t-elle lorsqu'ils se retrouvèrent tous deux assis devant un verre du fameux vin de Bourgogne, panacée de tous les maux.
– Vous le demandez, soupira-t-il. Hélas ! C'est vous, encore vous... Oui, je le reconnais, Loménie et moi, nous avons fait les fous. Lorsque nous sommes revenus de Wapassou, nous répétions à l'envi que nous étions amoureux de la Dame du lac d'Argent... c'est-à-dire de vous.
– Je ne vois pas M. de Loménie énonçant une telle déclaration, dit Angélique en riant. Ce n'est pas dans sa manière. N'est-il pas religieux ? Un chevalier de Malte ?
– Justement ! Son attitude a choqué plus encore que la mienne. Vous le connaissez mal. M. de Loménie est un homme très libre et fougueux et lorsqu'il s'agit de ses affections, et j'ajouterai de ses convictions, il va jusqu'au bout...
« Or, on nous avait envoyés là-bas chez vous pour nous faire une opinion de visu et nous la donnions. Je m'imaginais naïvement que nous ayant choisis pour la confiance que nous inspirions à nos compatriotes nos avis seraient pris en considération. Ce n'est que trop tard que j'ai compris que l'on ne voulait de nous qu'une réponse allant dans le sens que les esprits souhaitaient, c'est-à-dire vous dénonçant comme des ennemis à combattre.
« N'apportant pas cette réponse nous avons très vite été désavoués, suspects. On nous accusait de nous être laissé circonvenir, acheter, voire envoûter. Mais nous ne nous rendions pas compte.
« Nous pensions qu'en disant simplement la vérité les esprits se calmeraient. Oui, nous avons fait les fous, répéta-t-il. Nous étions à notre retour du Maine dans un état d'euphorie étrange. Comme si le monde avait changé de couleur. Il faut se méfier de ces courants d'exaltation qui voyagent l'hiver quand l'air est transparent et qui vous mettent dans une sorte d'ébriété légère. Mais, en fait, nous ne disions que des choses raisonnables, même si nous plaisantions. Ne peut-on plus plaisanter en Nouvelle-France ? Non : il faut le croire.
– Buvez un peu, dit Angélique en l'interrompant, car elle le voyait à bout de nerfs.
– Où était l'homme pondéré et calme qu'ils avaient hébergé l'an dernier à Wapassou ?
– ... C'est du vin de Bourgogne...
– Il est très bon en effet. Un vrai nectar. Je me sens mieux...
– Apaisez-vous. Vous êtes avec nous maintenant. Nous allons vous aider...
– Impossible... Je suis un homme disgracié, sans recours. Tout ce qui m'attend en France, c'est la Bastille.
Sur ces entrefaites, le marquis de Villedavray entra dans la chambre des cartes en se frottant les mains.
– Ho ! Ho ! La bonne affaire. Le passage du Maribelle va me permettre d'écrire à M. de Pontarville à Paris pour lui demander de me céder l'un de ses petits Maures comme page. Par ce courrier, je gagne une saison...
Il s'assit près d'eux et se versa un verre de vin.
– ... Vous parliez de la Bastille, Baron. Ne vous tourmentez pas ! Qui n'a pas fait son petit séjour à la Bastille ?... Moi-même, comme tout le monde. Mais, moi, par exemple, j'y ai toujours emmené mon valet et mon cuisinier. Surtout n'hésitez pas à exiger le meilleur service. Ils peuvent très bien vous le fournir.