Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« On raconte bien des histoires étranges au sujet de ce pays, dit Aragorn. Je n’y suis jamais entré. Allons, dites-m’en davantage, et parlez-moi des Ents ! »
« Des Ents ? dit Pippin. Les Ents sont… eh bien, tous les Ents sont différents, pour commencer. Mais leurs yeux, par exemple, leurs yeux sont très curieux. » Il hasarda quelques mots tâtonnants mais fut bientôt réduit au silence. « Oh ! et puis, reprit-il, vous en avez déjà vu quelques-uns de loin – du moins, eux vous ont vus, et ils ont signalé votre arrivée – et vous en verrez bien d’autres, j’imagine, avant de repartir d’ici. Il faut vous faire votre propre idée. »
« Allons, allons ! dit Gimli. Nous commençons l’histoire en plein milieu. Je préférerais un récit ordonné, depuis cette journée étrange où notre fraternité a éclaté. »
« Vous l’aurez, s’il y a le temps, dit Merry. Mais d’abord – en supposant que vous ayez fini de manger –, vous allez bourrer vos pipes et les allumer. Alors, l’espace de quelques minutes, on pourra faire comme si on était de nouveau en sécurité à Brie, ou à Fendeval. »
Il leur présenta un petit sac de cuir rempli de tabac. « Nous en avons des tas, dit-il ; et vous pourrez tous en prendre autant que vous en voudrez, quand nous partirons. Nous avons procédé à une opération de sauvetage, ce matin, Pippin et moi. On voit bien des objets flotter un peu partout. Pippin est tombé sur deux petits barils, que les flots ont dû faire remonter du fond d’une cave ou d’un entrepôt. En les ouvrant, on s’est rendu compte qu’ils étaient remplis de cette chose : une herbe à pipe aussi exquise qu’on pourrait le souhaiter – très bien conservée, qui plus est. »
Gimli prit un peu d’herbe, la frotta dans ses mains et la huma. « Elle semble bonne, au toucher et à l’odeur », dit-il.
« Elle est bonne, oui ! dit Merry. Mon cher Gimli, c’est de la Feuille de Fondreaulong ! Les barils portaient la marque de fabrique des Sonnecornet, claire comme le jour. Je n’arrive pas à voir comment ils ont pu arriver ici. Sans doute étaient-ils destinés à l’usage de Saruman. Je ne savais pas que notre herbe était expédiée aussi loin. Mais elle tombe bien, en tout cas ! »
« Elle tomberait bien si j’avais une pipe où la mettre, dit Gimli. Hélas, j’ai perdu la mienne en Moria, ou avant. N’y a-t-il aucune pipe dans tout votre butin ? »
« Je crains bien que non, dit Merry. Nous n’en avons trouvé aucune, pas même ici au corps de garde. Saruman gardait ce luxe pour lui-même, semble-t-il. Et je crois qu’il serait inutile de cogner aux portes d’Orthanc pour lui quémander une pipe ! Nous devrons partager les nôtres, comme il se doit entre bons amis. »
« Une petite minute ! dit Pippin. Plongeant une main sous sa veste, il en tira un petit portefeuille accroché au bout d’une ficelle. « Je garde contre ma peau un ou deux trésors qui me sont aussi précieux que des Anneaux. En voici un : ma vieille pipe en bois. Et puis un autre : une pipe neuve. Je l’ai gardée sur moi tout le long de la route, je ne vois pas trop pourquoi. Je ne pensais pas trouver d’herbe à pipe durant le voyage, une fois mes réserves épuisées. Mais voilà qu’elle nous sert en fin de compte. » Il tenait une petite pipe au fourneau large et aplati, qu’il tendit à Gimli. « Sommes-nous quittes, maintenant ? » demanda-t-il.
« Quittes ? s’écria Gimli. Mon très estimé hobbit, c’est moi qui vous suis redevable, maintenant, et de beaucoup. »
« Eh bien, quant à moi, je retourne à l’air libre voir ce que font le vent et le ciel ! » dit Legolas.
« Nous venons avec vous », dit Aragorn.
Ils sortirent s’asseoir sur l’amas de pierres devant les portes. Ils pouvaient voir loin dans la vallée, à présent : les brumes se levaient et s’éloignaient, flottant dans la brise.
« Maintenant, prenons un peu nos aises ! dit Aragorn. Nous resterons ici à discuter assis au bord des ruines, comme le dit Gandalf, pendant qu’il s’affaire ailleurs. Je suis las comme je l’ai rarement été auparavant. » Il s’enveloppa de sa cape grise, dissimulant sa cotte de mailles, et étendit ses longues jambes. Puis il appuya son dos contre la pierre et lança de sa bouche un mince ruban de fumée.
« Regardez ! dit Pippin. C’est l’Arpenteur ! Le Coureur du Nord est de retour ! »
« Il n’est jamais parti, dit Aragorn. Je suis en même temps l’Arpenteur et le Dúnadan, et je suis autant du Nord que du Gondor. »
Ils fumèrent un moment en silence, réchauffés par le soleil brillant dans la vallée : ses rayons obliques tombaient d’entre des nuages blancs flottant dans l’Ouest. Legolas était étendu immobile ; ses yeux fixaient le ciel et le soleil, et il chantait doucement pour lui-même. Enfin, il se redressa. « Allons, allons ! dit-il. Le temps passe et les brumes s’envolent, ou elles le feraient si vous autres curieuses gens n’aviez pas cette manie de vous enfumer. Qu’en est-il de votre récit ? »
« Eh bien, le mien commence alors que je me réveille dans le noir, ficelé comme une pièce de viande au beau milieu d’un campement orque, dit Pippin. Voyons, quel jour sommes-nous aujourd’hui ? »
« Le cinquième de mars, d’après le Comput du Comté », dit Aragorn. Pippin compta sur ses doigts. « Seulement neuf jours ! dit-il1. On dirait qu’il s’est passé un an depuis notre capture. Enfin… même si c’était comme un mauvais rêve la plupart du temps, j’estime que trois jours extrêmement pénibles s’en sont suivis. Merry me corrigera si j’oublie quoi que ce soit d’important ; je n’entre pas dans les détails : les fouets, la crasse, la puanteur et tout ; mieux vaut ne pas s’en souvenir. » Là-dessus, il se lança dans une description du dernier combat de Boromir et de la marche des Orques, depuis les Emyn Muil jusqu’à la Forêt. Les autres opinaient du chef à mesure que les différents points soulevés venaient corroborer leurs hypothèses.
« J’ai ici des trésors que vous avez laissés tomber, dit Aragorn. Vous serez contents de les retrouver. » Il déboucla sa ceinture sous sa cape et en retira les deux poignards à gaines noires.
« Ça alors ! dit Merry. Je ne pensais jamais revoir ces armes ! J’ai tailladé quelques orques avec la mienne ; mais Uglúk nous les a prises. Il avait l’air furieux ! J’ai cru d’abord qu’il s’en servirait pour m’embrocher, mais il les a lancées comme si elles lui brûlaient les mains. »
« Et voici également votre broche, Pippin, dit Aragorn. Je l’ai gardée avec soin, car c’est un très précieux objet. »
« Je sais, dit Pippin. Ça me fendait le cœur de l’abandonner ; mais que pouvais-je faire d’autre ? »
« Absolument rien, répondit Aragorn. Est dans les fers qui ne sait se départir d’un trésor au besoin. Vous avez bien fait. »
« Trancher les liens qui retenaient vos poignets, c’était du beau travail ! dit Gimli. La chance vous a souri ; mais vous l’avez saisie à deux mains, pour ainsi dire. »
« Nous posant ainsi une belle énigme, dit Legolas. Je me suis demandé s’il vous était poussé des ailes ! »
« Malheureusement non, dit Pippin. Mais vous n’aviez pas connaissance de Grishnákh. » Il frissonna et se tut, laissant à Merry le soin de raconter les derniers moments d’horreur : les mains tripoteuses, le souffle chaud et la force redoutable des bras poilus de Grishnákh.
« Tout ce que j’entends ici sur les Orques de Barad-dûr – Lugbúrz, comme ils disent – me rend très inquiet, dit Aragorn. Le Seigneur Sombre en sait déjà trop, ses serviteurs aussi ; et Grishnákh, de toute évidence, a envoyé un message de l’autre côté du Fleuve après la querelle. L’Œil Rouge se tournera vers Isengard. Mais Saruman, lui, est pris dans un dilemme où il s’est lui-même enfermé. »