Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules
- Автор: Лебон Гюстав
- Год: 2020
- Язык: французский
- Год: Strelbytskyy Multimedia Publishing
- Жанр: Политика
Электронная книга - «Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules». Краткое содержание книги:
La foule, dans le sens où l'emploie Le Bon, est distincte du simple agrégat d'individus.
Les foules sont régies par une « loi d'unité mentale des foules ». Elles ont en quelque sorte une « âme », avec des passions et un fonctionnement organique comparable à celui de l'esprit humain. Dans le livre I, Le Bon examine les passions et le mode de représentation d'une foule ; dans le livre II, il examine les origines et les caractéristiques de ses croyances.
Quant à la presse, autrefois directrice de l'opinion, elle a dû, comme les gouvernements, s'effacer devant le pouvoir des foules. Elle possède certes une puissance considérable, mais seulement parce qu'elle est exclusivement le reflet des opinions des foules et de leurs incessantes variations. Devenue simple agence d'information, elle a renoncé à chercher à imposer aucune idée, aucune doctrine. Elle suit tous les changements de la pensée publique, et les nécessités de la concurrence l'obligent à bien les suivre sous peine de perdre ses lecteurs. Les vieux organes solennels et influents d'autrefois, comme le Constitutionnel, les Débats, le Siècle, dont la précédente génération écoutait pieusement les oracles, ont disparu ou sont devenus feuilles d'informations encadrées de chroniques amusantes, de cancans mondains et de réclames financières. Où serait aujourd'hui le journal assez riche pour permettre à ses rédacteurs des opinions personnelles, et de quel poids seraient ces opinions auprès de lecteurs qui ne demandent qu'à être renseignés ou amusés, et qui, derrière chaque recommandation, redoutent toujours le spéculateur. La critique n'a même plus le pouvoir de lancer un livre ou une pièce de théâtre. Elle peut leur nuire, mais non les servir. Les journaux ont tellement conscience de l'inutilité de tout ce qui est critique ou opinion personnelle, qu'ils ont progressivement supprimé les critiques littéraires, se bornant à donner le titre du livre avec deux ou trois lignes de réclame, et, dans vingt ans, il en sera probablement de même pour la critique théâtrale.
Épier l'opinion est devenu aujourd'hui la préoccupation essentielle de la presse et des gouvernements. Quel est l'effet produit par un événement, un projet législatif, un discours, voilà ce qu'il leur faut savoir sans cesse; et la chose n'est pas facile, car rien n'est plus mobile et plus changeant que la pensée des foules, et rien n'est plus fréquent que de les voir accueillir avec des anathèmes ce qu'elles avaient acclamé la veille.
Cette absence totale de direction de l'opinion, et en même temps la dissolution des croyances générales, ont eu pour résultat final un émiettement complet de toutes les convictions, et l'indifférence croissante des foules pour ce qui ne touche pas nettement leurs intérêts immédiats. Les questions de doctrines, telles que le socialisme, ne recrutent de défenseurs réellement convaincus que dans les couches tout à fait illettrées: ouvriers des mines et des usines, par exemple. Le petit bourgeois, l'ouvrier ayant quelque teinte d'instruction sont devenus d'un scepticisme ou tout au moins d'une mobilité complète.
L'évolution qui s'est ainsi opérée depuis vingt-cinq ans est frappante. À l'époque précédente, peu éloignée pourtant, les opinions possédaient encore une orientation générale; elles dérivaient de l'adoption de quelque croyance fondamentale. Par le fait seul qu'on était monarchiste, on avait fatalement, aussi bien en histoire que dans les sciences, certaines idées très arrêtées; et, par le fait seul qu'on était républicain, on avait des idées tout à fait contraires. Un monarchiste savait pertinemment que l'homme ne descend pas du singe, et un républicain savait non moins pertinemment qu'il en descend. Le monarchiste devait parler de la Révolution avec horreur, et le républicain avec vénération. Il y avait des noms, tels que ceux de Robespierre et de Marat, qu'il fallait prononcer avec des mines de dévot, et d'autres noms, tels que ceux de César, d'Auguste et de Napoléon qu'on ne devait pas articuler sans les couvrir d'invectives. Jusque dans notre Sorbonne, cette naïve façon de concevoir l'histoire était générale[43].
Aujourd'hui, devant la discussion et l'analyse, toutes les opinions perdent leur prestige; leurs angles s'usent vite, et il en survit bien peu qui nous puissent passionner. L'homme moderne est de plus en plus envahi par l'indifférence.
Ne déplorons pas trop cet effritement général des opinions. Que ce soit un symptôme de décadence dans la vie d'un peuple, on ne saurait le contester. Il est certain que les voyants, les apôtres, les meneurs, les convaincus en un mot, ont une bien autre force que les négateurs, les critiques et les indifférents; mais n'oublions pas non plus qu'avec la puissance actuelle des foules, si une seule opinion pouvait acquérir assez de prestige pour s'imposer, elle serait bientôt revêtue d'un pouvoir tellement tyrannique que tout devrait aussitôt plier devant elle, et que l'âge de la libre discussion serait clos pour longtemps. Les foules représentent des maîtres pacifiques parfois, comme l'étaient à leurs heures Héliogabale et Tibère; mais elles ont aussi de furieux caprices. Quand une civilisation est prête à tomber entre leurs mains, elle est à la merci de trop de hasards pour durer bien longtemps. Si quelque chose pouvait retarder un peu l'heure de l'effondrement, ce serait précisément l'extrême mobilité des opinions et l'indifférence croissante des foules pour toute croyance générale.
LIVRE III
CLASSIFICATION ET DESCRIPTION DES DIVERSES CATÉGORIES DE FOULES
CHAPITRE PREMIER
Classification des foules.
Nous avons indiqué dans cet ouvrage les caractères généraux communs aux foules psychologiques. Il nous reste à montrer les caractères particuliers qui s'ajoutent à ces caractères généraux suivant les diverses catégories de collectivités lorsque, sous l'influence d'excitants convenables, elles se transforment en foule.
Exposons d'abord en quelques mots une classification des foules.
Notre point de départ sera la simple multitude. Sa forme la plus inférieure se présente, lorsqu'elle est composée d'individus appartenant à des races différentes. Elle n'a d'autre lien commun que la volonté, plus ou moins respectée d'un chef. On peut donner comme type de telles multitudes, les barbares d'origines fort diverses, qui pendant plusieurs siècles envahirent l'empire Romain.
Au-dessus de ces multitudes de races diverses, se trouvent celles qui, sous l'influence de certains facteurs, ont acquis des caractères communs et ont fini par former une race. Elles présenteront à l'occasion les caractéristiques spéciales des foules, mais ces caractéristiques seront plus ou moins dominées par celles de la race.
Ces deux catégories de multitudes peuvent, sous l'influence des facteurs étudiés dans cet ouvrage, se transformer en foules organisées ou psychologiques. Dans ces foules organisées, nous établirons les divisions suivantes;
A. Foules hétérogènes. 1o Anonymes. (Foules des rues, par exemple.)
2o Non anonymes. (Jurys, assemblées parlementaires, etc.)
B. Foules homogènes. 1o Sectes. (Sectes politiques, Sectes religieuses, etc.)
2o Castes.(Caste militaire, caste sacerdotale, castes ouvrières, etc.)
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Certaines pages des livres de nos professeurs officiels sont, à ce point de vue, bien curieuses, et montrent à quel point l'esprit critique est peu développé par notre éducation universitaire. Je citerai comme exemple les lignes suivantes extraites de la Révolution française de M. Rambaud, professeur d'histoire à la Sorbonne:
«La prise de la Bastille est un fait culminant dans l'histoire non seulement de la France, mais de l'Europe entière; elle inaugurait une époque nouvelle de l'histoire du monde!»
Quant à Robespierre, nous y apprenions avec stupeur, que «sa dictature fut surtout d'opinion, de persuasion, d'autorité morale; elle fut une sorte de pontificat entre les mains d'un homme vertueux»! (P. 91 et 220.)