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Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta». Краткое содержание книги:

1590. À Rome, Fausta, après avoir mis au monde le fils de Pardaillan, bénéficie de la grâce du pape Sixte Quint, qui se prépare à intervenir auprès du roi d'Espagne Philippe II dans le conflit qui l'oppose à Henri IV roi de France. Fausta est investie d'une mission auprès de Philippe II: lui faire part d'un document secret par lequel le roi de France Henri III reconnaissait formellement Philippe II comme son successeur légitime sur le trône de France. En France, le chevalier de Pardaillan est investi par Henri IV, absorbé par le siège de Paris, d'une double mission: déjouer les manoeuvres de Fausta et obtenir de Philippe II la reconnaissance de la légitimité d'Henri de Navarre comme roi de France. Pardaillan et Fausta s'affrontent à Séville. Pardaillan est aidé dans sa lutte par Cervantès, qui reconnaît en lui le vrai Don Quichotte. Sortira-il vivant des traquenard tendus par le Grand Inquisiteur Don Espinoza et Fausta?
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Et changeant de sujet, brusquement:

– Maintenant, si vous m’en croyez, attaquons toutes ces victuailles qui doivent être succulentes, si j’en juge par leur mine, fort appétissante, ma foi. Nous causerons en mangeant.

Et les trois amis commencèrent bravement le massacre des provisions accumulées devant eux.

* * * * *

Pendant que Pardaillan répare ses forces épuisées par un long jeûne, les fatigues et les émotions d’une journée si bien remplie, il nous faut revenir pour un instant à un personnage dont les faits et les gestes sollicitèrent notre attention.

Nous voulons parler de cet étrange mendiant qui, en reconnaissance d’une aumône royale que lui avait généreusement faite le chevalier de Pardaillan, n’avait rien trouvé de mieux que de le menacer de son poignard, par derrière, et s’était soudain évanoui pendant que Bussi-Leclerc le cherchait dans l’ombre, avec l’intention peu charitable, mais bien arrêtée, de lui infliger une correction soignée.

Le mendiant, qui d’ailleurs ne soupçonnait nullement la menace suspendue sur sa tête, s’était tout simplement glissé entre les marchandises qui encombraient le quai, avait gagné une des nombreuses ruelles qui aboutissaient au Guadalquivir, et s’était élancé en courant dans la direction de l’Alcazar.

Arrivé à une des portes du palais, le mendiant dit le mot de passe et montra une sorte de médaille. Aussitôt, la sentinelle, sans paraître autrement surprise, s’effaça respectueusement.

Le mendiant, d’un pas délibéré, s’engagea dans le dédale des cours et des couloirs, qu’il paraissait connaître à fond, et parvint rapidement à la porte d’un appartement à laquelle il frappa d’une manière spéciale. Un grand escogriffe de laquais vint lui ouvrir aussitôt, et sur quelques mots que le mendiant lui dit à l’oreille, il s’inclina avec déférence, ouvrit une porte et s’effaça.

Le mendiant pénétra dans une chambre à coucher. Cette chambre était celle du dogue de Philippe II, don Inigo de Almaran, plus communément appelé Barba-Roja, lequel, présentement, le bras droit entouré de bandes et de compresses, se promenait rageusement, en proférant d’horribles menaces à l’adresse de ce Français, ce Pardaillan de malheur, qui lui avait presque démis un bras.

Au bruit, Barba-Roja s’était retourné. En voyant devant lui une espèce de mendiant sordide, il fronça terriblement les sourcils, et déjà s’apprêtait à foudroyer l’impudent quémandeur, lorsque celui, saisissant son épaisse barbe noire, arracha d’un tour de main ladite barbe qui lui couvrait le bas de la figure et la tignasse qui lui tombait jusqu’aux yeux.

– Cristobal! s’exclama Barba-Roja. Enfin, te voilà!

Si Pardaillan se fût trouvé là, il eût reconnu dans celui que Barba Roja venait d’appeler Cristobal, le familier qu’il avait délicatement jeté hors du patio le jour de son arrivée à l’hôtellerie de la Tour.

Qu’était-ce donc que ce Cristobal? Le moment nous paraît venu de faire plus ample connaissance avec lui.

Don Cristobal Centurion était un pauvre diable de bachelier comme il y en avait tant à cette époque en Espagne. Jeune, vigoureux, intelligent, instruit, il avait résolu de faire son chemin et d’arriver à une haute situation. C’était plus facile à décider qu’à réaliser. Surtout lorsqu’on ne se connaît plus de père ni de mère et qu’on a été instruit et élevé que par la charité d’un vieux brave homme d’oncle, lui-même pauvre curé de campagne, dans un royaume où prêtres et moines sont légion.

Il commença d’abord par se décharger de ces vains scrupules qui sont l’apanage des sots et la pierre d’achoppement de tout ambitieux fermement résolu à réussir. L’opération se fit avec autant plus de facilité que les susdits scrupules, on peut le croire, n’encombraient pas précisément la conscience du jeune Cristobal Centurion. Devenu plus léger il n’en demeura pas moins ce qu’il était avant, pauvre à faire pitié au Job de biblique mémoire. Mais comme les efforts louables qu’il avait faits pour détester sa conscience méritaient somme toute une récompense, le diable la lui donna en lui suggérant l’idée d’alléger son vieux curé d’oncle de quelques doublons que le brave homme avait parcimonieusement économisés en se privant durant de longues années, et qu’il avait précautionneusement enfouis dans une sûre cachette, non pas si sûre pourtant que le jeune drôle ne la découvrit après de longues et patientes recherches.

Comme tout bon Castillan, il se prétendait de famille noble, et sans doute l’était-il, pourquoi pas? Mais il est de fait qu’il eût été fort empêché de produire ses parchemins si quelqu’un se fût avisé de les lui demander.

Muni de ce maigre pécule, subtilement emprunté à la prévoyance avunculaire, le bachelier Cristobal, devenu don Cristobal Centurion, se hâta de gagner au large et se mit en quête de quelque puissant protecteur. Ceci était dans les mœurs de l’époque. Il y avait en ce temps un don Centurion que Philippe II venait de créer marquis de Estepa. Don Cristobal Centurion se découvrit incontinent une parenté indéniable – du moins elle lui parut telle – avec ce riche seigneur. Cristobal s’en fut le trouver tout droit et réclama de lui l’assistance que tout seigneur en faveur à la cour doit à un parent pauvre et obscur. Le marquis de Estepa était un de ces égoïstes comme il y en a malheureusement trop. Il demeura intraitable. Et non seulement ce mauvais parent ne voulut rien entendre, mais encore il déclara tout net à son infortuné homonyme que s’il s’avisait encore de se réclamer d’une parenté que lui, marquis de Estepa, s’obstinait à nier contre toute évidence, il ne se gênerait nullement de le faire bâtonner par ses gens à seule fin de lui montrer péremptoirement qu’un Centurion obscur et sans le sou ne saurait raisonnablement être le parent d’un Centurion riche et marquis, et si la bastonnade ne suffisait à le convaincre, Dieu merci! le marquis avait assez de pouvoir pour faire jeter dans quelque cul de basse-fosse l’importun Cristobal.

La menace des coups de bâton produisit une impression pénible sur don Cristobal Centurion. La menace d’un internement qui risquait fort de durer autant que durerait sa vie lui dessilla les yeux, et il s’aperçut alors qu’il s’était trompé et qu’en effet le seigneur marquis n’était pas de sa famille. Il renonça donc à réclamer une assistance qu’on avait le droit de lui refuser, puisque, en conscience, il n’y avait aucun droit.

Durant quelques années, il continua de vivre, ou, pour mieux dire, de mourir lentement de faim, du produit vague de non moins vagues besognes.

Il se fit soldat et apprit à manier noblement une épée. Puis il se fit détrousseur de grands chemins et il apprit à manier non moins noblement le poignard. Ayant acquis des notions sérieuses sur la manière de se servir convenablement d’à peu près toutes les armes en usage à l’époque, il mit généreusement ses talents à la disposition de ceux qui ne les possédaient point ou, les ayant, manquaient du courage nécessaire à leur emploi, et moyennant une honnête rétribution, il vous délivrait de quelque ennemi acharné ou vengeait une offense mortelle, un honneur outragé.

Comme il continuait à étudier par plaisir, comme il était d’ailleurs merveilleusement doué, il était devenu un vrai savant en philosophie, en théologie et en procédures de toutes sortes. Et pour varier ses occupations et en même temps accroître quelque peu ses maigres ressources, entre un coup de poignard et une arquebusade, il donnait une leçon à celui-ci, passait une thèse pour le compte de celui-là, écrivait un sermon pour le compte de tel prédicateur, voire de tel évêque à court d’éloquence, ou encore rédigeait les attendus de tel magistrat ou, indifféremment, les plaidoiries de tel avocat.

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