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Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:

L'Etoile Bleue [fr]
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– Je ne suis pas marié, mon ami. J’ai acheté pour un client. Eh oui, je suis à présent antiquaire spécialisé dans les bijoux anciens et c’est à vous que je le dois. Quand j’étais enfant, vous m’avez transmis votre passion. Mais venez, ne restons pas ici ! Nous avons beaucoup de choses à nous dire... Je vous emmène.

– Vous me ramenez chez moi ?

– Oui, mais pas pour vous y laisser ! J’ai trop peur que vous m’échappiez encore. Nous allons prendre un taxi, aller rue Meslay prendre vos affaires, régler ce que vous avez à régler et ensuite nous rentrons chez Mme de Sommières. Vous vous souvenez d’elle, j’espère ?

Un vrai sourire teinté même d’un peu d’humour s’épanouit et fit briller les yeux bruns :

– Madame la marquise ? Qui pourrait oublier une personnalité comme la sienne ?

– Vous verrez : elle n’a pas changé. Je suis chez elle pour quelques jours, ensuite nous rentrerons tous les deux à Venise. Cecina sera folle de joie de vous revoir... et elle aura vite fait de vous remettre d’aplomb...

– Moi aussi, je serai bien content de la revoir... et surtout madame la princesse. Vous ne m’avez pas donné de ses nouvelles ?

– C’est qu’elle nous a quittés. Je vous raconterai sa mort avec le reste. Mais, dites-moi ! Quand j’ai acheté ceci, tout à l’heure, le commissaire-priseur a donné mon nom : il ne vous a pas frappé ?

– Non. Pardonnez-moi, mais j’étais surtout venu voir les diamants de l’impératrice Elisabeth. Ils me fascinaient. Et je ne pensais pas qu’un miracle allait avoir lieu !

Bras dessus, bras dessous, les deux hommes gagnèrent la sortie, mais si Morosini espérait en avoir fini avec Mme Casati, il se trompait : elle et sa compagne l’attendaient dans la galerie d’accès. La marquise lui tomba dessus, l’enveloppant du remous de sa cape de velours comme le torero fait du taureau avec sa muleta :

– Il vous en a fallu du temps pour payer cette babiole ! Un peu plus j’allais vous chercher mais je vous tiens, je vous garde : ma voiture est dans la rue Drouot et je vous ramène chez moi au Vésinet...

– Vous ne me ramenez nulle part, ma chère Luisa ! Permettez d’abord que je salue lady Saint Albans.

Celle-ci lui tendit une main molle avec un regard lourd de rancune :

– Je ne pensais pas que vous me reconnaîtriez, prince ! Avez-vous changé d’avis à propos du bracelet de Mumtaz Mahal ?

– Quel entêtement ! fit-il en riant. Je vous ai répété que je ne le possédais pas. N’avez-vous donc pas essayé, comme vous en aviez l’intention, d’entrer en rapport avec lord Killrenan ?

– Il ne l’a pas et je jurerais qu’il est chez vous... Devinant que le dialogue allait s’éterniser, Aldo se tourna vers Luisa Casati, s’excusa auprès d’elle de ne pouvoir la suivre ainsi qu’elle l’y invitait si aimablement : la chance venait de remettre sur son chemin un très vieil et très cher ami auquel il entendait se consacrer.

– Nous nous reverrons quand vous rentrerez à Venise. Je ne suis ici que de passage...

– Pas moi ! Je reste jusqu’au Grand Prix et vous savez très bien que je ne suis jamais sur la lagune en été : il y fait beaucoup trop chaud...

– Alors, ce sera pour plus tard. À mon grand regret, bien sûr ! Mes plus fervents hommages, ma chère Luisa !... Lady Mary !

Baisant rapidement les mains des deux femmes, il enleva Buteau plus qu’il ne l’entraîna et s’engouffra avec lui dans la grande porte vitrée de l’Hôtel des Ventes.

– On dirait que Mme Casati a quelque chose d’éternel ! remarqua l’ancien précepteur. Elle ne vieillit pas et si j’ai bien compris, elle possède toujours au Vésinet le joli palais Rose qu’elle avait acheté à M. de Montesquiou ?

— J’ai l’impression que votre mémoire est en train de rattraper le temps perdu ! s’écria joyeusement Aldo. Elle vous sera fort utile pour reprendre votre grand ouvrage sur la société vénitienne au XVe siècle. Il vous attend...

Hélant un taxi qui passait par là, il s’y engouffra avec ses deux acquisitions de la journée dont la plus précieuse – et de loin ! – n’était pas la parure de topazes destinée à la signora Rapalli...

Ce soir-là, on fêta rue Alfred-de-Vigny la résurrection inespéré de Guy Buteau. Mme de Sommières, qui le connaissait bien et avait toujours apprécié sa culture, fit même en son honneur une entorse à ses habitudes champenoises pour trinquer à la santé du Bourguignon miraculé avec un somptueux chambolle-musigny datant des dernières années du siècle précédent. M. Buteau le dégusta les yeux fermés avec des larmes de béatitude. Ni lui ni son sauveur ne dormirent beaucoup cette nuit-là tant ils avaient à se dire. Aldo était si heureux qu’il en oubliait ses côtes endommagées et jusqu’au souvenir d’Anielka dont il se garda bien de parler. Il était inutile d’encombrer davantage l’esprit, peut-être encore un peu fragile, de son vieil ami...

Durant la journée du lendemain, Aldo prit un plaisir infini à jouer les marraines de Cendrillon en rhabillant M. Buteau de pied en cap grâce à une longue station chez Old England où l’on choisit un trousseau complet et à une visite, plus courte, chez un bon coiffeur. Quand ce fut fini, le petit vieillard de l’hôtel Drouot avait rajeuni de dix ans et avait presque retrouvé son aspect d’autrefois.

Ce ne fut pas sans combat que Morosini réussit à lui faire accepter sa métamorphose. M. Buteau ne cessait de protester, de dire que c’était trop, que c’était de la folie, mais son ancien élève avait réponse à tout.

– Quand nous serons rentrés, vous aurez plus à faire que vous ne l’imaginez et vous ne vous contenterez pas d’écrire votre grand ouvrage. J’ai bien l’intention de vous intégrer à la firme Morosini où vous pourrez me rendre de grands services. Vous serez appointé et, si vous y tenez, vous me rembourserez alors des quelques frais d’aujourd’hui. Cela vous va ?

– Je ne vois pas quelles objections je pourrais avancer. Vous me comblez de joie, mon cher Aldo ! Et voyez comme je suis exigeant, je vais vous demander encore une faveur.

– Accordée d’avance.

– Je voudrais que vous cessiez de m’appeler « Monsieur Buteau » long comme le bras. Vous n’êtes plus mon élève et puisque nous allons travailler ensemble, faites-moi l’honneur de me traiter en ami !

– Avec joie ! Bienvenue à la maison, mon cher Guy ! Elle est un peu différente de ce que vous avez connu, mais je suis certain que vous vous y plairez ! À ce propos, vous pourriez peut-être me rendre un premier service en entrant dès à présent en fonctions. Je vous l’ai dit, je crois, je reste encore ici quelques jours pour assister au mariage... d’une importante relation et cela m’arrangerait que vous rentriez à Venise demain. Je préférerais, bien sûr, vous ramener, mais je voudrais que la parure achetée hier soit là-bas aussi rapidement que possible... Elle est attendue avec impatience.

– Vous voulez que je l’emporte ? Avec plaisir, voyons !

– Je suis sûr que vous ferez bon ménage avec Mina Van Zelden, ma secrétaire, qui ne cesse de clamer qu’elle est trop occupée. Quant à Cecina et son époux, ils vont tuer le veau gras pour votre retour. Je vais téléphoner à Zaccaria et ensuite j’appellerai chez Cook pour retenir votre sleeping.

Le soudain désir de Morosini d’expédier à Venise un homme qu’il était si heureux d’avoir retrouvé ne s’expliquait pas par l’urgence de remettre à Mina les futures topazes de la signora Rapalli, mais par l’approche du mariage d’Anielka. Ignorant encore comment se passerait une journée qu’il imaginait tumultueuse, Aldo ne tenait pas à ce que M. Buteau y soit mêlé. Cet homme doux, paisible, ennemi des grandes aventures, aurait très certainement quelque peine à approuver celle-ci. Peut-être même à y comprendre quelque chose. Et, de toute façon, Aldo ne voulait à aucun prix jeter le moindre voile sur le bonheur dont rayonnait à présent un être qu’il aimait et qui avait beaucoup souffert...

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