Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
La somme en jeu représentait le plus gros achat de liquidités qu’eût connu l’histoire récente du marché de l’Or. Aucun agent de change ne possédait assez de lingots, de pierres précieuses ou de titres pour traiter ne fût-ce qu’une fraction sérieuse de l’achat. Pendant plus d’une heure, jusqu’à ce que le soleil eût sombré derrière l’enceinte rouge et que le marché fût plongé dans l’ombre, les agents marchandèrent entre eux pour parvenir enfin à déposer le montant total de l’opération sur une seule table. On procéda au transfert ; une somme effarante passa d’une colonne à l’autre sur les écrans, devant tous les agents du marché à présent rassemblés qui suivaient l’opération, abasourdis. Les lingots furent ensuite enveloppés dans du tissu en trois paquets et ficelés, les pierres roulées dans d’autres linges et placées dans des sacs, et les titres reliés dans des brochures de cuir. Enfin, les paquets furent répartis entre les quatre fils de Wetchik.
Un des agents avait déjà pris des dispositions pour qu’une demi-douzaine de gardes municipaux les accompagnent partout, mais Elemak les renvoya. « Si les gardes viennent avec nous, nous attirerons l’attention de tous les voleurs de Basilica, et nos vies ne vaudront plus grand-chose. Non, nous nous déplacerons rapidement, sans gardes et en toute discrétion. »
Les agents se tournèrent une fois de plus vers Rashgallivak, qui opina.
Les quatre frères, suivis de l’intendant, traversèrent la cité, inquiets des regards que leur lançaient les passants, et arrivèrent enfin devant les portes de la maison de Gaballufix. Nafai vit tout de suite qu’Elemak et Mebbekew étaient accueillis en familiers de la maison. Rashgallivak aussi, mais il est vrai que Rash était connu de tout le clan Palwashantu ; l’étonnant aurait été qu’on ne le reconnût pas. Seuls, Nafai et Issib durent être présentés à Gaballufix, dans son vaste salon – ou plutôt, dans le salon de sa femme.
« C’est donc toi qui voles, dit Gaballufix en s’adressant à Issib.
— Je flotte, en réalité, répondit Issib.
— C’est ce que je vois. Ainsi, vous êtes les fils de Rasa, tous les deux. » Il regarda Nafai dans les yeux. « Tu es bien grand pour quelqu’un de si jeune. »
Nafai, trop occupé à le dévisager, ne répondit pas. Gaballufix était très ordinaire, finalement ; un peu mou, même. En tout cas, plus très jeune, bien que moins âgé que Père, qui avait, il est vrai, partagé la couche de sa mère et conçu Elemak. Ce dernier n’avait qu’une vague ressemblance avec Gaballufix : la couleur sombre des cheveux et les yeux un peu trop rapprochés, sous des arcades sourcilières proéminentes.
Mais c’était aussi par les yeux qu’ils étaient le plus différents : Gaballufix les avait légèrement chassieux et bordés de rouge, ce qui contrastait avec le regard énergique d’Elya. Elemak était un homme d’action, vigoureux, un homme du désert, capable d’affronter des gens et des environnements inconnus avec courage et assurance. Gaballufix, au contraire, n’allait nulle part et ne faisait rien ; il préférait se terrer dans son repaire et laisser les autres faire son travail. Elemak fonçait dans le monde et le changeait là où c’était possible ; Gaballufix restait sur place et le vampirisait ; il le vidait de sa substance pour s’en emplir.
« … Et le plus jeune est muet, à ce que je vois, poursuivit Gaballufix.
— Oui, pour la première fois de sa vie ! » dit Meb. Il y eut des rires nerveux.
« Eh bien, pourquoi les fils et l’intendant de Wetchik m’honorent-ils de leur visite ?
— Père voulait que nous échangions des présents avec toi, dit Elemak. Là où nous vivons, nos besoins d’argent sont réduits, mais Père avait à cœur d’emporter l’Index – ou plutôt, Surâme le lui a ordonné. Tandis que toi, Gaballufix, tu n’en as pas vraiment besoin – l’as-tu seulement regardé une fois depuis que tu es chef du conseil clanique ? – et tu pourrais faire meilleur usage d’une part de la fortune de Wetchik que Père, maintenant qu’il est loin de la cité. »
C’était là un discours éloquent et sincère, et en même temps parfaitement faux, qui suscita l’admiration de Nafai. Tout le monde savait que c’était une négociation qui se jouait ici, mais on lui donnait habilement l’apparence d’un échange de cadeaux, si bien que personne ne pourrait accuser ouvertement Gaballufix d’avoir vendu l’Index, ni Père de l’avoir acheté.
« Je suis sûr que mon cousin Wetchik est trop généreux avec moi, répondit Gaballufix. Je n’imagine pas lui être de quelque secours en gérant une part négligeable de sa grande fortune. »
Alors, Elemak s’avança et déroula un lourd paquet de lingots de platine. Gaballufix en prit un et le soupesa. « Voilà un objet magnifique, dit-il. Et pourtant, je sais qu’il s’agit là d’une part si minuscule de la fortune de Wetchik que je ne me sentirais pas le droit de rendre un si petit service à mon cousin, alors qu’il devrait supporter en échange le lourd fardeau qu’est la garde de l’Index Palwashantu.
— Ce n’est qu’un échantillon, dit Elemak.
— Si l’on doit me confier cette responsabilité, ne devrais-je pas en connaître l’étendue ? »
Elemak sortit le reste du trésor qu’il portait sur lui et le déposa sur la table. « Père ne peut assurément pas te demander de te charger de plus que cela.
— C’est une charge bien légère, répondit Gaballufix. Je serais honteux que ce soit là toute l’aide que je puisse apporter à mon cousin. » Mais Nafai vit que les yeux de Gaballufix brillaient devant cet étalage de richesses. « Je suppose que ce n’est que le quart de ce que vous transportez. »
Le regard de Gaballufix passa de Nafai à Issib, puis à Mebbekew.
« Je crois que c’est suffisant, dit Elemak.
— Alors, je ne peux accepter de faire porter le fardeau de l’Index à mon cousin.
— Très bien », conclut Elemak. Il entreprit de remballer les lingots.
C’est tout ? s’étonna Nafai intérieurement. On abandonne comme ça ? Suis-je donc le seul à voir que Gaballufix salive devant l’argent ? Que si on lui en offre encore un peu, il va craquer ?
« Attendez, dit-il à haute voix. On peut ajouter ce que j’ai sur moi ! »
Nafai sentit bien le regard meurtrier que lui lança Elemak, mais il aurait été inconcevable d’arriver si près du but et de repartir les mains vides. Elemak ne comprenait-il pas que l’Index était d’une importance énorme ? Une importance qui dépassait celle de l’argent, c’était certain. « Et si ça ne suffit pas, continua-t-il, Issib en a encore sur lui. Montre-lui, Issib. Laisse-moi lui faire voir. »
Et en quelques instants, ils eurent triplé l’offre.
« J’ai bien peur, dit Elemak d’une voix glaciale, que mon jeune frère ait offert de te charger de bien plus que je n’avais l’intention de t’obliger à gérer.
— Au contraire, rétorqua Gaballufix. C’est ton jeune frère qui a le mieux estimé quel fardeau je suis prêt à assumer. En fait, je pense que si le dernier quart de ce que vous avez apporté chez moi se trouvait sur la table, je me sentirais le droit de charger mon cher cousin de la lourde responsabilité de l’Index Palwashantu.
— Non, ce serait trop, dit Elemak.
— Dans ce cas, tu me vexes, répliqua Gaballufix, et je ne vois pas l’intérêt de poursuivre cette discussion.
— Nous sommes venus chercher l’Index, dit Nafai. Nous sommes venus sur l’ordre de Surâme.
— Ton père est connu pour sa piété et ses visions, répondit Gaballufix.
— Si vous acceptez de prendre tout ce que nous avons, nous le déposerons avec joie devant vous pour accomplir la volonté de Surâme.