L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
– Homme de peu de foi ! J’ai ma petite idée là-dessus dont je vous entretiendrai en temps utile. Alors n’y pensez plus, gardez le sourire et venez prendre un verre ! Quelque chose me dit que vous en avez besoin ?
– Vous commencez à me connaître presque trop bien !... Seigneur ! Il ne manquait plus qu’elle !
Cette dernière exclamation était suscitée par le couple qui pénétrait dans la salle et sur le passage duquel s’élevait un murmure flatteur. Le comte Solmanski, avec à son bras une femme éblouissante que Morosini venait de reconnaître avec consternation : Dianora en personne ! Et le pire était qu’elle venait droit à lui et qu’il était impossible de lui échapper.
Ennuagée de mousseline azurée, auréolée d’une transparente capeline assortie, une cataracte de perles glissant de son cou et encerclant ses bras minces, elle répondait avec grâce aux saluts qu’on lui offrait, mais sans perdre de vue celui qu’elle avait décidé de rejoindre. Aldo entendit Adal siffler doucement puis jurer entre ses dents :
– Sacrebleu, la jolie femme !
– Soyez heureux ! Vous allez avoir l’honneur de lui être présenté...
Un instant plus tard, c’était fait et la jeune femme enveloppait les deux hommes de son éclatant sourire :
– Très heureuse de vous connaître, monsieur, dit-elle à Pellicorne, mais plus heureuse encore, vous le comprendrez, de retrouver un ami de jeunesse...
– Alors il n’a guère d’avance sur moi, fit l’archéologue. C’est un ami de ce matin...
– Vous êtes charmant. En vérité, Aldo, quand le comte Solmanski m’a appris que vous étiez ici, je n’en croyais mes oreilles. J’étais à cent lieues de vous imaginer en France...
– Je pourrais vous en dire autant : je vous croyais à Vienne ?
– J’y étais mais aucune femme ne peut se passer de Paris au printemps : ne fût-ce que pour les couturiers... Cependant, eussé-je été au bout du monde que j’en serais revenue pour assister à l’union de deux amis...
Le son grave et musical d’une cloche interrompit cette conversation. Le comte Solmanski se cassa en deux devant Dianora :
– Veuillez m’excusez, ma chère, mais l’heure est venue pour moi de conduire la mariée à l’autel...
Comme une mer qui se retire, le flot des invités reflua vers les portes-fenêtres pour gagner la terrasse et son étonnante chapelle de fleurs convergeant vers un chœur tapissé d’orchidées au milieu desquelles brasillaient une centaine de cierges. Le coup d’œil était féerique.
Avec autorité, Mme Kledermann s’empara du bras de Morosini :
– Vous allez être, mon cher, le compagnon idéal pour supporter l’ennui d’une cérémonie nuptiale. À mon avis, c’est encore plus assommant qu’un enterrement où, au moins, on peut se distraire en évaluant le degré d’hypocrisie des larmes de la famille.
D’un geste ferme, Aldo détacha la main gantée posée sur sa manche :
– Je m’en voudrais d’usurper la place de votre mari. Ou bien dois-je comprendre que vous êtes seule cette fois encore ?
– Tant que nous pourrons nous rejoindre, je ne serai jamais seule, murmura-t-elle de cette voix chaude et intime qui le bouleversait jadis mais qui, à présent, demeurait sans effet.
– Ce n’est pas une réponse. Si je ne savais ce qu’il représente dans le monde financier européen, je me demanderais s’il existe vraiment. C’est l’Artésienne, cet homme-là !
– Ne dites pas de bêtises ! fit Dianora d’un ton mécontent. Naturellement il existe ! Moritz est, croyez-moi, bien vivant et fort attaché à une existence dont il sait tirer le meilleur parti. Seulement, le meilleur parti pour lui ne réside pas dans ce genre de manifestations. Il me les laisse bien volontiers.
– Et vous, vous les aimez ?
– Pas toujours mais quelquefois. Ainsi aujourd’hui : le roman de Ferrais me fascine. Cette machine à faire de l’argent saisie par la passion a quelque chose de magique... Alors ? Nous y allons ou bien préférez-vous rester planté dans ce salon jusqu’au jugement dernier ?
Il fallut bien, cette fois, qu’Aldo offrît son bras sous peine de se conduire comme un rustre. Sa compagne et lui rejoignirent les invités qui étaient en train de se répartir de chaque côté d’un long tapis vert sur lequel, dans un instant, deux jeunes filles allaient jeter des pétales de roses. Un invisible orchestre fit entendre une marche solennelle : le cortège de la mariée approchait. Composé de fillettes en robes d’organdi qui tendaient entre elles de longs rubans de satin blanc, symboles de pureté, noués à des bouquets ronds, il était charmant, mais Aldo, soudain bouleversé, ne vit plus qu’Anielka.
Ravissante et pâle, fluide comme un jet d’eau dans sa longue tunique blanche scintillante de perles de cristal, une adorable petite couronne de diamants posée sur sa tête blonde, elle s’avançait au bras de son père, les yeux baissés fixés sur la pointe de ses escarpins de satin blanc. Son air triste et absent serra le cœur d’Aldo. Il eut beaucoup de mal à lutter contre l’envie de se jeter au milieu des enfants pour emporter celle qu’il aimait loin de ces indifférents venus se repaître du spectacle d’une vierge de dix-neuf ans livrée contre argent sonnant à un contemporain de son père.
Ce fut pis encore quand elle passa devant lui, qu’il vit se relever les douces paupières. Les yeux d’or « grands comme des meules de moulin » s’arrêtèrent un instant sur les siens, lourds d’une véritable angoisse, avant de glisser, avec un éclair de colère, sur sa trop belle voisine. Puis se refermèrent. La longue traîne brillante sur laquelle moussait l’épaisse vapeur du voile de tulle s’étira interminablement jusqu’au prie-Dieu de velours vert près duquel attendait l’époux...
Comme l’avait voulu Ferrais, le soleil couchant incendiait le fleuve royal tandis que commençait à se dérouler la solennelle liturgie du mariage dont chaque mot ajoutait au malaise de Morosini. « Nous aurions dû emmener Anielka hier soir, pensa-t-il avec rage. Le mariage civil n’était pas gênant mais la bénédiction qui va venir... »
Pourtant, il savait bien que ce qui se passerait tout à l’heure au cœur de la douce nuit de mai le rendrait fou. Il se sentait l’âme d’Othello en imaginant, avec un réalisme bien masculin, Ferrais dévêtant Anielka puis la possédant... L’image fut même si nette dans son esprit qu’il voulut la repousser :
– Non ! gronda-t-il entre ses dents. Non ! Pas ça !...
Le coude de Mme Kledermann s’enfonça soudain dans ses côtes tandis qu’elle considérait avec une stupeur inquiète le visage crispé de son compagnon.
– Eh bien ? chuchota-t-elle. Que vous arrive-t-il ? Est-ce que vous êtes souffrant ?
Il tressaillit, passa une main mal assurée sur un front soudain humide mais se contraignit au sourire :
– Excusez-moi ! Je pensais à autre chose...
– ... J’ai cru que vous alliez vous élancer pour protester contre ce mariage. Vous aviez l’air d’un chien auquel on vient de retirer son os.
– Quelle stupidité ! fit-il sans s’encombrer de courtoisie superflue. J’étais à cent lieues d’ici...
– Allons tant mieux ! En ce cas, il est inutile de vous fâcher. Nous arrivons au cœur du problème.
En effet, l’instant des consentements arrivait. Là-bas, au fond de la conque de pétales et de flammes, le prêtre s’avançait vers les mariés que ses mains étendues rapprochaient. Le silence s’établit : chacun prêtait l’oreille pour saisir les nuances du serment mutuel. Celui de sir Eric, fermement articulé, résonna comme une cloche de bronze. Quant à Anielka, on l’entendit balbutier quelques mots dans une langue incompréhensible – du polonais sans doute ! – puis elle s’évanouit avec grâce tandis que l’officiant prononçait de confiance les paroles sacramentelles.