Angélique et le complot des ombres
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #19
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le complot des ombres». Краткое содержание книги:
S'il l'aimait vraiment à ce point, au point d'être complètement aveuglé par la passion, et prêt à tout pour lui complaire, elle garderait pouvoir sur lui et il lui serait utile comme il en était autrefois à La Rochelle.
Car enfin, même M. de Frontenac devrait à l'envoyé du Roi une sorte d'obéissance.
Revêtu d'une puissance occulte, celle d'être pour un temps l'œil du Roi à la colonie, on chercherait à s'attirer ses bonnes grâces, craignant qu'un mauvais rapport de sa part ne puisse entraîner une défaveur.
Chargé de résoudre le dilemme qu'ils représentaient elle et Joffrey, il aurait tendance à pencher de leur côté afin de ne pas s'attirer sa rancune.
À tout considérer, c'était donc, comme il le disait, une chance qu'il eût été nommé pour cette mission plutôt qu'un autre.
À cette pensée, elle éprouva un soulagement qui la fit serrer machinalement contre elle le bras du comte de Bardagne sur lequel elle s'appuyait tout en marchant et, surpris de cette étreinte affectueuse, il la regarda d'un air d'étonnement heureux.
À ce moment, les yeux d'Angélique qui se posaient sur l'horizon du fleuve comme pour se rasséréner de la vue paisible des eaux et des rives lointaines, distinguèrent une tache blanche qui grandissait en amont du fleuve : une voile.
Il y avait un mouvement de rassemblement sur le port où couraient des gamins dégringolant du sommet du village et ils passèrent près d'eux en criant :
– Le Maribelle !
Chapitre 2
– Le Maribelle ! s'exclama Nicolas de Bardagne, n'est-ce pas ce vaisseau du Roi qui doit venir à mon secours de Québec ?
– Oh ! Vous n'êtes pas attaqué !... s'écria Angélique avec colère.
Elle arracha son bras qu'il retenait tendrement sous le sien.
– ... Cessez donc de vous croire perpétuellement en danger. Personne ne vous menace. Et souhaitez que cet imbécile, là-bas, n'ait pas l'intention désobligeante de nous canonner ! Car c'est alors que votre situation deviendrait peu enviable. Quant à moi, mettez-vous une fois pour toutes en tête que ce qui atteint le comte de Peyrac, mon époux, m'atteint aussi. Il serait vain que vous espériez demeurer de mes amis si vous vous rangiez du côté de ses ennemis.
Elle le planta là, déconcerté et chagrin, et courut jusqu'au rivage, où elle retrouva les enfants et ses gardes du corps.
Elle se heurta presque à Marguerite Bourgeoys qui arrivait suivie de ses filles et d'un groupe de passagers du Saint-Jean-Baptiste. Elles se jetèrent un coup d'œil rapide. Elles ne s'étaient pas rencontrées depuis deux jours.
Angélique dit vivement :
– N'espérez pas que ce navire qui arrive va changer quoi que ce soit. Nous ne sommes pas venus pour combattre...
– Je partage votre espérance, assura Marguerite Bourgeoys.
Mais il y avait une sorte d'indécision parmi la population. Le courant de doute qui traversa malgré eux les spectateurs se calma vite. On s'apercevait qu'avec calme des groupes de matelots armés s'étaient déployés autour du village et cernaient lentement la plage devenue noire de monde.
Les gens de M. de Peyrac ne se montraient pas particulièrement hostiles, mais leur attitude découragea ceux qui auraient été tentés, dans l'excitation du moment, de prendre parti avant que la voix des canons ne se fût prononcée.
Et regardant vers la rade, Angélique vit qu'un changement s'était opéré dans la disposition des navires.
Ceux-ci, sans qu'on y prît garde dans les allées et venues du matin, avaient tendu leurs voiles et commencé une manœuvre. L'un d'eux, celui commandé par Barssempuy, s'était porté un peu au-delà du Gouldsboro et assurait, en louvoyant, la garde du beau vaisseau qui, lui, demeurait à l'ancre, mais dont les sabords relevés laissaient entrevoir les gueules noires des canons. Les unes étaient braquées sur le Saint-Jean-Baptiste dont tout l'équipage était aux balustres, et les autres en direction de l'arrivant.
Les deux petits yachts et le vaisseau de plus fort tonnage, eux, pointaient carrément vers le large. Comme l'autre jour lorsqu'ils avaient cueilli le Saint-Jean-Baptiste se traînant vers Tadoussac, ils se disposaient en demi-cercle, fermant le chemin du Saint-Laurent et interdisant toute progression vers son embouchure, au nord.
Le nouvel arrivant, à supposer qu'il voulût passer outre, n'avait plus d'autre solution que de se diriger vers Tadoussac, s'engouffrant bon gré mal gré dans la nasse formée pour le recevoir.
Ainsi, tandis qu'Angélique badinait avec le représentant du Roi, et que chacun vaquait, sans souci, à ses occupations, Joffrey de Peyrac et ses équipages, sans avoir l'air d'y toucher, avaient mis en place tout un dispositif de défense qui pour le moins ne permettait pas de les prendre par surprise.
Il avait sans doute été prévenu bien à l'avance, comme il l'était toujours, de l'arrivée du Maribelle. Celui-ci grossissait à vue d'œil, piquant droit vers le port. Il avait dû estimer la situation et comprendre qu'il n'avait aucune chance de s'y dérober.
– Restait à savoir si, pour l'honneur, il n'aurait pas un geste malheureux.
– Cela m'ennuierait d'avoir à tirer sur un navire de Sa Majesté, murmura Peyrac.
Et Angélique s'aperçut qu'il était derrière elle, survenu avec sa garde et ses principaux officiers-majors.
– Désirez-vous retourner avec moi sur le Gouldboro ? lui demanda-t-il. Il se peut que nous ayons à y accueillir d'ici peu le commandant du Maribelle et votre présence ne peut qu'aider à nos entretiens.
Il salua courtoisement Nicolas de Bardagne qui se tenait à quelque distance et aida Angélique à prendre place dans la chaloupe ainsi que les enfants, Yolande et Adhémar.
Angélique était tellement préoccupée malgré le calme de Peyrac qu'elle ne songea pas à regarder du côté du représentant du Roi.
Tandis qu'ils faisaient rames vers le Gouldsboro, le Maribelle maintenant très proche, au point qu'on entendait les injonctions du maître sur la passerelle, amorça une manœuvre.
On vit des hommes escalader les haubans et courir le long des vergues, des voiles se tendre, d'autres se rabattre et être repliées rapidement, et le lourd vaisseau vira de bord.
– Il retourne à Québec, s'écria Adhémar.
De la chaloupe tout le monde suivait, intrigué.
Mais le Maribelle allait simplement s'embosser à l'entrée du Saguenay, derrière le cap qui en gardait l'entrée.
– S'ils débarquent, ne peuvent-ils prendre Tadoussac à revers ? demanda Angélique à mi-voix.
– Les deux rives du Saguenay sont gardées, répondit Peyrac, et nos hommes occupent le port.
On ne voyait plus du Maribelle que ses huniers, dépassant le cap, puis on le revit plus loin, s'éloignant jusqu'à l'autre bout de l'estuaire, ayant jugé peut-être la première place où il désirait accoster peu avenante.
Il s'éloigna, s'éloigna, puis fit halte et l'on entendit l'écho du bruit de sa chaîne d'ancre, filant pour mettre en panne, et que répercutaient les hautes falaises du Saguenay.
– Prudent, ce navire ! Je ne crois pas que ces MM. de la Marine Royale tiennent tant que cela à se mesurer avec nous.
Ils étaient remontés à bord et suivaient de loin les évolutions de l'arrivant. Le navire de Barssempuy continuait à se tenir à proximité, prêt à intervenir, mais cela ne semblait plus nécessaire.
On vit un canot se détacher des flancs du navire et se diriger vers le Gouldsboro.