Angélique et le Nouveau Monde Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #13
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le Nouveau Monde Part 1». Краткое содержание книги:
– Il déclare : Nous allons le prendre nous-mêmes sans te demander ta permission, Tekonderoga, toi, l'allié des traîtres qui ont tué nos chefs.
Peyrac, à cette déclaration de mauvaise foi, fit un pas vers le sauvage jusqu'à presque le toucher et il le fixa durement dans les yeux.
– Comment te nommes-tu, toi qui oses disputer au Grand Esprit ce qui lui est offert en hommage ?
L'Indien bondit en arrière et leva son tomahawk. Mais d'un mouvement prompt Peyrac se déroba au coup qui siffla au-dessus de sa tête, puis, se redressant, il brandit son pistolet qu'il tenait par le canon et frappa de la crosse son adversaire à la tempe. L'Indien recula en titubant et alla s'effondrer, assommé, parmi ses compagnons. Le cri d'Angélique se perdit dans la clameur grondante des Iroquois. Mais un cri plus impérieux encore domina le tumulte. C'était Outtaké qui l'avait jeté. Le bras levé, il se porta devant Peyrac, le protégeant de son corps. Le silence revint. Les armes s'abaissèrent. Outtaké fit signe à un jeune guerrier de venir l'aider à se soutenir. Puis il se tourna vers Peyrac et lui parla à mi-voix, en français.
– Je ne veux pas ta mort, Tekonderoga. L'esprit de la justice veut que je t'accorde la vie, car il est vrai que si la vengeance est une des lois de nos peuples, celle de la reconnaissance la précède et je serais félon si j'oubliais que ton épouse Kawa, l'Étoile Fixe, a sauvé ma vie par deux fois... oui, par deux fois... Mais mes guerriers accepteront-ils de te laisser en vie et de se retirer sans combattre ? Je ne peux m'y engager !
« Néanmoins, je vais essayer de les convaincre... Tu me rendras cette justice que je l'ai fait, si j'échoue...
Aux instants les plus extrêmes, il y a toujours des pensées incongrues qui vous traversent l'esprit. Angélique se rappellerait plus tard que ce qui l'avait frappée à ce moment précis, c'était que le Mohawk, à la façon des Canadiens, coureurs de bois ou seigneurs qu'il avait fréquentés dans sa jeunesse, employait un français assez châtié et rien n'était plus surprenant qu'un tel langage choisi sur ses lèvres barbares.
– Notre cœur n'est pas prompt à oublier les affronts, continua-t-il. Demander de vous épargner entachera mon pouvoir.
– Je ne vous demande pas d'oublier, dit Peyrac.
Angélique n'en pouvait plus. Elle savait maintenant que même l'intervention d'Outtaké ne sauverait rien. Elle n'avait plus qu'une idée. Se rejeter à l'intérieur du fort, refermer enfin sur eux les portes de rondins et saisir des mousquets. C'en était assez ! Elle ne pouvait plus supporter de voir ainsi Joffrey exposé, et à chaque instant en danger de perdre la vie... Mais il ne paraissait pas pressé de quitter la place, ni ému par la fatigue et la tension de cette journée.
– Je ne veux pas que vous oubliiez, répéta-t-il plus haut. Et je vais même faire en sorte que vous n'oubliiez jamais ce qui s'est passé à Katarunk. Vous êtes tous en train de vous demander, dans vos contes : « Si nous épargnons ces Blancs, qui effacera la honte que le renom des Iroquois a subie en ces lieux ? Et je vous réponds : Moi...
« Perrot, traduisez, je vous prie... Vous croyez tous que la palabre est finie. Mais non ! Tout commence. Vous n'avez encore rien vu, rien entendu, peuple iroquois ! C'est maintenant que je vais parler. Écoutez bien ! Je veux que mes paroles et mes actes s'enfoncent comme des flèches dans vos cœurs car après seulement vous pourrez vous éloigner sans amertume, le cœur satisfait. Il n'est pas vrai, mes frères, que le cœur de l'homme blanc et que le cœur de l'Indien ne peuvent éprouver les mêmes sentiments. Car, ainsi que le vôtre, en regardant ce poste de Katarunk, mon cœur est empli d'horreur. Comme vous, je ne peux m'empêcher de songer que ces lieux ont connu le plus lâche attentat, la plus répugnante trahison que j'aie vu commettre dans ma vie déjà longue !... Comme vous, je crois que les lieux de traîtrise portent en eux, à jamais, une tache indélébile, et que leur vue en perpétue le souvenir, même lorsque l'esprit des hommes justes souhaite l'effacer... Or, ceux qui viendront en ce poste dans les temps futurs diront-ils chaque fois : C'est là que Swanissit fut scalpé, sous le toit de l'hôte qui le recevait, l'homme blanc, Tekonderoga, l'Homme du Tonnerre ?... Non !... Non ! Je ne le supporterai pas, s'écria le comte de Peyrac avec une violence et une colère qui les impressionnèrent, et qui en cet instant – Angélique le sentit – n'étaient pas feintes. Non, je ne le supporterai pas. Que tout s'efface plutôt... que tout s'efface !... Il toussa, ayant crié ces derniers mots. Nicolas Perrot répétait lentement ses paroles, avec une sorte d'exaltation, que tout s'efface plutôt !... Que tout s'efface, et maintenant l'on sentait, dans la nuit, tous les yeux fixés sur ces deux silhouettes dressées, celle du coureur de bois et celle du comte de Peyrac, dans son vêtement couleur d'orage, tous deux éclairés encore par une vague lueur du couchant.
– Je sais, reprit le comte. Il y en a quelques-uns d'entre vous qui pensent : « Dans ce poste se trouvent de belles marchandises ! » Ils voudraient satisfaire à la fois leur cupidité et leur désir de vengeance !
Que ces chacals cessent de gronder et de flairer et s'éloignent la queue basse. Car c'est moi qui vous dis, c'est aux mânes de vos ancêtres qu'appartient désormais tout ce qu'il y a dans ce fort. Ainsi seulement seront-elles satisfaites !
« Vous, vous avez déjà reçu vos présents. Ils sont de valeur. Et quand vous aurez à les charger sur votre dos, vous vous apercevrez qu'ils sont d'importance.
« Mais ce qu'il y a dans ce fort de Katarunk, vous n'avez pas le droit de le prendre, pas plus que je n'ai celui d'en user. Je l'ai donné aux mânes de vos chefs morts, en revanche de la félonie dont ils ont été victimes.
« Écoutez-moi bien, et souvenez-vous de mes paroles ! Il y a dans ce fort des vivres pour plusieurs mois, peut-être des années, de la viande de cerf, d'élan et d'ours, de la morue séchée et salée, du sel marin, dix barriques d'huile de tournesol, de baleine et de loup-marin. Du sucre d'érable et du sucre des îles lointaines. Du rhum et des vins pour les Blancs et les chefs indiens. Vingt sacs de farine de blé et de maïs. Deux cents tresses de tabac de Virginie. Cent tresses de tabac du Mexique. Cinquante ballots de cotonnades hollandaises. Dix ballots de soie de Chine et d'Orient. Des casaques de laine et de coton d'Égypte, des tapis, des fusils, des balles, de la poudre. Quinze pièges à loups, ours, renards ou lynx. De la quincaille : aiguilles et ciseaux... Des fourrures. Tout cela ne vous appartient pas, et ne m'appartient plus.
« Tout cela appartient à vos chefs morts.
« Vous qui disiez : Ils n'ont rien que la honte voici ce qu'ils possèdent. Tout. Sauf les barils d'eau-de-vie et de vin, dont je sais que Swanissit n'aurait pas voulu et qui sont réservés au Grand Esprit qui, seul, peut les purifier par sa puissance de leur pouvoir nocif.
« Et maintenant, écartez-vous ! Outtaké, commande à tes guerriers de se reculer jusqu'au fleuve afin d'éviter qu'ils ne soient blessés ou tués.
« Je vais faire éclater le tonnerre ! »
Un silence stupéfait régna après ces paroles. Puis lentement la masse des sauvages commença de refluer lentement vers le bas de la côte jusqu'aux rives du fleuve. À leur crainte superstitieuse, se mêlait une avide curiosité. Où voulait-il en venir ce Blanc à la langue habile et qui prétendait mieux les venger que leurs armes ?... Le comte de Peyrac donna encore quelques ordres à ceux de ses hommes qui se trouvaient près de lui. Puis, apercevant Angélique, il la prit par la taille et l'entraîna.
– Venez vite ! Il ne faut pas rester ici. Maupertuis, voulez-vous vérifier que tous, les nôtres sont bien en bas, sur la rive, et que plus personne ne se trouve dans l'enceinte du fort !