La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]». Краткое содержание книги:
— C’est déjà fait, dit Tschirschky en montrant les S.S., messieurs mettez-vous d’accord entre vous.
Et il attend la décision, un sourire méprisant sur les lèvres.
Finalement ce sont les S.S. qui l’emportent et c’est dans leur voiture que Tschirschky est conduit au siège de la Gestapo, mais les inspecteurs de Goering suivent dans une deuxième voiture. Ainsi dans cette répression si longuement calculée subsistent l’improvisation, les chevauchements, les incertitudes, les sauvetages in extremis ou les exécutions dues au hasard. Parce que chacune des têtes de la conjuration a ses intérêts, ses victimes désignées, mais aussi ses protégés, conservés en vie parce qu’ils peuvent préserver l’avenir. Sait-on jamais ?
Aussi Goering défend Papen. Le vice-chancelier est reconduit jusqu’à son domicile gardé par un détachement de S.S. « Le téléphone était coupé, raconte Papen, et dans mon salon, je trouvai un capitaine de police chargé spécialement d’appliquer la consigne de mon isolement complet. Il me signifia l’interdiction absolue de tout contact avec l’extérieur et de toute visite. » En fait, cet officier a pour mission d’empêcher les hommes de Himmler de liquider Papen. L’officier ne doit livrer le vice-chancelier que sur un ordre formel et personnel de Goering. Durant trois jours Papen va demeurer enfermé avec son fils dans sa maison cernée par les S.S. qui se relaient et interdisent qu’on approche la villa. Mais Papen reste en vie. Goering – en échange des loyaux services rendus et parce que Papen a l’audience de Hindenburg – l’a mis à l’abri. Papen le reconnaît : « Un seul homme s’était interposé entre moi et le poteau d’exécution, Goering » dira-t-il.
Mais rares sont ceux qui peuvent ainsi remercier Goering. Ce matin-là, l’attention du ministre-président signifie au contraire pour des dizaines d’hommes une condamnation à mort qui s’abat sur eux, par surprise et comme une fatalité antique, inéluctable et aveugle. Goering liquide tous ceux qui l’ont gêné ou dont la vie peut sembler une menace. Himmler, Heydrich font de même et les corps criblés de balles s’ajoutent aux corps. Il ne sert à rien d’avoir abandonné la vie politique, d’avoir renoncé à toute ambition, la vengeance nazie ne pardonne pas. Et les chefs du Reich ne veulent pas prendre de risques, ils savent que, contrairement aux légendes pieuses des idéalistes, mieux vaut un adversaire mort que vivant.
Gregor Strasser qui fut le compagnon intime de Hitler, Gregor Strasser qui a créé le Parti, déjeune chez lui, ce samedi vers midi, avec sa famille. Il est depuis des mois en marge de toute réelle activité même si son nom, à plusieurs reprises, a été ces dernières semaines prononcé et si l’on murmure qu’il a rencontré vers la mi-juin Hitler. Tout cela le condamne. On sonne au portail. Il se présente. Huit hommes sont là, revolver au poing. Un mot : Gestapo. On l’entraîne avant même qu’il ait pu saluer ses proches. Ils ne le reverront plus. Tchirschky encadré par les S.S., conduit à l’interrogatoire avant de partir pour Dachau, le croisera au siège de la Gestapo, Prinz-Alhrecht-Strasse, en cette fin de matinée.
UNE BALLE DANS LA TÊTE.
Il est environ 13 heures. Sur la Wilhelmplatz le vendeur de cigares est debout près de son étalage : le moment est favorable. Les employés des ministères sont sortis et vont et viennent à petits pas dans le square. Bientôt ce sera le moment du cigare, la détente paisible, cette euphorie du tabac dans la pleine journée d’été. On parle de soi, du temps qu’il va faire demain. Beaucoup ne travaillent pas ce samedi après-midi, mais ils traînent un peu avant de rentrer.
Au ministère des Transports à quelques centaines de mètres de là, le Hauptsturmführer S.S. Gildisch demande où se trouve le bureau du Ministerialdirektor Klausener. Les plantons hésitent puis s’inclinent et renseignent le S.S. Il monte lentement et dans le couloir, il croise Klausener qui vient de se laver les mains. Klausener regarde Gildisch et sans doute a-t-il compris la menace. Dans son bureau à l’étage supérieur, un coup de téléphone, inattendu à cette heure, retentit et fait sursauter le Ministerialdirigent le docteur Othmar Fessier. Klausener est au bout du fil, sa voix est anxieuse : « Voulez- vous venir me voir tout de suite, s’il vous plaît. » Puis il raccroche. Fessier s’apprête à descendre un peu surpris, mais il est déjà trop tard. Gildisch est entré dans le bureau de Klausener et quand le dirigeant de l’Action catholique, après s’être étonné d’être placé en état d’arrestation comme le lui annonce le S.S., s’est tourné vers un placard pour prendre son chapeau et suivre l’officier S.S., Gildisch a tiré : une seule balle, dans la tête. Du bureau même, alors que le sang lentement se répand, Gildisch téléphone à Heydrich, rend compte sobrement en policier stylé et demande des ordres. Ils sont simples. Simuler un suicide. Le Hauptsturmsfûhrer place son revolver dans la main droite de Kausener, puis téléphone à nouveau, pour convoquer les S.S. qui l’ont accompagné et sont restés en bas, dans l’entrée du ministère ; quelques instants plus tard, deux jeunes miliciens noirs montent la garde devant le bureau de Klausener, condamnant la porte. Gildisch s’éloigne calmement, sans même se retourner, écoutant sans doute l’huissier qui, d’une voix terrorisée répond à Fessier qui l’interroge : « Monsieur le Directeur s’est suicidé, il vient de se tuer d’un coup de revolver. » Impassibles devant la porte, immobiles, les deux S.S. paraissent ne même pas entendre, ne même pas voir.
Il est à peine 13 h 15. Le Hauptsturmführer S.S. Gildisch est un homme efficace et rapide et à peine a-t-il terminé sa besogne qu’il regagne la résidence de Goering pour se charger d’une nouvelle mission. L’atmosphère est encore tendue. Goering hurle : « Tirez dessus », et le major de police Jakobi traverse la salle en courant, criant lui aussi des ordres pour essayer de faire prendre un ami de Strasser, Paul Schulz, l’un des plus anciens membres du parti, qu’on n’arrive pas à retrouver alors qu’il est sur les listes d’hommes à abattre. Les aides de camp, dans l’antichambre, ne cessent de passer, allant du central téléphonique au cabinet de travail de Goering. À cette heure, dans Berlin, on commence à se douter qu’il se passe quelque chose d’anormal et les ministères, les ambassades, les journalistes étrangers, déjà, demandent des précisions.
Depuis 11 heures, les habitants du quartier cossu de Berlin qui s’étend entre la Tiergartenstrasse et la Kônigin-Augusta-Strasse, cette avenue qui longe un canal tranquille et pittoresque, sont inquiets. Le quartier en effet est en état de siège : des hommes de la police de Goering ont même installé des mitrailleuses à l’angle de la Tiergartenstrasse et de la Standartenstrasse, et cette rue est interdite à la circulation. C’est une rue tranquille, qui s’ouvre en son milieu sur une place paisible, au centre de laquelle se dresse la jolie Matthäikirche.
Il y a quelques mois encore, la rue s’appelait la Matthäistrasse, mais à son extrémité nord, vers le Tiergarten, se trouve l’État-major de la Sturmabteilung. Et cet immeuble est assiégé et investi, fouillé par la Gestapo, les S.S., les hommes de Goering.
Dans la même rue, se dressent aussi, derrière de petits jardins, la maison de Roehm, le siège de l’Association des Casques d’acier, le consulat de France et l’ambassade d’Italie. Le consul de France s’interroge sur les mesures qu’il constate, il essaye d’avoir des renseignements, téléphone à l’ambassade, mais André François-Poncet est en vacances à Paris depuis le 15 juin. Des télégrammes urgents partent vers la France. Dans l’immeuble voisin, on est aussi préoccupé, car les diplomates fascistes peuvent apercevoir depuis les fenêtres de l’ambassade d’Italie, sur les trottoirs de la petite rue, devant la maison de Roehm, des mitrailleuses en batterie. Madame Cerruti, la femme de l’ambassadeur, ne cesse de poser des questions : elle donne une réception au début de l’après-midi. Comment ses invités pourront-ils franchir les barrages ? Elle questionne le ministère des Affaires étrangères du Reich, mais ni le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Monsieur de Bulow, ni le chef du Protocole, Monsieur de Bassewitz, ne peuvent fournir d’indications. Ils ne savent rien. Et maintenant ce sont les journalistes étrangers qui interrogent : certains affirment qu’on a vu des policiers fouiller la maison de Roehm, que Papen lui-même serait arrêté, que de hauts fonctionnaires auraient été abattus dans leurs ministères. Les journalistes se tournent vers Aschmann, le chef du service de presse du ministère, mais lui non plus ne sait rien. Devant ce flot de nouvelles et de questions, les diplomates de la Wilhelmstrasse sont bien contraints d’admettre qu’il se passe quelque chose de grave, que vient une tourmente sanglante dont on ne peut encore prévoir les limites et les objectifs, mais dont on sent qu’elle est brutale, impitoyable, qu’aucune loi ne peut la freiner, que seule la volonté de ses instigateurs la limitera et qu’elle peut s’abattre sur tous ceux que leur bon plaisir désignera, frappant sans distinction de clan les opposants et qu’elle balaie déjà les S.A. et les conservateurs.