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Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta». Краткое содержание книги:

1590. À Rome, Fausta, après avoir mis au monde le fils de Pardaillan, bénéficie de la grâce du pape Sixte Quint, qui se prépare à intervenir auprès du roi d'Espagne Philippe II dans le conflit qui l'oppose à Henri IV roi de France. Fausta est investie d'une mission auprès de Philippe II: lui faire part d'un document secret par lequel le roi de France Henri III reconnaissait formellement Philippe II comme son successeur légitime sur le trône de France. En France, le chevalier de Pardaillan est investi par Henri IV, absorbé par le siège de Paris, d'une double mission: déjouer les manoeuvres de Fausta et obtenir de Philippe II la reconnaissance de la légitimité d'Henri de Navarre comme roi de France. Pardaillan et Fausta s'affrontent à Séville. Pardaillan est aidé dans sa lutte par Cervantès, qui reconnaît en lui le vrai Don Quichotte. Sortira-il vivant des traquenard tendus par le Grand Inquisiteur Don Espinoza et Fausta?
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Centurion tendit le parchemin que venait de lui confier Barba-Roja.

Fausta le prit, l’étudia attentivement et demeura un long moment rêveuse. Enfin, elle plia le parchemin, le mit dans son sein et, toujours impassible, de son pas lent et un peu théâtral, elle alla s’asseoir devant une table et traça quelques lignes de sa fine écriture sur un parchemin qu’elle tendit au familier en disant:

– Quand vous voudrez, vous passerez à ma maison de la ville et, sur le vu de ce bon, mon intendant vous remettra les vingt mille livres promises.

Centurion saisit le bon d’une main frémissante et le parcourut d’un coup d’œil.

– Madame, fit-il d’une voix tremblante d’émotion, il y a erreur, sans doute…

– Comment cela? Ne vous ai-je pas promis vingt mille livres? dit Fausta, très calme.

– Précisément, madame… et vous me remettez un bon de trente mille livres!

– Les dix milles livres en surplus sont pour récompenser la célérité avec laquelle vous avez exécuté mes ordres.

Centurion se courba plus que jamais.

– Madame, fit-il avec sincérité, vous êtes vraiment souveraine par la générosité.

Un fugitif sourire de mépris vint arquer les lèvres de Fausta.

– Allez, maître, dit-elle simplement, de son ton d’irrésistible autorité.

Centurion ne bougea pas.

– Qu’est-ce? fit Fausta sans impatience. Parlez, maître Centurion.

– Madame, dit Centurion avec une joie manifeste, j’ai la joie de vous annoncer que je tiens le sire de Pardaillan.

Fausta était restée assise devant la table. En entendant ces mots elle se leva lentement et, dardant son regard lumineux sur le bravo presque prosterné, elle répéta, comme si elle n’eût pu croire ses oreilles:

– Vous avez dit que vous tenez Pardaillan!… Vous?…

Rien ne saurait traduire ce qu’il y avait d’incrédulité et de souverain mépris dans le ton de ces paroles.

Cependant, avec une modeste assurance, Centurion reprit:

– J’ai eu l’honneur de le dire, madame.

Fausta fit deux pas dans la direction du sbire et, le fixant opiniâtrement:

– Expliquez-vous, dit-elle.

– Voici, madame: le sire de Pardaillan est en ce moment attablé dans une hôtellerie dont toutes les issues sont gardées par mes hommes. En sortant d’ici je prends avec moi dix braves lurons dont je réponds comme de moi-même, nous envahissons l’hôtellerie en question et nous cueillons l’homme…

– L’homme!… Qui ça, l’homme? interrompit Fausta, artiste trop raffinée pour ne pas être furieusement choquée par ce qu’il y avait de déconcertant dans ce fait exorbitant: Pardaillan pris par cet espion doublé d’un bravo.

Et Centurion, déconcerté par le ton violent de cette interruption, balbutia:

– Mais… Pardaillan…

– Dites: M. le chevalier de Pardaillan, gronda Fausta.

– Ah! fit Centurion de plus en plus éberlué. Soit! Nous arrêtons M. le chevalier de Pardaillan et nous vous l’amenons… à moins que vous ne préfériez que nous l’expédions proprement ad patres… ce qui serait peut-être préférable, ajouta-t-il avec une intonation haineuse.

Fausta réfléchissait:

«Je me disais aussi, qu’un ignoble sbire, qu’un bravo de bas étage réussisse à s’emparer d’un homme tel que Pardaillan, c’est au contraire au sens naturel des choses.»

Et à voix haute, sans nulle raillerie:

– Voilà ce que vous appelez tenir Pardaillan?… Vous vous ferez tuer, vous et vos dix braves.

– Oh! fit Centurion incrédule, vous croyez, madame?

– J’en suis sûre, dit froidement Fausta.

– Qu’à cela ne tienne… je prendrai vingt hommes, trente, s’il le faut.

– Et vous vous ferez battre… Vous ne connaissez pas le chevalier de Pardaillan.

Centurion allait protester. Elle lui imposa silence d’un geste impérieux. Elle retourna à sa table et griffonna de nouveau quelques lignes. Quand elle eut terminé:

– Ceci, dit-elle, est un nouveau bon de vingt mille livres… Il est à vous si vous le voulez.

– À moi!… s’exclama Centurion ébloui. Que faut-il faire?

– Je vais vous le dire, répondit Fausta.

Alors, d’une voix calme et posée, elle donna ses instructions au bravo attentif. Quand elle eut terminé, elle plia le bon, le mit dans son sein avec le blanc-seing et dit:

– Si vous réussissez, ce bon est à vous.

– C’est comme si je le tenais, fit Centurion, avec un sourire sinistre.

– Allez, donc. Il n’y a plus un instant à perdre.

– Madame!… fit Centurion avec une hésitation et un embarras soudains.

– Qu’est-ce encore?

– Vous m’aviez promis que la petite bohémienne ne serait pas livrée à don Almaran.

– Eh bien? fit Fausta en l’étudiant attentivement.

– Eh bien, je désire savoir si cette promesse tient toujours. Excusez-moi, madame, reprit Centurion avec une émotion étrange, je ne suis qu’un pauvre bachelier qui, sa vie durant, n’a fait que loger le diable dans sa bourse… C’est vous dire que les cinquante mille livres que je devrai à votre générosité représentent pour moi une fortune considérable, inouïe… Pourtant, cette fortune, je l’abandonnerais de grand cœur contre l’assurance que jamais la Giralda ne sera livrée à cette brute de Barba-Roja.

– Tu l’aimes donc bien? demanda Fausta de son air paisible.

Sans répondre, Centurion joignit les mains en une extase muette.

– Rassure-toi, dit lentement Fausta, jamais cette jeune fille ne sera par ma volonté, livrée à ton parent. Et maintenant, va.

Centurion se courba jusqu’à terre et s’élança au dehors, ivre de joie.

Fausta resta un long moment rêveuse, combinant dans sa tête les derniers détails du guet-apens qui devait enfin faire disparaître de sa vie cet obstacle vivant qui la faisait trébucher dans toutes ses entreprises et qui s’appelait Pardaillan.

Ayant tout réglé jusque dans les plus petits détails, elle se leva et sortit du cabinet. Dans le corridor où elle s’engagea, elle s’arrêta devant une porte, poussa un judas invisible et regarda par la petite fente.

Une jeune fille, blottie dans un large fauteuil, en une pose adorable de grâce et de charme, paraissait sommeiller doucement, la tête penchée sur son épaule.

Cette jeune fille, c’était Giralda.

– Elle dort, murmura Fausta, je la verrai tout à l’heure.

Doucement elle repoussa le judas et poursuivit sa route. Parvenue au bout du corridor, elle ouvrit la dernière porte qu’elle trouva à main droite et entra.

La pièce dans laquelle elle venait de pénétrer était située au rez-de-chaussée, un rez-de-chaussée surélevé comme un entresol.

C’était une espèce de boudoir très simple, éclairé par une fenêtre protégée par des volets de bois qui paraissaient en assez mauvais état.

Fausta frappa sur un timbre et donna un ordre au laquais qui se présenta aussitôt.

Celui-ci enleva tous les sièges qui garnissaient la pièce et repoussa du côté opposé à la fenêtre tous les meubles qui restaient en sorte que, lorsqu’il eut terminé sa besogne, il ne resta plus comme meubles qu’une petite table, un coffre et un cabinet placé dans une encoignure. En fait de siège, il ne resta qu’un large divan, sorte de lit de repos sur lequel s’amoncelaient des coussins de soie et de velours. Le divan était placé juste en face de la fenêtre en sorte qu’après cet agencement bizarre, une moitié de la pièce se trouva meublée et l’autre moitié, celle où était située la fenêtre, se trouva complètement dégarnie.

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