Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules
- Автор: Лебон Гюстав
- Год: 2020
- Язык: французский
- Год: Strelbytskyy Multimedia Publishing
- Жанр: Политика
Электронная книга - «Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules». Краткое содержание книги:
La foule, dans le sens où l'emploie Le Bon, est distincte du simple agrégat d'individus.
Les foules sont régies par une « loi d'unité mentale des foules ». Elles ont en quelque sorte une « âme », avec des passions et un fonctionnement organique comparable à celui de l'esprit humain. Dans le livre I, Le Bon examine les passions et le mode de représentation d'une foule ; dans le livre II, il examine les origines et les caractéristiques de ses croyances.
3o Classe.(Classe bourgeoise, classes des paysans, etc.)
Indiquons en quelques mots les caractères différentiels de ces diverses catégories de foules.
Ces collectivités sont celles dont nous avons étudié les caractères dans ce volume. Elles se composent d'individus quelconques, quelle que soit leur profession ou leur intelligence.
Nous savons maintenant que, par le fait seul que des hommes forment une foule agissante, leur psychologie collective diffère essentiellement de leur psychologie individuelle, et que l'intelligence ne les soustrait pas à cette différenciation. Nous avons vu que, dans les collectivités, l'intelligence ne joue aucun rôle. Seuls des sentiments inconscients agissent.
Un facteur fondamental, la race, permet de différencier assez profondément les diverses foules hétérogènes.
Nous sommes plusieurs fois déjà revenus sur le rôle de la race, et nous avons montré qu'elle est le plus puissant des facteurs capables de déterminer les actions des hommes. Elle manifeste également son action dans les caractères des foules. Une foule composée d'individus quelconques, mais tous Anglais ou Chinois, différera profondément d'une autre foule composée d'individus également quelconques, mais de races différentes: Russes, Français, Espagnols, par exemple.
Les profondes divergences que la constitution mentale héréditaire crée dans la façon de sentir et de penser des hommes, éclatent immédiatement dès que des circonstances, assez rares d'ailleurs, réunissent dans une même foule, en proportions à peu près égales, des individus de nationalités différentes, quelque identiques que soient en apparence les intérêts qui les rassemblent. Les tentatives faites par les socialistes pour réunir dans de grands congrès des représentants de la population ouvrière de chaque pays, ont toujours abouti aux plus furieuses discordes. Une foule latine, si révolutionnaire ou si conservatrice qu'on la suppose, fera invariablement appel, pour réaliser ses exigences, à l'intervention de l'État. Elle est toujours centralisatrice et plus ou moins césarienne. Une foule anglaise ou américaine, au contraire, ne connaît pas l'État et ne fait appel qu'à l'initiative privée. Une foule française tient avant tout à l'égalité, et une foule anglaise à la liberté. Ce sont précisément ces différences de races qui font qu'il y a presque autant de formes de socialisme et de démocratie que de nations.
L'âme de la race domine donc entièrement l'âme de la foule. Elle est le substratum puissant qui limite ses oscillations. Considérons comme une loi essentielle que les caractères inférieurs des foules sont d'autant moins accentués que l'âme de la race est plus forte. L'état de foule et la domination des foules, c'est la barbarie ou le retour à la barbarie. C'est en acquérant une âme solidement constituée que la race se soustrait de plus en plus à la puissance irréfléchie des foules et sort de la barbarie.
En dehors de la race, la seule classification importante à faire pour les foules hétérogènes est de les séparer en foules anonymes, comme celles des rues, et en foules non anonymes,-les assemblées délibérantes et les jurés par exemple. Le sentiment de la responsabilité, nul chez les premières et développé chez les secondes, donne à leurs actes des orientations souvent fort différentes.
Les foules homogènes comprennent: 1o les sectes; 2o les castes; 3o les classes.
La secte marque le premier degré dans l'organisation des foules homogènes. Elle comprend des individus d'éducation, de professions, de milieux parfois fort différents, n'ayant entre eux que le lien unique des croyances. Telles sont les sectes religieuses et politiques, par exemple.
La caste représente le plus haut degré d'organisation dont la foule soit susceptible. Alors que la secte comprend des individus de professions, d'éducation, de milieux fort différents et rattachés seulement par la communauté des croyances, la caste ne comprend que des individus de même profession et par conséquent d'éducation et de milieux à peu près semblables. Telles sont la caste militaire et la caste sacerdotale, par exemple.
La classe est formée par des individus d'origines diverses réunis, non par la communauté des croyances, comme le sont les membres d'une secte, ni par la communauté des occupations professionnelles, comme le sont les membres d'une caste, mais par certains intérêts, certaines habitudes de vie et d'éducation fort semblables. Telles sont, par exemple, la classe bourgeoise, la classe agricole, etc.
Ne m'occupant dans cet ouvrage que des foules hétérogènes, et réservant l'étude des foules homogènes (sectes, castes et classes) pour un autre volume, je n'insisterai pas ici sur les caractères de ces dernières. Je terminerai l'étude des foules hétérogènes par l'examen de quelques catégories de foule déterminées, choisies comme types.
CHAPITRE II
Les foules dites criminelles.
Les foules tombant, après une certaine période d'excitation, à l'état de simples automates inconscients menés par des suggestions, il semble difficile de les qualifier dans aucun cas de criminelles. Je ne conserve ce qualificatif erroné que parce qu'il a été consacré par des recherches psychologiques récentes. Certains actes des foules sont assurément criminels si on ne les considère qu'en eux-mêmes, mais alors au même titre que l'acte d'un tigre dévorant un Hindou, après l'avoir d'abord laissé un peu déchiqueter par ses petits pour les distraire.
Les crimes des foules ont généralement pour mobile une suggestion puissante, et les individus qui y ont pris part sont persuadés ensuite qu'ils ont obéi à un devoir, ce qui n'est pas du tout le cas du criminel ordinaire.
L'histoire des crimes commis par les foules met en évidence ce qui précède.
On peut citer comme exemple typique le meurtre du gouverneur de la Bastille, M. de Launay. Après la prise de cette forteresse, le gouverneur, entouré d'une foule très excitée, recevait des coups de tous côtés. On proposait de le pendre, de lui couper la tête, ou de l'attacher à la queue d'un cheval. En se débattant, il donna par mégarde un coup de pied à l'un des assistants. Quelqu'un proposa, et sa suggestion fut acclamée aussitôt par la foule, que l'individu atteint par le coup de pied coupât le cou au gouverneur.
«Celui-ci, cuisinier sans place, demi-badaud qui est allé à la Bastille pour voir ce qui s'y passait, juge que, puisque tel est l'avis général, l'action est patriotique, et croit même mériter une médaille en détruisant un monstre. Avec un sabre qu'on lui prête, il frappe sur le col nu; mais le sabre mal affilé ne coupant pas, il tire de sa poche un petit couteau à manche noir et (comme, en sa qualité de cuisinier, il sait travailler les viandes) il achève heureusement l'opération.»
On voit clairement ici le mécanisme indiqué plus haut. Obéissance à une suggestion d'autant plus puissante qu'elle est collective, conviction chez le meurtrier qu'il a commis un acte fort méritoire, et conviction d'autant plus naturelle qu'il a pour lui l'approbation unanime de ses concitoyens. Un acte semblable peut être légalement, mais non psychologiquement, qualifié de criminel.