L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
La belle cérémonie volait en éclats. Au milieu d’un concert d’exclamations qui fit taire l’orgue et les violons, Ferrais s’était jeté sur sa jeune femme pour la soutenir tout en appelant à grands cris un médecin. Un membre de l’Institut dont la jaquette s’ornait du canapé de la Légion d’honneur vint apporter son aide, accompagné d’une dame en dentelles mauves qui piaillait en moulinant de grands gestes. Quelques minutes plus tard, un vigoureux laquais emportait la jeune femme vers le château, suivi de l’époux, du médecin, de la femme du médecin et du comte Solmanski.
– Ne bougez surtout pas ! enjoignit sir Eric à ses invités. Nous allons revenir. Ce n’est qu’un petit malaise !
Au milieu de la consternation générale, Dianora se permit un petit rire insolent :
– Comme c’est amusant ! fit-elle en esquissant le geste d’applaudir. Voilà quelque chose qui sort de l’ordinaire. Cela me rappelle une soirée à la Scala de Milan où la diva s’est trouvée victime en scène d’un premier vertige de grossesse. Heureusement, elle a pu reprendre son rôle. Elle était un peu verte en revenant, mais comme elle chantait La Traviata, cela lui allait si bien qu’elle a eu un triomphe. Je gage que notre mariée aura le même.
– Vous n’avez pas honte ? gronda Morosini furieux. Cette pauvre petite est malade et ça vous amuse ? J’ai bien envie d’aller voir...
La main de la jeune femme saisit son bras et le serra avec une force surprenante :
– Restez tranquille ! siffla-t-elle entre ses dents. Personne ne comprendrait votre sollicitude et le mari moins que quiconque. Je ne vous savais pas si sensible au charme juvénile, mon cher ?
– Je suis sensible à toute souffrance.
– Il y a ici assez de monde pour s’occuper de celle-ci. D’ailleurs, moi je vais aller aux nouvelles...
– À quel titre ?
– Un : je suis une femme. Deux : une amie de la famille. Et trois : j’ai une chambre au château et il se trouve que je manque de mouchoirs pour pleurer avec vous. Attendez-moi !
Rassemblant d’une main ses mousselines bleues et ôtant, de l’autre, sa capeline, la jeune femme quitta sa place et se dirigea vers le château. Vidal-Pellicorne en profita pour rejoindre son ami. Lui toujours si sûr de lui semblait inquiet.
– Je n’y comprends rien, dit-il, sans songer à baisser le ton parce qu’autour d’eux tout le monde parlait avec animation. Cet évanouissement n’était pas prévu au programme. Tout au moins, pas à ce moment-là !
– Vous aviez décidé qu’elle aurait un malaise ?
– Oui. Pendant le souper. Elle devait se trouver mal et demander à se reposer jusqu’à l’heure du départ. Ferrais ne pourrait pas rester avec elle : il a des invités trop importants et doit s’y consacrer. Pendant le feu d’artifice, Anielka aidée par Wanda qui nous est acquise devait s’habiller comme une femme de chambre et, en évitant la terrasse, descendre jusqu’au fleuve où l’attendrait Romuald. Je me demande ce qui a pu se passer. M’aurait-elle mal compris ?
– Et si elle était vraiment souffrante ? Quand elle est arrivée à la cérémonie, elle était pâle et triste.
– Vous pourriez avoir raison. Il y a quelque chose qui ne va pas ! Jusqu’ici, elle éprouvait une joie enfantine à l’idée de l’aventure de ce soir. En outre, je commence à croire qu’elle vous aime...
– C’est la seule bonne nouvelle de la journée ! Que comptez-vous faire à présent ?
– Rien ! On nous a priés d’attendre. Attendons ! Pendant ce temps-là, je vais réfléchir à la suite des opérations. Voyez-vous, je comptais sur l’intermède du souper pour m’occuper de la table aux bijoux et il faut que je trouve autre chose...
Tandis qu’il s’abîmait dans ses pensées, Aldo s’efforça de rester calme. Ce n’était pas facile, la patience n’étant pas sa vertu dominante. Il flairait une catastrophe et l’atmosphère de la chapelle artificielle n’avait rien d’apaisant. Une gêne s’installait, comme si ces gens étaient des naufragés abandonnés sur une île déserte. La musique ne jouait plus ; le prêtre avait disparu et les demoiselles d’honneur assises sur les marches de l’autel ou à même le tapis jouaient avec les fleurs et les rubans. Certaines commençaient à pleurer, tandis que les assistants qui se connaissaient s’interrogeaient du regard : devait-on rester, devait-on partir ? L’attente s’éternisait et, peu à peu, la patience fit place à une certaine agitation. Surtout du côté des personnalités officielles, ministres et ambassadeurs. Des bribes de phrases voltigeaient : « C’est inconcevable !... Un évanouissement ne dure pas si longtemps... On pourrait au moins s’inquiéter de nous !... Je n’ai jamais rien vu de pareil, et vous... ? »
Aldo tira sa montre :
– Si dans cinq minutes personne n’est venu nous donner des explications, je vais aux renseignements !
Il n’avait pas fini de parler que le comte Sol-manski, toujours aussi froid, toujours aussi solennel mais visiblement ennuyé, reparut. Il traversa l’assemblée, prit la place de l’officiant et après avoir présenté des excuses au nom de sir Eric et en son nom, il rassura les invités sur l’état de santé de sa fille :
– Elle va mieux mais se sent trop lasse pour revenir assister à la messe qui devait être chantée. Le mariage ayant été célébré, c’est d’une importance mineure. L’échange des anneaux se fera plus tard et en petit comité mais la fête ne s’en déroulera pas moins comme notre hôte l’a prévu. Si vous voulez bien me suivre jusqu’au château, nous avons tous besoin de retrouver l’atmosphère joyeuse de tout à l’heure...
Il alla offrir son bras à une dame assise au premier rang. C’était une Anglaise âgée mais de grande allure, la duchesse de Danvers, vieille et très proche amie de Ferrais. À leur suite, et avec un enthousiasme où entrait beaucoup de soulagement, les invités sortirent en commentant l’événement. Certains se demandaient si un mariage à ce point bâclé était valable puisque personne n’avait saisi ce que disait Anielka avant de perdre connaissance. Aldo était de ceux-là :
– Où Solmanski a-t-il pris que sa fille était mariée ? Même si le prêtre a saisi ce qu’Anielka a dit avant de s’évanouir, le rituel n’a pas été jusqu’au bout. Chez nous, à Venise, ce ne serait pas valable !
– Je ne suis pas orfèvre en la matière, mais Ferrais s’en fiche, dit Adalbert. Il est protestant.
– Et alors ?
– Mon bon, apprenez ceci : sir Eric n’a planté ce décor théâtral et consenti à cette cérémonie que pour faire plaisir à sa fiancée qui exigeait d’être mariée selon sa religion mais, pour lui, seule compte la bénédiction discrète qu’un pasteur leur a donnée hier soir après le mariage civil et avant le souper.
Suffoqué, Aldo n’en croyait pas ses oreilles :
– D’où sortez-vous ça ? Vous y étiez ?
– Non. C’est Sigismond qui me l’a raconté avant de se noyer dans les vieilles bouteilles de son beau-frère...
– Et c’est maintenant que vous me le dites ?
– Vous étiez déjà bien assez nerveux comme ça. Et puis, dès l’instant où une bénédiction catholique devait suivre, cet épisode ne présentait pas tellement d’intérêt mais après ce que nous venons de voir, les choses se présentent de façon différente... et expliquent peut-être une pâmoison tellement inattendue.
Morosini s’arrêta au milieu de l’allée et obligea son ami à en faire autant en le saisissant par le bras. Il revoyait soudain le visage douloureux d’Anielka au moment où elle marchait à l’autel :