La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]». Краткое содержание книги:
Dans le hall, l’agitation est toujours aussi grande. Les sonneries du central voisin retentissent sans arrêt. Himmler est sorti du cabinet de travail de Goering, pendant que Papen continue de protester contre les violations du droit. Tschirschky, entré dans l’antichambre, observe le Reichsführer S.S. qui, l’air absorbé et résolu, téléphone longuement. Himmler parle à voix basse, mais le secrétaire de Papen entend une phrase : « Et maintenant il faut y aller, vous pouvez nettoyer cela ». Ne s’agit-il pas de la vice-chancellerie, considérée par la Gestapo comme un repaire d’opposants ? Tschirschky essaie de prévenir Papen en rentrant dans le cabinet de travail sur les talons de Himmler, mais Goering hurle presque : « Vous feriez mieux de penser à votre sécurité personnelle, rentrez chez vous immédiatement et restez-y, n’en sortez pas sans m’en avoir prévenu ».
Himmler fait alors passer à Goering un message cependant que Papen s’insurge une nouvelle fois : « Je veillerai tout seul à ma sécurité, je n’ai pas du tout l’intention d’accepter une arrestation à peine déguisée » insiste-t-il. Mais cette fois-ci Goering refuse et ne répond plus : il ignore définitivement Papen comme si le message de Himmler avait encore pesé sur son attitude déjà méprisante pour Papen. Tschirschky faisant part à son chef de ses inquiétudes, les deux hommes quittent la pièce. Dans l’antichambre, le visage caché dans ses mains, un officier de la S.A., attend, effondré sur une chaise, gardé par un S.S. C’est le Gruppenführer Kasche qu’on à pris dans la rue alors qu’il sortait de chez lui et qu’on a amené ici sans qu’il comprenne pourquoi. Maintenant, il a peur.
Dehors, dans la cour, le soleil de cette magnifique journée d’été oblige après la demi-obscurité du cabinet de travail de Goering à fermer les yeux pour s’habituer de nouveau à la lumière. Papen et Tschirschky traversent la cour bruyante : des policiers attendent les ordres, des voitures partent. Le service de protection paraît encore renforcé. Quand les deux hommes se présentent à la grille pour quitter le ministère, un officier S.S. et deux sentinelles leur barrent le passage. Ils ont le visage fermé et dur de ceux qui ont reçu des ordres qu’ils ne discuteront jamais.
— Personne n’a le droit de sortir, dit sèchement l’officier de l’Ordre noir.
Il fait face à Tschirschky. Les mains derrière le dos, ses deux hommes placés à un pas de part et d’autre, il représente la force brutale. Tschirschky n’a pas l’habitude de se laisser intimider :
— Qu’est-ce qui se passe ? Monsieur von Papen a sans doute le droit de sortir d’ici ?
Le ton est cassant, méprisant. L’officier ne bouge pas, imperturbable.
— Il est interdit à qui que ce soit de sortir d’ici, répète-t-il.
Les lèvres du jeune officier S.S. ont à peine remué. Les yeux sont immobiles et ce visage coupé par le rebord du casque, cerné par la jugulaire est anonyme, l’un de ces visages sans réalité qui semblent vidés de toute personnalité, de toute particularité comme s’ils n’exprimaient plus un homme, mais une force diffuse incarnée passagèrement dans une forme vivante.
— Avez-vous peur qu’on nous descende ? lance Tschirschky.
Mais la question n’appelle même pas de réponse. Le secrétaire de Papen, nerveusement, s’élance dans le bâtiment. Il croise alors qu’il traverse le hall l’aide de camp de Goering, Karl Bodenschatz qui s’étonne :
— Comment, vous revenez déjà ?
Autour d’eux, c’est toujours la même atmosphère de tension, de violence. Les ordres, les claquements des talons, les sonneries du central téléphonique, tout cela crée un climat presque insupportable.
— Ils ne nous laissent pas sortir, dit simplement Tschirschky.
Dans la cour, sous le soleil, Papen attend et l’officier S.S. lui fait toujours face dans son immobilité de statue. Le vice-chancelier a un sourire amer et méprisant Bodenschatz se met à crier, il ordonne d’ouvrir la grille.
— Nous verrons bien qui commande ici, hurle-t-il, le Premier ministre ou les S.S.
Finalement après qu’un S.S. est allé chercher des ordres, la lourde grille est poussée par les S.S. et Papen et Tschirschky se retrouvent dans la rue.
N’était la présence de quelques groupes de policiers, la journée paraîtrait se poursuivre paisiblement. Wilhelmplatz, le vendeur de cigares s’est assis à l’ombre de son étalage. Ses boîtes ouvertes sont bien rangées sous les auvents de la carriole. Il n’y a pas encore de clients. Il lit le journal qui décrit longuement la visite de Hitler dans les camps de travail de Westphalie.
AU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
Il est un peu plus de 9 heures. Des fenêtres du ministère de l’Intérieur du Reich, on aperçoit les feuilles des tilleuls et des marronniers d’Unter den Linden légèrement froissées par la brise qui glisse le long de l’avenue depuis la porte de Brandebourg vers la Spree. Gisevius, fonctionnaire du ministère, regarde la magnifique avenue.
Il est arrivé très tôt ce matin au ministère. Il sait lui aussi, que la police, hier soir, n’a pas été déconsignée et son ami Nebe l’a averti de cette mission de surveillance et de protection dont Goering l’a chargé. Nebe devait lui téléphoner dans la soirée : il ne l’a pas fait. Il se passe donc quelque chose d’anormal. Et comme Tschirschky s’est rendu à la vice-chancellerie, Gisevius a gagné son ministère, Unter den Linden. Maintenant tout en regardant les tilleuls et les marronniers, il écoute son «chef Karl Daluege lui faire part de son indignation : Goering a alerté par trois fois la police de Prusse sans même l’en avertir, dit Daluege, c’est là une très grave offense. Il est décidé à s’en plaindre à ce dernier ; en qualité d’Alte Kämpfer, il lui dira une bonne fois ce qu’il pense. Comme Gisevius approuve son chef, la sonnerie du téléphone retentit : Daluege est convoqué chez Goering.
Gisevius se retrouve seul en proie à ses interrogations. Le ministère maintenant a retrouvé son activité. Les plantons sont à leur poste, on entend le crépitement régulier des machines à écrire : le rouage central de la police du Reich semble fonctionner parfaitement et efficacement et pourtant tout se déroule en dehors de lui ; Goebbels, Goering, Himmler, Heydrich, la Gestapo, les S.S., le S.D. ont monté un piège en dehors de tout contrôle des autorités traditionnelles et maintenant que Hitler a donné le signal de l’action, le piège a commencé à broyer ses victimes. Et le ministère tourne à vide, tranquillement.
Karl Daluege rentre bientôt au ministère et Gisevius l’aperçoit, le visage « blanc comme un linge ». Il n’est pas encore 10 heures. C’est le moment où Hitler a quitté le Hauptbanhof de Munich pour se rendre à la Maison Brune. Daluege parle rapidement : un putsch S.A. devait être déclenché cette nuit, « on va, en tout cas, conclut-il, vers une épuration sanglante des S.A. » Et sa voix dit, au-delà des mots prononcés, que lui aussi a peur. Daluege veut mettre le secrétaire d’État Grauert au courant des faits qu’il ignore, Grauert aussi a peur parce qu’une machine s’est mise en route qui peut écraser n'importe qui, car elle ne respecte aucune loi. Daluege et Grauert décident alors d’avertir le ministre Frick. Gisevius se joint à eux. Il faut sortir, remonter Unter den Linden prise dans la chaleur encore douce d’une matinée d’été radieuse, lumineuse. Marchant rapidement les trois hommes se taisent, sur la Pariserplatz des voitures noires de la Gestapo stationnent, contrôlant ainsi Unter den Linden, la Wilhemstrasse qui part, longue et légèrement oblique, quadrillant tout ce quartier central de Berlin où sont concentrés les ministères. Au-delà de la porte de Brandebourg, commence le Tiergarten, ses massifs, ses allées tranquilles, ses promeneurs ignorants qui regardent passer ces trois messieurs graves le long de la Friedensallee, vers la Königsplatz. En ce samedi matin, les provinciaux, les visiteurs sont nombreux autour de la Siegsaeule, l’immense colonne de la Victoire. Une petite queue s’est formée pour monter à son sommet : où domine tout Berlin de plus de soixante mètres du haut de cette colonne de bronze, de grès et d’or, élevée pour célébrer la victoire de la Prusse et la création de l’Empire. En ce jour d’été alors que tout paraît quotidien, habituel, un autre empire se fonde dans le sang et la violence, un empire pour mille ans, ce IIIeme Reich qui détruit ce même jour ses fondateurs, les S.A.