Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Quand Barbebois eut pris quelques flèches, il commença à s’échauffer, à devenir carrément “hâtif”, qu’il dirait. Il lâcha un grand houm-hom, et une douzaine d’autres Ents arrivèrent à grandes enjambées. Un Ent en colère est terrifiant à voir. Leurs doigts et leurs orteils se figent sur la pierre ; et ils la réduisent en miettes comme une croûte de pain. C’était comme de voir le travail que font de grandes racines d’arbres en un siècle, condensé en l’espace de quelques instants.
« Leurs bras et jambes poussaient et tiraient, martelaient, secouaient et arrachaient ; et clang-bang, crash-crac, en cinq minutes, ils avaient fini de réduire ces portes à l’état de décombres ; et certains commençaient déjà à ronger les murs, comme des lapins dans une sablière. Je ne sais pas ce que Saruman a cru qu’il se passait chez lui ; en tout cas, il n’a pas su comment l’affronter. Bien sûr, sa magie est peut-être en déclin depuis un certain temps ; mais quant à moi, je ne lui trouve pas beaucoup de cran, pas beaucoup de courage à vrai dire, maintenant qu’il se retrouve tout seul dans ce pétrin, sans une tonne d’esclaves et de machines et tout, si vous voyez ce que je veux dire. Tout le contraire du vieux Gandalf. Je me demande si sa renommée n’était pas due tout ce temps-là au choix ingénieux de s’installer à Isengard, plus qu’à toute autre chose. »
« Non, dit Aragorn. Il fut autrefois aussi grand que sa renommée le proclamait. Son savoir était profond, sa pensée subtile et ses mains merveilleusement habiles ; et il avait un pouvoir sur l’esprit des autres. Il savait persuader les sages et se faire craindre des gens plus modestes. C’est un pouvoir qu’il conserve aujourd’hui, assurément. Il est peu de gens en Terre du Milieu capables selon moi d’y résister, s’ils devaient lui parler seul à seul, même après la défaite qu’il vient de subir. Gandalf, Elrond et Galadriel, peut-être, dès lors que sa méchanceté a été mise à nu, mais bien peu d’autres. »
« Les Ents ne courent aucun risque, dit Pippin. Il semble avoir su les amadouer à un certain moment, mais jamais plus il n’y parviendra. Et de toute manière, il ne les a jamais compris ; et il a fait l’erreur monumentale de les exclure de ses calculs. Il n’avait rien prévu pour eux, et du moment où ils se sont mis à l’œuvre, il était déjà trop tard. Dès le début de notre assaut, les quelques rats qui demeuraient à Isengard ont commencé à détaler par tous les trous que les Ents faisaient. Les Ents ont laissé partir les Hommes après les avoir interrogés, deux ou trois douzaines seulement dans cette partie-ci de l’enceinte. Je ne crois pas qu’il se soit échappé bien des Orques de quelque taille ou espèce. Pas avec les Huorns : il y en avait maintenant un bois complet, tout autour d’Isengard ; sans oublier ceux qui étaient descendus dans la vallée.
« Les Ents venaient de démolir une bonne partie des murs au sud, et le peu qu’il lui restait de tout son monde l’avait déserté ; alors Saruman, affolé, décida de se sauver. Il semble qu’il se trouvait aux portes quand nous sommes arrivés : je suppose qu’il était venu voir sa splendide armée se mettre en branle. Quand les Ents forcèrent le passage, il s’enfuit en toute hâte. Il ne fut pas remarqué au début. Mais le ciel nocturne s’était découvert, et les étoiles étaient bien assez claires pour que des Ents soient capables d’y voir, alors Primebranche s’écria soudain : “Le tueur d’arbres, le tueur d’arbres !” Primebranche est d’une nature douce, mais sa haine envers Saruman n’en est que plus farouche : les siens ont cruellement souffert sous les haches des Orques. Il s’élança dans le chemin à la sortie du tunnel – il peut être rapide comme le vent, quand il se secoue. Une pâle silhouette se glissait d’une ombre à l’autre au pied des colonnes, et elle avait presque atteint l’escalier qui mène à l’entrée de la tour. Mais il était moins une. Primebranche la poursuivit avec tant d’ardeur qu’elle n’était plus qu’à deux doigts d’être saisie et étranglée – quand elle se glissa à travers la porte.
« De retour dans la sécurité d’Orthanc, Saruman ne tarda pas à actionner les rouages de sa précieuse machinerie. Les Ents étaient maintenant nombreux dans l’enceinte d’Isengard : certains avaient suivi Primebranche, d’autres avaient fait irruption par le nord et par l’est ; ils se promenaient de-ci de-là tout en causant beaucoup de dégâts. Soudain montèrent des flammes et des vapeurs nauséabondes : tous les puits et les conduits se mirent à souffler et à cracher dans la plaine. Plusieurs Ents furent roussis et leur peau cloquée. L’un d’entre eux, Osfayard qu’il s’appelait je crois, un très grand Ent de belle allure, se fit surprendre par un jet de flamme liquide et brûla comme une torche : un spectacle horrible.
« Ils en devinrent fous. Jusque-là, je les avais crus déjà très échauffés ; mais j’avais tort. J’ai vu enfin ce que ça voulait dire. C’était ahurissant. Ils rugissaient et grondaient et trompetaient au point que les pierres commencèrent à se fissurer et à tomber au seul bruit qu’ils faisaient. Merry et moi, nous nous jetâmes au sol, un bout de cape fourré dans chaque oreille. Tout autour du rocher d’Orthanc, les Ents allaient tournoyant comme un vent déchaîné, brisant les colonnes, jetant une avalanche de roches dans les puits, lançant d’immenses dalles de pierre en l’air comme si c’étaient des feuilles mortes. La tour était prise au milieu d’un cyclone. Je voyais des poteaux de fer et des blocs de maçonnerie fuser à des centaines de pieds de haut pour aller heurter les fenêtres d’Orthanc. Mais Barbebois gardait la tête froide. Il n’avait pas reçu de brûlures, heureusement. Il voulait éviter que les siens se blessent dans leur fureur, et il ne voulait pas que Saruman profite de la confusion pour s’échapper par un trou quelconque. Beaucoup d’Ents se jetaient contre le rocher d’Orthanc, mais il ne céda pas d’un pouce. Il est très lisse et dur. Il cache peut-être une sorte de magie, plus vieille et plus forte que celle de Saruman. Quoi qu’il en soit, les Ents n’y trouvèrent pas la moindre prise, n’y firent pas la moindre fente ; et ils ne cessaient de se meurtrir et de se blesser contre lui.
« Alors Barbebois s’avança au milieu de l’anneau et lança un grand cri. Sa voix immense domina tout le vacarme. Un silence de mort s’abattit soudain. Et au milieu de ce silence, nous entendîmes un rire strident sortant d’une fenêtre haute de la tour. Ce rire eut un curieux effet sur les Ents. L’instant d’avant, ils étaient bouillants de rage ; ils devinrent tout à coup très froids, durs comme la glace, et silencieux. Ils quittèrent la plaine et se rassemblèrent autour de Barbebois, droits comme des piquets. Barbebois leur parla un moment dans leur propre langue ; je crois qu’il leur exposait un plan mûri longtemps auparavant dans sa vieille tête. Puis ils ont tout bonnement disparu, sans un son, dans la lumière grise. Car à ce moment, le jour se levait enfin.
« Ils décidèrent de monter la garde aux abords de la tour, je crois ; mais les guetteurs étaient si bien cachés dans l’ombre, si immobiles, que je n’arrivais pas à les voir. Les autres partirent vers le nord. Ils s’affairèrent toute cette journée-là, sans jamais se montrer. La plupart du temps, nous étions livrés à nous-mêmes. Une journée très ennuyeuse. Nous nous promenions un peu, ici et là, tout en restant hors de vue des fenêtres d’Orthanc : elles nous regardaient de façon si menaçante. Nous passions le plus clair de notre temps à chercher de quoi manger. Mais aussi, parfois, nous nous asseyions pour discuter, et nous nous demandions ce qui se passait au sud dans le pays de Rohan, et ce que devenait le reste de notre Compagnie. De temps à autre, nous entendions au loin des bruits de pierre qui se brise et qui s’éboule, et des coups sourds qui résonnaient dans les collines.