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Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules

Электронная книга - «Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules». Краткое содержание книги:

Cet ouvrage a pour but de décrire les caractères psychologiques qui constituent l’âme des races et de montrer comment l’histoire d’un peuple et sa civilisation dérivent de ces caractères. Nous rechercherons ensuite si les éléments dont se compose une civilisation : arts, institutions, croyances, ne sont pas les manifestations directes de l’âme des races, et ne peuvent pour cette raison passer d’un peuple à un autre. Nous terminerons enfin en tâchant de déterminer sous l’influence de quelles nécessités les civilisations pâlissent, puis s’éteignent. Ce sont des problèmes que nous avons longuement traités dans divers ouvrages sur les civilisations de l’Orient. Ce petit volume doit être considéré simplement comme une brève synthèse.
La foule, dans le sens où l'emploie Le Bon, est distincte du simple agrégat d'individus.
Les foules sont régies par une « loi d'unité mentale des foules ». Elles ont en quelque sorte une « âme », avec des passions et un fonctionnement organique comparable à celui de l'esprit humain. Dans le livre I, Le Bon examine les passions et le mode de représentation d'une foule ; dans le livre II, il examine les origines et les caractéristiques de ses croyances.
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CHAPITRE IV

Limites de variabilité des croyances et opinions des foules.
§ 1. Les croyances fixes. -Invariabilité de certaines croyances générales.-Elles sont les guides d'une civilisation.-Difficulté de les déraciner.-En quoi l'intolérance constitue pour les peuples une vertu.-L'absurdité philosophique d'une croyance générale ne peut nuire à sa propagation.-§ 2. Les opinions mobiles des foules. -Extrême mobilité des opinions qui ne dérivent pas des croyances générales.-Variations apparentes des idées et des croyances en moins d'un siècle.-Limites réelles de ces variations.-Éléments sur lesquels la variation a porté.-La disparition actuelle des croyances générales et la diffusion extrême de la presse rendent de nos jours les opinions de plus en plus mobiles.-Comment les opinions des foules tendent sur la plupart des sujets vers l'indifférence.-Impuissance des gouvernements à diriger comme jadis l'opinion.-L'émiettement actuel des opinions empêche leur tyrannie.
§ 1.-LES CROYANCES FIXES

Il y a un parallélisme étroit entre les caractères anatomiques des êtres et leurs caractères psychologiques. Dans les caractères anatomiques nous trouvons certains éléments invariables, ou si peu variables, qu'il faut la durée des âges géologiques pour les changer, et, à côté de ces caractères fixes, irréductibles, se voient des caractères très mobiles que le milieu, l'art de l'éleveur et de l'horticulteur modifient aisément, et parfois au point de dissimuler, pour l'observateur peu attentif, les caractères fondamentaux.

Nous observons le même phénomène dans les caractères moraux. À côté des éléments psychologiques irréductibles d'une race se rencontrent des éléments mobiles et changeants. Et c'est pourquoi, en étudiant les croyances et les opinions d'un peuple, on constate toujours un fonds très fixe sur lequel se greffent des opinions aussi mobiles que le sable qui recouvre le rocher.

Les croyances et les opinions des foules forment donc deux classes bien distinctes. D'une part, les grandes croyances permanentes, qui durent plusieurs siècles, et sur lesquelles une civilisation entière repose, telles, par exemple, autrefois, la conception féodale, les idées chrétiennes, celles de la Réforme; tels de nos jours, le principe des nationalités, les idées démocratiques et sociales. D'autre part, les opinions momentanées et changeantes, dérivées le plus souvent des conceptions générales, que chaque âge voit naître et mourir: telles sont les théories qui guident les arts et la littérature à certains moments, celles, par exemple, qui ont produit le romantisme, le naturalisme, le mysticisme, etc. Elles sont aussi superficielles, le plus souvent, que la mode, et changent comme elle. Ce sont les petites vagues qui naissent et s'évanouissent sans cesse à la surface d'un lac aux eaux profondes.

Les grandes croyances générales sont en nombre fort restreint. Leur naissance et leur mort forment pour chaque race historique les points culminants de son histoire. Elles constituent la vraie charpente des civilisations.

Il est très facile d'établir une opinion passagère dans l'âme des foules, mais il est très difficile d'y établir une croyance durable. Il est également fort difficile de détruire cette dernière lorsqu'elle a été établie. Ce n'est, le plus souvent, qu'au prix de révolutions violentes qu'on peut la changer. Les révolutions n'ont même ce pouvoir que lorsque la croyance a perdu presque entièrement son empire sur les âmes. Les révolutions servent alors à balayer finalement ce qui était à peu près abandonné déjà, mais ce que le joug de la coutume empêchait d'abandonner entièrement. Les révolutions qui commencent sont en réalité des croyances qui finissent.

Le jour précis où une grande croyance est marquée pour mourir est facile à reconnaître; c'est celui où sa valeur commence à être discutée. Toute croyance générale n'étant guère qu'une fiction ne saurait subsister qu'à la condition de n'être pas soumise à l'examen.

Mais alors même qu'une croyance est fortement ébranlée, les institutions qui en dérivent conservent leur puissance et ne s'effacent que lentement. Lorsqu'elle a enfin perdu complètement son pouvoir, tout ce qu'elle soutenait s'écroule bientôt. Il n'a pas encore été donné à un peuple de pouvoir changer ses croyances sans être aussitôt condamnée à transformer tous les éléments de sa civilisation.

Il les transforme jusqu'à ce qu'il ait trouvé une nouvelle croyance générale qui soit acceptée; et jusque-là il vit forcément dans l'anarchie. Les croyances générales sont les supports nécessaires des civilisations; elles impriment une orientation aux idées. Elles seules peuvent inspirer la foi et créer le devoir.

Les peuples ont toujours senti l'utilité d'acquérir des croyances générales, et compris d'instinct que la disparition de celles-ci devait marquer pour eux l'heure de la décadence. Le culte fanatique de Rome fut pour les Romains la croyance qui les rendit maîtres du monde, et quand cette croyance fut morte, Rome fut condamnée à mourir. Ce furent seulement lorsqu'ils eurent acquis quelques croyances communes que les barbares, qui détruisirent la civilisation romaine, atteignirent à une certaine cohésion et purent sortir de l'anarchie.

Ce n'est donc pas sans cause que les peuples ont toujours défendu leurs convictions avec intolérance. Cette intolérance, si critiquable au point de vue philosophique, représente dans la vie des peuples la plus nécessaire des vertus. C'est pour fonder ou maintenir des croyances générales que le moyen âge a élevé tant de bûchers, que tant d'inventeurs et de novateurs sont morts dans le désespoir quand ils évitaient les supplices. C'est pour les défendre que le monde a été tant de fois bouleversé, que tant de millions d'hommes sont morts sur les champs de bataille, et y mourront encore.

Il y a de grandes difficultés à établir une croyance générale, mais, quand elle est définitivement établie, sa puissance est pour longtemps invincible; et quelle que soit sa fausseté philosophique, elle s'impose aux plus lumineux esprits. Les peuples de l'Europe n'ont-ils pas, depuis plus de quinze siècles, considéré comme des vérités indiscutables des légendes religieuses aussi barbares[42], quand on les examine de près, que celles de Moloch. L'effrayante absurdité de la légende d'un Dieu se vengeant sur son fils par d'horribles supplices de la désobéissance d'une de ses créatures, n'a pas été aperçue pendant bien des siècles. Les plus puissants génies, un Galilée, un Newton, un Leibniz, n'ont pas même supposé un instant que la vérité de tels dogmes pût être discutée. Rien ne démontre mieux l'hypnotisation produite par les croyances générales, mais rien ne marque mieux aussi les humiliantes limites de notre esprit.

Dès qu'un dogme nouveau est implanté dans l'âme des foules, il devient l'inspirateur de ses institutions, de ses arts et de sa conduite. L'empire qu'il exerce alors sur les âmes est absolu. Les hommes d'action ne songent qu'à le réaliser, les législateurs ne font que l'appliquer, les philosophes, les artistes, les littérateurs ne sont préoccupés que de le traduire sous des formes diverses.

De la croyance fondamentale, des idées momentanées accessoires peuvent surgir, mais elles portent toujours l'empreinte de la croyance dont elles sont issues. La civilisation égyptienne, la civilisation européenne du moyen âge, la civilisation musulmane des Arabes dérivent d'un tout petit nombre de croyances religieuses qui ont imprimé leur marque sur les moindres éléments de ces civilisations, et permettent de les reconnaître aussitôt.

Et c'est ainsi que grâce aux croyances générales, les hommes de chaque âge sont entourés d'un réseau de traditions, d'opinions et de coutumes, au joug desquelles ils ne sauraient se soustraire et qui les rendent toujours très semblables les uns aux autres. Ce qui mène surtout les hommes, ce sont les croyances et les coutumes dérivées de ces croyances. Elles règlent les moindres actes de notre existence, et l'esprit le plus indépendant ne songe pas à s'y soustraire. Il n'y a de véritable tyrannie que celle qui s'exerce inconsciemment sur les âmes, parce que c'est la seule qui ne se puisse combattre. Tibère, Gengiskhan, Napoléon ont été des tyrans redoutables, sans doute, mais, du fond de leur tombeau, Moïse, Bouddha, Jésus, Mahomet, Luther ont exercé sur les âmes un despotisme bien autrement profond. Une conspiration peut abattre un tyran, mais que peut-elle sur une croyance bien établie? Dans sa lutte violente contre le catholicisme, et malgré l'assentiment apparent des foules, malgré des procédés de destruction aussi impitoyables que ceux de l'Inquisition, c'est notre grande Révolution qui a été vaincue. Les seuls tyrans réels que l'humanité ait connus ont toujours été les ombres des morts ou les illusions qu'elle s'est créées.

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42

Barbares philosophiquement, j'entends. Pratiquement, elles ont créé une civilisation entièrement nouvelle et pendant quinze siècles laissé entrevoir à l'homme ces paradis enchantés du rêve et de l'espoir qu'il ne connaîtra plus.

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