Angélique et le Nouveau Monde Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #13
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le Nouveau Monde Part 1». Краткое содержание книги:
– J'aurai l'œil, dit le vieux.
Peyrac considéra le chef iroquois que soutenaient Maupertuis et son fils. Sa carte maîtresse grâce à Angélique...
– Donnez-lui un coup de rhum, dit-il, afin qu'il puisse tenir debout ! Et, maintenant, venez tous.
Et, tandis qu'il traversait la cour à grands pas, il arracha vivement le pansement qu'il portait au front sur sa blessure. La plaie suinta à vif et le sang se remit à couler lentement. Yann Le Couénnec l'attendait en tenant par la bride son étalon noir. Peyrac se mit en selle d'un bond. Il s'élança vers la porte ouverte du poste. Il disparut dans la trouée lumineuse.
À son apparition, le cri de guerre des Iroquois monta une seconde fois et Angélique s'arrêta, le cœur étreint d'angoisse. Mais cette fois encore il n'y eut pas de détonations en réponse à ce rugissement belliqueux.
– Allons ! dit Macollet. Quand on joue la comédie, faut la jouer jusqu'au bout, mesdames. Il n'y a rien qui arrête plus, dans son élan, une bête enragée que quelque chose qui l'étonné et qu'elle ne comprend pas. Il y en a, parmi ces barbares, qui n'ont jamais vu de chevaux !... Et n'oubliez pas, mesdames, si vous vous sentez un peu inquiétées d'un chevalier servant tel que moi, vous n'en aurez jamais plus d'autre, après moi...
Il fit tant qu'elles arrivèrent, en riant presque, à la porte du fort.
Et, en effet, Nicolas Perrot était là, les mains derrière le dos, les franges de ses vêtements de daim et la queue de son bonnet de fourrure flottant au vent, et regardant tranquillement vers le bas de la côte dans la direction du fleuve et de l'armée iroquoise... Joffrey de Peyrac caracolait sur son cheval fougueux et il semblait passer en revue ses hommes assemblés qui tenaient des bannières.
La cuirasse noire des Espagnols étincelait au soleil.
Maupertuis et son fils, soutenant le chef Outtaké, allèrent se placer auprès de Nicolas Perrot. Une rumeur confuse monta d'en bas.
En regardant dans cette direction, Angélique sentit le sang se retirer de ses joues. Les deux rives et la plage étaient couvertes d'une multitude de sauvages emplumés, sales et sanglants. Des canots chargés de guerriers couvraient le fleuve et arrivaient sans cesse. Dans le halo de poussière soulevée par leur débarquement ils formaient une masse mouvante et agitée, brandissant des arcs et des tomahawks, et pourtant presque silencieuse. Ils avaient tous les yeux levés, en direction du poste.
Ils regardaient ce Nicolas Perrot, qui était venu si souvent traîner ses mocassins dans la Vallée Sacrée et naviguer sur les cinq lacs des Cinq Nations. Un presque Indien pour eux !... Ils regardaient Outtaké et ne comprenaient plus. On leur avait dit que tous leurs chefs étaient morts à Katarunk !...
Et la vue du comte de Peyrac sur cet animal noir et fabuleux les remplissait manifestement d'un effroi superstitieux.
Ils continuaient à s'agglomérer en contrebas, mais se tenaient dans l'expectative. Joffrey de Peyrac descendit de cheval et vint à son tour se placer en avant près de Perrot et d'Outtaké.
Le vent faisait voler son manteau, sa chevelure, son jabot de dentelle et le flot de rubans accrochés aux épaules de son pourpoint.
Angélique serrait dans la sienne la petite main d'Honorine. Elle chercha des yeux ses fils. Elle les vit, bien droits, un peu en retrait, tenant chacun l'une des grandes bannières brodées de rouge, de bleu et d'or, dont les flammes se tordaient dans le vent. Elle ne savait pas ce que représentaient ces bannières. Il faudrait qu'elle le leur demandât un jour... si un autre jour les trouvait en vie.
Tout le monde était si calme qu'aucun drame ne semblait possible.
– Que va-t-il se passer ? demanda à mi-voix Angélique à Macollet.
– Ben, pour l'instant, on se regarde. On se jauge ! On prend la mesure ! Ils ne s'attendaient pas à trouver Outtaké vivant. Et puis, ces gars-là, ils ont peur des palissades et des terrains découverts. Si, en plus, ils trouvent les Blancs rassemblés pour les attendre au-dehors, ils ne comprennent plus rien... Ils se demandent ce qu'il faut faire !... Voyez, il y en a qui commencent à danser pour se donner du courage. Ils font comme le chat qui essaye d'effrayer la souris. Mais en ce moment, qui est le chat et qui est la souris ? On n'en sait rien. Attention ! Ils vont encore pousser leur cri de guerre. Ne bougez pas... Ne montrez pas de peur...
La clameur inhumaine monta de tous ces gosiers rauques, de toutes ces bouches ouvertes. Mme Jonas et Elvire se serrèrent contre Angélique et elle retint les enfants, effrayés, en disant : Ne craignez rien, c'est seulement parce qu'ils crient tous ensemble que cela fait tant de bruit !...
Les petits se cachèrent le visage dans ses jupes.
Cette fois il y a eut une réponse. Deux violentes explosions s'entendirent, l'une venant de la rive, non loin de l'endroit où se tenaient les avant-gardes de l'armée iroquoise, l'autre, de la falaise, derrière le poste.
D'énormes morceaux de roches jaillirent dans les airs, retombant avec un fracas que multipliaient les échos.
Un vent de panique s'éleva sur les Iroquois qui oscillèrent en tous sens. Plusieurs refluèrent vers les bosquets de saules pour s'y cacher, d'autres se réembarquèrent précipitamment.
Les plus courageux essayaient de se rassembler, en portant leurs flèches sur les cordes de leurs arcs. Mais les explosions successives détournaient leur attention et ils ne savaient dans quelle direction se tourner.
– Qu'est-ce donc ? demanda Outtaké qui avait pâli.
– Tes frères m'ont salué d'un cri, dit Peyrac. Voici ma réponse. As-tu oublié que je suis l'Homme du Tonnerre ?...
Il ajouta avec ironie :
– Que crains-tu, Outtaké ? Que craignent-ils, tous ?
Ce ne sont que des cailloux qui tombent.
Le chef Mohawk le regarda fixement.
– Que veux-tu de moi ?
– Discuter avec toi et les tiens le prix du sang.
– De quel prix peut être celui du sang de nos chefs ?
– Discutons-en et tu le sauras.
Outtaké se tourna vers ses guerriers et se mit à les invectiver. Mais sa voix affaiblie ne portait pas. Perrot le relaya et, les mains en porte-voix, il leur cria, de la part de leur chef, de solides injures.
– Chiens ! Chacals ! Revenez donc ! Montrez-vous ! Ce ne sont que des cailloux qui tombent. Que les Principaux s'avancent. Nous allons discuter le prix du sang...
À la longue, les guerriers se calmèrent et ils parurent décidés a accepter la palabre décidant du prix du sang.
C'était déjà une rémission.
Le code de la tradition allait permettre aux ennemis de s'asseoir dans l'apparence de l'amitié, et opposer à l'impulsivité indienne le barrage des arguments, des propositions et de la réflexion.
Les principaux s'étaient avancés avec, à leur tête, le vieux Tahoutaguète au visage sombre, hideux, tout percé de trous. Mais derrière eux les autres montèrent aussi, et s'étalèrent comme une marée, couvrant la colline de leurs corps agglomérés, les uns près des autres, assis ou étendus. Au soleil, l'odeur de ces corps nus déferlait en vagues puissantes, et des centaines de prunelles noires, au regard énigmatique, formaient comme un cercle magique refermé autour de Katarunk.
– Y a plus beaucoup de recul, dit Macollet. Tant pis ! Asseyons-nous à notre tour, mesdames. Ici, nous sommes bien placés. Si Perrot me fait le signe, c'est que ça se gâte et qu'il n'y a plus d'espoir. Alors faudra faire vite pour se mettre à l'abri. Et en avant pour la pétarade !
– Ils sont nombreux, dit Angélique...
– Peuh ! pas plus de cent. Et ils sont mal armés et fatigués. Ça se voit. Ça devrait être des bandes qui se sont donné rendez-vous ici, après leur campagne de guerre. Avec tout notre arsenal, on pourrait en venir facilement à bout.