Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Oui, peu importe à qui va la victoire, son horizon est sombre, dit Merry. Tout a commencé à mal tourner pour lui du moment où ses Orques ont mis le pied au Rohan. »
« Le vieux scélérat est venu nous rendre visite ; c’est du moins ce que Gandalf a laissé entendre, dit Gimli. À l’orée de la Forêt. »
« Quand était-ce ? » demanda Pippin.
« Il y a cinq nuits », dit Aragorn.
« Voyons voir, dit Merry : il y a cinq nuits – nous en venons à une partie de l’histoire dont vous ne connaissez rien. Nous avons rencontré Barbebois le matin après la bataille ; et nous avons passé cette nuit-là à Fontenay, l’une de ses maisons d’Ent. Le lendemain, nous sommes allés au Cercle des Ents, une sorte de grande réunion d’Ents, si vous voulez – la chose la plus étrange que j’aie vue de ma vie. Cela s’est poursuivi toute cette journée-là ainsi que le lendemain ; et nous avons passé les deux nuits chez un Ent du nom de Primebranche. Puis, le troisième jour de leur cercle, en fin d’après-midi, les Ents ont soudainement éclaté. C’était incroyable. La Forêt semblait d’ailleurs très tendue, comme si un orage couvait en son sein ; puis, tout d’un coup, ça a explosé. Il fallait être là pour les entendre chanter en marchant. »
« Si Saruman les avait entendus, il serait à cent milles d’ici à l’heure qu’il est, même s’il était parti à pied, dit Pippin.
Bien qu’Isengard soit dur et fort, imperméable à toute approche,
Allons, partons ! partons en guerre ! brisons la porte, fendons la pierre !
« Il y en avait beaucoup plus long. Une grande partie de leur chant était sans paroles : on aurait dit une musique de cors et de tambours. C’était très excitant. Mais je croyais que c’était seulement un air de marche, sans plus, une simple chanson – jusqu’à notre arrivée ici. Maintenant, je sais à quoi m’en tenir. »
« Nous avons franchi la dernière crête à la nuit tombée, puis nous sommes descendus dans Nan Curunír, poursuivit Merry. C’est à ce moment-là que j’ai senti, pour la première fois, que la Forêt elle-même avançait derrière nous. J’ai cru que je faisais un rêve entesque ; mais Pippin a eu la même impression. Nous étions tous deux effrayés, mais ce n’est que plus tard que nous avons su ce qui se passait.
« C’étaient les Huorns – du moins, c’est le nom que leur donnent les Ents en “langue brève”. Barbebois n’a pas voulu nous dire grand-chose à leur sujet, mais je crois que ce sont des Ents devenus presque comme des arbres, du moins en apparence. Ils se tiennent ici et là dans les bois ou à l’orée, silencieux, veillant sans cesse sur les arbres ; mais au creux des vallées les plus sombres, il y en a des centaines et des centaines, je crois.
« Ils ont en eux un grand pouvoir, et on dirait qu’ils peuvent s’envelopper d’ombre : il est difficile de les voir bouger. Mais ils bougent. Ils peuvent se mouvoir très rapidement, s’ils sont en colère. Vous êtes là à regarder le temps qu’il fait, mettons, ou à écouter le bruissement du vent, puis soudain, vous êtes au milieu d’un bois, entouré de grands arbres aux doigts tâtonnants. Ils ont encore une voix, et ils peuvent parler aux Ents – c’est pourquoi on les appelle Huorns, dit Barbebois –, mais ils sont devenus étranges et farouches. Dangereux. Je serais terrifié de les rencontrer sans de vrais Ents aux alentours pour les surveiller.
« Bref, en début de nuit, nous nous sommes faufilés par un long ravin jusque dans la partie supérieure du Val du Magicien, avec les Ents et tous leurs Huorns bruissant derrière eux. Nous ne pouvions pas les voir, évidemment, mais tout l’air était rempli de grincements. Il faisait très sombre, la nuit était nuageuse. Aussitôt qu’ils ont quitté les collines, ils se sont mis à filer à vive allure, avec un bruit de vent violent. La Lune n’a jamais percé les nuages ; et peu après minuit, une haute forêt recouvrait toute la partie nord d’Isengard. On ne voyait aucun signe d’ennemis, pas le moindre qui-vive ne retentissait. Une lueur filtrait par une fenêtre haute de la tour, et c’était tout.
« Barbebois a continué d’avancer tout doucement avec quelques autres Ents, jusqu’à ce que les grandes portes soient en vue. Pippin et moi les accompagnions. Nous étions assis sur les épaules de Barbebois, et je pouvais sentir le frémissement de tension en lui. Mais même quand ils se réveillent, les Ents sont des modèles de prudence et de patience. Ils se tenaient droits comme des statues, retenant leur souffle et tendant l’oreille.
« Puis, tout à coup, il y eut un formidable branle-bas. Des trompettes sonnèrent, et les murs d’Isengard retentirent d’échos. Nous croyions qu’on nous avait découverts, que la bataille allait commencer. Mais il n’en était rien. Tous les combattants de Saruman partaient en guerre. Je ne sais pas grand-chose de ce conflit, ou des Cavaliers du Rohan, mais il semble que Saruman ait voulu en finir avec le roi et tous ses hommes en leur portant un coup fatal. Sous son ordre, Isengard fut vidé. J’ai vu partir l’ennemi : des files interminables d’Orques en marche, et des escadrons montés sur de grands loups. Et il y avait des troupes d’Hommes, aussi. Bon nombre d’entre eux portaient des torches, et dans le flamboiement, je pouvais voir leurs visages. La plupart étaient des hommes ordinaires, plutôt grands et bruns, l’air sévère mais pas spécialement mauvais. Mais il y en avait d’autres qui étaient horribles : ils avaient une taille d’homme mais un visage de gobelin, le teint cireux, les yeux louches et la mine hagarde. Et vous savez quoi, ils m’ont aussitôt fait penser à cet Homme du Sud qui était à Brie ; sauf que lui n’était pas aussi visiblement orquien que la plupart de ceux-là. »
« J’ai pensé à lui aussi, dit Aragorn. Nous avons eu affaire à beaucoup de ces semi-orques à la Gorge de Helm. Cet Homme du Sud était un espion de Saruman, cela paraît évident, maintenant ; mais je ne saurais dire s’il travaillait avec les Cavaliers Noirs ou au seul profit de Saruman. On ne peut jamais savoir, avec ces gens malfaisants, s’ils sont complices ou bien s’ils cherchent à se nuire. »
« Eh bien, tous genres confondus, ils devaient être dix mille au bas mot, dit Merry. Ils ont mis une heure à passer les portes. Certains ont pris la grand-route menant aux Gués, mais d’autres sont partis vers l’est. Un pont a été construit de ce côté, à un environ un mille, où la rivière coule dans un lit très encaissé. Vous pourriez le voir d’ici, si vous vous leviez. Ils chantaient tous d’une voix éraillée, et ils riaient, faisant un horrible boucan. Je me dis que les choses étaient décidément très noires pour le Rohan. Mais Barbebois ne bougeait pas. Il dit simplement : “C’est avec Isengard que j’ai à faire cette nuit, avec le roc et la pierre.”
« Cependant, bien que je n’aie pu voir ce qui se passait dans le noir, je crois que les Huorns se dirigèrent vers le sud, aussitôt que les portes furent refermées. Ils avaient à faire avec les Orques, je pense. Ils étaient loin au creux de la vallée le matin venu ; ou du moins, il y avait là une ombre qu’il était impossible de percer avec les yeux.
« Dès que Saruman eut envoyé toute son armée, ce fut notre tour. Barbebois nous déposa et s’avança aux portes, puis il se mit à cogner avec force, appelant Saruman. Il n’y eut aucune réponse, à part des flèches et des pierres lancées du haut des murs. Mais les flèches ne peuvent rien contre des Ents. Elles leur font mal, bien sûr, et les rendent furieux – comme des insectes piqueurs. Mais un Ent peut recevoir autant de flèches d’orques qu’une pelote d’épingles, sans subir aucune blessure sérieuse. D’abord, les Ents ne peuvent être empoisonnés ; et leur cuir semble très épais, plus dur que l’écorce. Il faut un très solide coup de hache pour les blesser sérieusement. Ils n’aiment pas les haches, ni les gens qui les manient. Mais il en faudrait beaucoup pour abattre un seul Ent : quiconque porte la hache à un Ent n’a jamais le temps de frapper une deuxième fois. Un coup de poing d’Ent écrase le fer comme on froisse le plus frêle étain.