Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta». Краткое содержание книги:
– Quel crime mon père avait-il donc commis? Était-ce quelque ennemi déclaré de la politique du roi? Était-ce quelque fauteur de troubles et de révoltes? Était-ce enfin quelque redoutable criminel complotant la mort de son roi?… Rien de tout cela… Mon père avait une femme qu’il adorait et qui le lui rendait bien: ma mère. Or, le roi se prit d’une passion violente pour la femme de son sujet… Habitué à voir ses courtisans s’abaisser jusqu’aux plus viles complaisances, le roi crut qu’il en serait de même cette fois-ci. Il eut l’impudence de faire connaître sa volonté, pensant que le mari se trouverait honoré de lui livrer sa femme… Il arriva qu’il se heurta à une résistance que ni prières, ni menaces ne purent faire fléchir. C’est alors que la jalousie l’exaltant jusqu’au crime, le larron d’honneur, le bandit couronné, fit arrêter celui qu’il considérait comme un rival heureux, le fit torturer par esprit de vengeance et finalement mettre à mort, pensant que, le mari trépassé, la femme céderait… Il arriva que cet odieux calcul fut déjoué par la fidélité de la femme à la mémoire de son mari lâchement assassiné… Alors l’amour du roi se mua en haine furieuse. Ne pouvant vaincre la résistance de ma mère, il la fit empoisonner. Sa haine sauvage s’étendit jusqu’à l’enfant de ses malheureuses victimes, et j’eusse aussi été assassiné si, comme je vous l’ai dit, je n’avais été enlevé et caché par un serviteur dévoué.
Don César se tut et demeura un long moment rêveur. Et Pardaillan, qui le considérait d’un air apitoyé, pensait:
«Pauvre diable!… Mais quel intérêt ce soi-disant serviteur dévoué a-t-il pu avoir à faire cet invraisemblable récit qui, par certains côtés, frôle si dangereusement l’effroyable vérité?»
Don César redressa sa tête fine et intelligente et dit:
– Pensez-vous toujours que venger la mort des miens serait un crime monstrueux?
XX LA MAISON DES CYPRÈS
Pardaillan cherchait comment il pourrait éviter de répondre à une question aussi scabreuse lorsqu’il fut tiré d’embarras par l’arrivée d’un personnage qui vint sans façon interrompre leur conversation.
C’était un petit bout d’homme qui paraissait douze ans à peine, noir comme une taupe, sec comme un sarment, l’air déluré, l’œil vif mais singulièrement mobile. Guère plus haut que la table sur laquelle il posa ses petits poings, il se campa devant don César et attendit dans une attitude pleine de fierté.
– Eh bien! El Chico (le petit) qu’y a-t-il? demanda doucement le Torero.
– C’est rapport à la Giralda, répondit le petit homme avec un laconisme plutôt ambigu.
– Lui serait-il arrivé quelque chose? demanda vivement le Torero.
– Enlevée!…
– Enlevée! répétèrent les trois hommes d’une même voix.
Au même instant, ils furent debout tous les trois, et comme don César atterré par cette nouvelle inattendue, jetée aussi brutalement, restait muet de stupeur, Pardaillan, repoussant la table, dit:
– Voyons, ne nous effarons pas et procédons avec méthode.
Et s’adressant à El Chico qui attendait toujours campé dans sa pose pleine de dignité:
– Tu dis, petit, que la Giralda a été enlevée?
– Oui, seigneur.
– Quand?
– Il y a deux heures environ.
– Où?
– Passé la Puerta de las Atarazanas.
– Comment sais-tu cela, toi?
– Je l’ai vu, tiens!
– Raconte ce que tu as vu.
– Voilà, seigneur: je m’étais attardé hors les murs et je me hâtais pour arriver avant la fermeture des portes, lorsque je vis, non loin devant moi une ombre qui se hâtait aussi vers la ville: c’était la Giralda.
– Tu en es sûr?
El Chico eut un sourire entendu:
– Tiens! dit-il, j’ai de bons yeux!… Et quand même je ne l’aurais pas reconnue, quelle autre que la Giralda eût appelé El Torero à son secours? Tiens!…
– Elle m’a appelé?
– Quand les hommes se sont jetés sur elle, elle a crié: «César! César! à moi!» puis les hommes lui ont jeté une cape sur la tête et l’ont emportée.
– Quels sont ces hommes? Le sais-tu, petit?
El Chico eut encore son sourire entendu et, avec ce laconisme qui faisait bouillir l’amoureux désespéré:
– Don Centurion, dit-il.
– Centurion! s’exclama don César; le damné ruffian mourra de ma main!
– Qu’est-ce que ce Centurion? demanda Pardaillan qui ne perdait pas de vue un seul instant le petit homme, lequel, d’ailleurs, ne paraissait nullement s’en préoccuper.
– Le familier que vous avez jeté dehors l’autre jour, dit Cervantès.
– Le drôle est donc enragé!
– On sait trop pour le compte de qui opère le sacripant, murmura Cervantès.
– Pour qui?
– Pour don Almaran, dit Barba-Roja.
– Barba-Roja?… Ce colosse qui ne quitte jamais le roi?
– Lui-même!… Vous le connaissez, chevalier?
– Un peu, fit Pardaillan avec un léger sourire.
Et en lui-même: «Du diable s’il n’y a pas de l’Espinosa là-dessous!… Enfin je suis là, et, mordiable! je veillerai sur ce petit prince pour lequel je me sens de l’affection.»
Pendant ces apartés, don César continuait l’interrogation du petit homme:
– Et toi, Chico, qu’as-tu fait, quand tu as vu ces hommes enlever la Giralda?
– Je les ai suivis… de loin… Tiens! on aime le Torero!
– Et tu sais où ils l’ont conduite?
– Tiens! je ne serais pas venu vous chercher sans ça! fit El Chico en levant les épaules.
– Bravo, Chico!… Conduis-moi.
Et sans plus attendre, don César se dirigea vers la porte.
– Un instant! fit Pardaillan, en se plaçant devant lui. Nous avons le temps, que diable!
Et, voyant que le Torero, trépignant d’impatience, n’osait pas lui résister.
– Fiez-vous à moi, mon enfant, fit-il doucement, vous n’aurez pas à le regretter.
– Chevalier, j’ai pleine confiance en vous, mais… voyez dans que état je suis!
– Un peu de patience, donc!… Si tout ce que ce petit bout d’homme vient de raconter est vrai, je réponds de tout… mais diantre! il ne s’agit pas d’aller nous jeter tête baissée dans quelque traquenard.
– Quoi, vous consentiriez?…
Pardaillan haussa dédaigneusement les épaules:
– Ces amoureux sont tous stupides, dit-il à Cervantès, qui se contenta d’approuver d’un signe de tête.
– Voyons, petit, reprit le chevalier en s’adressant à El Chico, tu as vu enlever la Giralda, tu as suivi les ravisseurs, tu sais où ils l’ont conduite et tu es accouru le dire à don César.
– Oui, seigneur!
– Bien. Et, dis-moi, comment savais-tu que don César était ici?
El Chico eut une hésitation imperceptible qui n’échappa pourtant pas à l’œil perspicace du chevalier.