Ainsi parlait Zarathoustra
- Автор: Ницше Фридрих Вильгельм
- Год: 21
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:
Tu n’as pas eu de chance dans ce monde, malheureux: d’abord la bête t’a mordu, puis – l’homme a marché sur toi!»
Mais lorsque l’homme entendit le nom de Zarathoustra, il se transforma. «Que m’arrive-t-il donc? s’écria-t-il, quelle autre préoccupation ai-je encore dans la vie, si ce n’est la préoccupation de cet homme unique qui est Zarathoustra, et cette bête unique qui vit du sang, la sangsue?
C’est à cause de la sangsue que j’étais couché là, au bord du marécage, semblable à un pêcheur, et déjà mon bras étendu avait été mordu dix fois, lorsqu’une bête plus belle se mit à mordre mon sang, Zarathoustra lui-même!
Ô bonheur! Ô miracle! Béni soit ce jour qui m’a attiré dans ce marécage! Bénie soit la meilleure ventouse, la plus vivante d’entre celles qui vivent aujourd’hui, bénie soit la grande sangsue des consciences, Zarathoustra!»
Ainsi parlait celui que Zarathoustra avait heurté; et Zarathoustra se réjouit de ses paroles et de leur allure fine et respectueuse. «Qui es-tu? Demanda-t-il en lui tendant la main, entre nous il reste beaucoup de choses à éclaircir et à rasséréner: mais il me semble déjà que le jour se lève clair et pur.»
«Je suis le consciencieux de l’esprit, répondit celui qui était interrogé, et, dans les choses de l’esprit, il est difficile que quelqu’un s’y prenne d’une façon plus sévère, plus étroite et plus dure que moi, excepté celui de qui je l’ai appris, Zarathoustra lui-même.
Plutôt ne rien savoir que de savoir beaucoup de choses à moitié! Plutôt être un fou pour son propre compte qu’un sage dans l’opinion des autres! Moi – je vais au fond: – qu’importe qu’il soit petit ou grand? Qu’il s’appelle marécage ou bien ciel? Un morceau de terre large comme la main me suffit: pourvu que ce soit vraiment de la terre solide!
– Un morceau de terre large comme la main: on peut s’y tenir debout. Dans la vraie science consciencieuse il n’y a rien de grand et rien de petit.»
«Alors tu es peut-être celui qui cherche à connaître la sangsue? demanda Zarathoustra; tu poursuis la sangsue jusqu’à ses causes les plus profondes, toi qui es consciencieux?»
«Ô Zarathoustra, répondit celui que Zarathoustra avait heurté, ce serait une monstruosité, comment oserais-je m’aviser d’une pareille chose!
Mais ce dont je suis maître et connaisseur, c’est du cerveau de la sangsue: – c’est là mon univers à moi!
Et cela est aussi un univers! Mais pardonne qu’ici mon orgueil se manifeste, car sur ce domaine je n’ai pas mon pareil. C’est pourquoi j’ai dit: «C’est ici mon domaine».
Combien il y a de temps que je poursuis cette chose unique, le cerveau de la sangsue, afin que la vérité subtile ne m’échappe plus! C’est ici mon royaume.
– C’est pourquoi j’ai été tout le reste, c’est pourquoi tout le reste m’est devenu indifférent; et tout près de ma science s’étend ma noire ignorance.
Ma conscience de l’esprit exige de moi que je sache une chose et que j’ignore tout le reste: je suis dégoûté de toutes les demi-mesures de l’esprit, de tous ceux qui ont l’esprit nuageux, flottant et exalté.
Où cesse ma probité commence mon aveuglement, et je veux être aveugle. Où je veux savoir cependant, je veux aussi être probe, c’est-à-dire dur, sévère, étroit, cruel, implacable.
Que tu aies dit un jour, ô Zarathoustra: «L’esprit, c’est la vie qui incise elle-même la vie,» c’est ce qui m’a conduit et éconduit à ta doctrine. Et, en vérité, avec mon propre sang, j’ai augmenté ma propre science.»
– «Comme le prouve l’évidence,» interrompit Zarathoustra; et le sang continuait à couler du bras nu du consciencieux. Car dix sangsues s’y étaient accrochées.
«Ô singulier personnage, combien d’enseignements contient cette évidence, c’est-à-dire toi-même! Et je n’oserais peut-être pas verser tous les enseignements dans tes oreilles sévères.
Allons! Séparons-nous donc ici! Mais j’aimerais bien te retrouver. Là-haut est le chemin qui mène à ma caverne. Tu dois y être cette nuit le bienvenu parmi mes hôtes.
Je voudrais aussi réparer sur ton corps l’outrage que t’a fait Zarathoustra en te foulant aux pieds: c’est ce à quoi je réfléchis. Mais maintenant un cri de détresse pressant m’appelle loin de toi.»
Ainsi parlait Zarathoustra.
L’enchanteur
1.
Mais en contournant un rocher, Zarathoustra vit, non loin de là, au-dessus de lui, sur le même chemin, un homme qui gesticulait des membres, comme un fou furieux et qui finit par se précipiter à terre à plat ventre. «Halte! dit alors Zarathoustra à son cœur, celui-là doit être l’homme supérieur, c’est de lui qu’est venu ce sinistre cri de détresse, – je veux voir si je puis le secourir.» Mais lorsqu’il accourut à l’endroit où l’homme était couché par terre, il trouva un vieillard tremblant, aux yeux fixes; et malgré toute la peine que se donna Zarathoustra pour le redresser et le remettre sur les jambes, ses efforts demeurèrent vains. Aussi le malheureux ne sembla-t-il pas s’apercevoir qu’il y avait quelqu’un auprès de lui; au contraire, il ne cessait de regarder de ci de là en faisant des gestes touchants, comme quelqu’un qui est abandonné et isolé du monde entier. Pourtant à la fin, après beaucoup de tremblements, de sursauts et de reploiements sur soi-même, il commença à se lamenter ainsi:
Qui me réchauffe, qui m’aime encore?
Donnez des mains chaudes!
Donnez des cœurs-réchauds!
Étendu, frissonnant,
un moribond à qui l’on chauffe les pieds -
secoué, hélas! de fièvres inconnues,
tremblant devant les glaçons aigus des frimas,
chassé par toi, pensée!
Innommable! Voilée! Effrayante!
Chasseur derrière les nuages!
Foudroyé par toi,
œil moqueur qui me regarde dans l’obscurité
– ainsi je suis couché,
je me courbe et je me tords, tourmenté
par tous les martyres éternels,
frappé
par toi, chasseur le plus cruel,
toi, le dieu – inconnu…
Frappe plus fort!
Frappe encore une fois!
Transperce, brise ce cœur!
Pourquoi me tourmenter
de flèches épointées?
Que regardes-tu encore,
toi que ne fatigue point la souffrance humaine,
avec un éclair divin dans tes yeux narquois?
Tu ne veux pas tuer, martyriser seulement, martyriser?
Pourquoi – me martyriser?
Dieu narquois, inconnu? -
Ah! Ah!
Tu t’approches en rampant
au milieu de cette nuit?…
Que veux-tu!
Parle!
Tu me pousses et me presses -
Ah! tu es déjà trop près!
Ôte-toi! Ôte-toi!
Tu m’entends respirer,
Tu épies mon cœur,
Jaloux que tu es!
– de quoi donc es-tu jaloux?
Ôte-toi! Ôte-toi!
Pourquoi cette échelle?
Veux-tu entrer,
t’introduire dans mon cœur,
t’introduire dans mes pensées
les plus secrètes?
Impudent! Inconnu! – Voleur!
Que veux-tu voler?
Que veux-tu écouter?
Que veux-tu extorquer,
toi qui tortures!
Toi – le dieu-bourreau!
Ou bien, dois-je, pareil au chien,
me rouler devant toi?
M’abandonnant, ivre et hors de moi,
t’offrir mon amour – en rampant!