Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Серия: Qeng Ho (fr) #2
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-09029-2
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
Qiwi s’immobilisa juste au-dessus de la dernière voûte de feuillage avant le sol. Dans une seconde, l’intrus serait en vue, mais elle l’entendait déjà. C’était Ritser Brughel. Le Vice-Subrécargue arpentait la mousse en cognant avec force jurons sur quelque chose dans les buissons. Ce mec avait un vocab vraiment dégueulasse. Étudiante assidue de ce type de langage, Qiwi avait déjà eu l’occasion de l’écouter parler. Brughel était peut-être le big boss numéro deux de l’expédition, mais il était aussi la preuve par un que, chez les Émergents, il pouvait y avoir de la connerie même au sommet. Tomas s’était apparemment rendu compte que l’individu était mauvais acteur : il avait mis les appartements du Vice-Subrécargue loin de l’agglomérat, sur la Main invisible, cette vieille épave. Et le service de Veille de Brughel était le même que celui de la plupart des membres de l’équipage. Tandis que le pauvre Tomas vieillissait au fil des ans pour assurer la sécurité de la mission, Brughel ne sortait de cryo que dix Msec sur quarante. Qiwi ne le connaissait pas très bien, mais ce qu’elle savait sur son compte lui faisait horreur. Si on pouvait faire confiance à ce connard et le laisser payer de sa personne, Tomas ne serait pas en train de crever à petit feu pour nous tous. Elle l’écouta en silence un moment de plus. Du joli. Seulement il y avait une tonalité qu’en général elle ne percevait pas dans le langage ordurier, comme si ce type parlait littéralement.
Qiwi écarta les branches bruyamment et se stabilisa à cinquante centimètres du sol pour pouvoir regarder l’Émergent dans les yeux, ou presque.
— Le parc est fermé pour entretien, Subrécargue.
Brughel se permit un infime tressaillement de surprise. Il resta muet une seconde. Son épiderme rose pâle prit une nuance sombre du plus haut comique.
— Insolente petite… qu’est-ce que tu fais ici ?
— Je fais l’entretien.
Bon, c’était au moins une approximation de la vérité. Maintenant, la contre-attaque.
— Et vous, qu’est-ce que vous faites ici ?
Le faciès de Brughel s’assombrit encore plus. Il se rehaussa, la tête dix centimètres au-dessus de celle de Qiwi. Lui non plus ne touchait plus le sol, à présent.
— La racaille n’a pas à me poser de questions.
Il portait sa ridicule matraque en acier. Une simple tige en métal uni où, çà et là, des taches noires marquaient des entailles. Se cramponnant d’une main, il brandit la baguette qui décrivit un arc étincelant avant de fendre l’arbrisseau à côté de la tête de Qiwi.
Qiwi commençait à se mettre en colère elle aussi. Elle saisit une des basses branches et se hissa une fois de plus à la hauteur de Brughel.
— Ça, c’est du vandalisme, pas une explication.
Elle savait que Tomas faisait surveiller le parc… et que le vandalisme était un crime pour les Émergents tout autant que pour les Qeng Ho.
Dans sa colère, le Subrécargue avait du mal à parler.
— Les… les vandales… c’est vous. Ce parc était très beau, incroyablement réussi pour une racaille de votre espèce. Mais maintenant, vous êtes en train de le saboter. Je suis passé ici hier. Vous l’avez contaminé avec toute cette vermine.
Il trancha l’air d’un nouveau coup de sa baguette métallique, délogeant un tamis de recyclage de détritus dissimulé dans les branches. Les créatures du tamis se dispersèrent dans toutes les directions, traînant leurs fils de soie derrière elles. Brughel enfonça sa matraque dans le tamis, libérant des cadavres de coléoptères, des feuilles mortes et divers détritus qui s’élevèrent en un nuage autour d’eux.
— Tu vois ? Vous empoisonnez quoi, encore ?
Il se pencha et la regarda d’en haut.
Qiwi resta un instant interdite. Elle ne comprenait pas. Comment pouvait-il parler sérieusement ? Comment pouvait-on être si ignorant ? Elle se rehaussa suffisamment pour regarder Brughel de haut et lui assena à bout portant :
— C’est un parc en impesanteur, nom de Dieu ! Comment vous croyez qu’on empêche les saloperies de flotter partout ? Les bestioles à détritus sont là depuis toujours… sauf que maintenant elles ont peut-être un peu trop de boulot.
Elle ne l’avait pas vraiment fait exprès, mais elle toisa alors le Subrécargue de la tête aux pieds comme si elle songeait il un détritus particulièrement encombrant.
Ils étaient à présent au-dessus des frondaisons inférieures. Du coin de l’œil, Qiwi apercevait son père. Le ciel était d’un bleu illimité que brisait parfois la pointe d’une branche. Elle sentait la chaleur du faux soleil sur sa nuque. S’ils continuaient de jouer à la grimpette, ils allaient se cogner la tête contre le plastique du dôme. Qiwi se mit à rire.
Brughel ne disait plus rien, il se contentait de la fixer en faisant claquer sa baguette en acier sur la paume de sa main. Des bruits couraient à propos des taches noires sur le métal ; on voyait bien dans quel sens Ritser Brughel voulait orienter ces rumeurs. Seulement, ce type n’avait pas un comportement de combattant. Et quand il brandissait sa matraque, c’était comme s’il n’avait jamais envisagé que certaines cibles puissent riposter. En cet instant, il n’était retenu que par un orteil botté coincé entre deux branches. Qiwi rassembla discrètement ses forces et lui lança son sourire le plus insolent.
Brughel mit une seconde à réagir. Il regarda à gauche et à droite de Qiwi puis, sans mot dire, il s’élança, perdit pied un instant, trouva une branche et plongea en direction du panneau de service.
Qiwi flottait en silence. Les impressions les plus étranges envahissaient tout son corps, descendaient dans ses bras. Elle n’arrivait pas encore à les identifier. Mais le parc… quel endroit merveilleux maintenant que Ritser était parti ! Elle entendait les menus bourdonnements habituels et les papillons, alors qu’un instant auparavant toute son attention s’était concentrée sur la colère du Subrécargue. À présent, elle reconnaissait le picotement dans ses bras et le battement accéléré de son cœur : la rage et la peur.
Qiwi Lin Lisolet avait agacé et irrité bien des gens. Ç’avait presque été son violon d’Ingres pendant les Préparatifs. Sa mère disait que c’était une colère inconsciente à la pensée d’être seule au milieu des étoiles. Peut-être. Mais elle y avait pris un certain plaisir, en plus. Cette fois, c’était différent.
Elle retourna vers le perchoir de son père au milieu des arbres. Oui, elle avait irrité des tas de gens au fil des années. À une époque plus innocente, Ezr Vinh frôlait l’apoplexie avec elle. Pauvre Ezr, je regrette… Mais aujourd’hui, elle avait vu la différence dans le regard de Ritser Brughel. L’homme avait voulu la tuer pour de bon, avait bien failli essayer. Et la seule chose qui l’en avait empêché, c’était probablement la crainte que Tomas apprenne la vérité. Mais si jamais Brughel pouvait la coincer toute seule loin des caméras de surveillance…
Les mains de Qiwi tremblaient encore lorsqu’elle rejoignit Ali Lin. Elle aurait tant voulu qu’il la prenne dans ses bras, qu’il la calme. Ali Lin ne la regardait même pas. Son père était Focalisé depuis plusieurs années, mais Qiwi se rappelait très bien comment il était avant. Avant… papa se serait catapulté hors du feuillage dès qu’il aurait entendu le moindre bruit de dispute en bas. Il se serait interposé entre Qiwi et Brughel, que l’autre ait été armé ou non. Maintenant… Qiwi ne se rappelait plus grand-chose des derniers instants, à part la scène avec Ritser Brughel. Elle avait toutefois des visions fragmentaires : Ali était resté assis sans broncher au milieu de ses affichages et de ses analyses. Il avait entendu leur altercation, avait même jeté un coup d’œil de leur côté lorsque le ton avait monté. Il avait eu un regard impatient qui signifiait : « ne me dérange pas ».