Joseph Balsamo. Tome I
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #1
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome I». Краткое содержание книги:
«Joseph Balsamo» s’ouvre en 1770 sur un Prologue ésotérique: sur le mont Tonnerre sont réunis les chefs de la franc-maçonnerie universelle. Un inconnu qui se présente comme le nouveau Messie, l’homme-Dieu – «Je suis celui qui est» –, prophétise la Révolution universelle, qui sera lancée par la France, où il se charge de devenir l’agent de la Providence. Cet inconnu s’appelle Joseph Balsamo, alias Cagliostro.
Trois trames vont s’entremêler tout au long du roman:
La lutte pour le pouvoir entre le parti de la dauphine, Marie-Antoinette, et celui de la Du Barry.
L’amour malheureux de Gilbert, petit paysan ambitieux, pour la belle Andrée de Taverney, et le roman d’apprentissage de Gilbert qui, ayant suivi Andrée à Paris, devient d’abord le jouet de la Du Barry, puis est adopté par son père spirituel, le philosophe Jean-Jacques Rousseau.
Enfin, le drame qui se joue entre Balsamo, Lorenza – médium qui assure, grâce à son don de double vue, la puissance de Balsamo, qui le hait lorsqu’elle est éveillée et l’adore lorsqu’elle est endormie – et Althotas – qui cherche l’élixir de longue vie, pour lequel il lui faut le sang d’une vierge…
�Nous nous enfon��mes en Asie; nous remont�mes le Tigre, nous visit�mes Palmyre, Damas, Smyrne, Constantinople, Vienne, Berlin, Dresde, Moscou, Stockholm, P�tersbourg, New-York, Buenos-Ayres, Le Cap, Aden; puis, nous retrouvant presque au point d�o� nous �tions partis, nous gagn�mes l�Abyssinie, nous descend�mes le Nil, nous abord�mes � Rhodes, puis � Malte; un navire �tait venu au-devant du n�tre � vingt lieues en mer, et deux chevaliers de l�ordre, m�ayant salu� et ayant embrass� Althotas, nous avaient conduits triomphalement au palais du grand ma�tre Pinto.
�Sans doute, vous allez me demander, seigneurs, comment le musulman Acharat �tait re�u avec tant d�honneur par ceux-l� m�me qui jurent dans leurs v�ux l�extermination des infid�les. C�est qu�Althotas, catholique et chevalier de Malte lui-m�me, ne m�avait jamais parl� que d�un Dieu puissant, universel, ayant, avec l�aide des anges ses ministres, �tabli l�harmonie g�n�rale, et ayant donn� � ce tout harmonieux le beau, le grand nom de Cosmos. J��tais th�osophe enfin.
�Mes voyages �taient achev�s; mais la vue de toutes ces villes aux noms divers, aux m�urs oppos�es, ne m�avait caus� aucun �tonnement: c�est que rien n��tait nouveau pour moi sous le soleil; c�est que pendant le cours des trente-deux existences que j�avais d�j� v�cu, j�avais d�j� visit� les m�mes villes; c�est que la seule chose qui me frappa, c��taient les changements qui s��taient op�r�s parmi les hommes qui les peuplaient. Alors, je pus planer en esprit au-dessus des �v�nements et suivre la marche de l�humanit�. Je vis que tous les esprits tendaient au progr�s, que le progr�s menait � la libert�. Je vis que tous les proph�tes apparus successivement avaient �t� suscit�s par le Seigneur pour soutenir la marche chancelante de l�humanit�, qui, partie aveugle de son berceau, fait chaque si�cle un pas vers la lumi�re: les si�cles sont les jours des peuples.
�Alors je me suis dit que tant de choses sublimes ne m�avaient pas �t� r�v�l�es pour que je les ensevelisse en moi, que c�est vainement que la montagne renferme ses filons d�or et que l�oc�an cache ses perles; car le mineur obstin� p�n�tre au fond de la montagne; car le plongeur descend dans les profondeurs de l�oc�an, et que mieux valait, au lieu de faire comme l�oc�an et la montagne, faire comme le soleil, c�est-�-dire secouer mes splendeurs sur le monde.
�Vous comprenez donc maintenant, n�est-ce pas, que ce n�est point pour accomplir de simples rites ma�onniques que je suis venu d�orient. Je suis venu pour vous dire: Fr�res, empruntez les ailes et les yeux de l�aigle, �levez-vous au-dessus du monde, gagnez avec moi la cime de la montagne o� Satan emporta J�sus, et jetez les yeux sur les royaumes de la terre.
�Les peuples forment une immense phalange; n�s � diff�rentes �poques et dans des conditions diverses, ils ont pris leurs rangs et doivent arriver, chacun � son tour, au but pour lequel ils ont �t� cr��s. Ils marchent incessamment, quoiqu�ils semblent se reposer, et s�ils reculent par hasard, ce n�est pas qu�ils vont en arri�re, c�est qu�ils prennent un �lan pour franchir quelque obstacle ou bien pour briser quelque difficult�.
�La France est � l�avant-garde des nations; mettons-lui un flambeau � la main. Ce flambeau d�t-il �tre une torche, la flamme qui la d�vorera sera un salutaire incendie, puisqu�il �clairera le monde.
�C�est pour cela que le repr�sentant de la France manque ici; peut-�tre e�t-il recul� devant sa mission� Il faut un homme qui ne recule devant rien� j�irai en France.
� Vous irez en France? reprit le pr�sident.
� Oui, c�est le poste le plus important� je le prends pour moi; c�est l��uvre la plus p�rilleuse� je m�en charge.
� Alors vous savez ce qui se passe en France? reprit le pr�sident.
L�illumin� sourit.
� Je le sais, car je l�ai pr�par� moi-m�me: un roi vieux, timor�, corrompu, moins vieux, moins d�sesp�r� encore que la monarchie qu�il repr�sente, si�ge sur le tr�ne de France. Quelques ann�es � peine lui restent � vivre. Il faut que l�avenir soit convenablement dispos� par nous pour le jour de sa mort. La France est la clef de vo�te de l��difice; que les six millions de mains qui se l�vent � un signe du cercle supr�me d�racinent cette pierre, et l��difice monarchique s��croulera, et le jour o� l�on saura qu�il n�y a plus de roi en France, les souverains de l�Europe, les plus insolemment assis sur leur tr�ne, sentiront le vertige leur monter au front, et d�eux-m�mes ils s��lanceront dans l�ab�me qu�aura creus� ce grand �croulement du tr�ne de saint Louis.
� Pardon, tr�s v�n�rable ma�tre, interrompit le chef qui se tenait � la droite du pr�sident, et qu�� son accent d�un germanisme montagnard on pouvait reconna�tre pour Suisse, votre intelligence a sans doute tout calcul�?
� Tout, r�pondit laconiquement le grand Cophte.
� Et cependant, le tr�s v�n�rable ma�tre m�excusera de lui parler ainsi; mais sur la cime de nos montagnes, dans le fond de nos vall�es, sur les rives de nos lacs, nous sommes habitu�s � parler aussi librement que parlent le souffle du vent et le murmure des eaux; cependant, je le r�p�te, je crois le moment inopportun, car voici qu�un grand �v�nement se pr�pare, et auquel la monarchie fran�aise devra sa r�g�n�ration. J�ai vu, moi qui ai l�honneur de vous parler, tr�s v�n�rable grand ma�tre, j�ai vu une fille de Marie-Th�r�se se diriger en grande pompe vers la France, pour unir le sang de dix-sept C�sars avec celui du successeur de soixante et un rois; et les peuples se r�jouissaient aveugl�ment, comme ils font toujours lorsqu�on rel�che ou qu�on dore leur joug. Je le r�p�te donc en mon nom et au nom de mes fr�res, je crois le moment inopportun.
Chacun se tourna plein de recueillement vers celui qui affrontait avec tant de calme et tant de hardiesse � la fois le m�contentement du grand ma�tre.
� Parle, fr�re, dit le grand Cophte, sans para�tre �mu, ton avis sera suivi s�il est bon. Nous autres, �lus de Dieu, nous ne repoussons personne et nous ne sacrifions point l�int�r�t d�un monde au froissement de notre amour-propre.
Le d�put� de la Suisse poursuivit au milieu d�un profond silence:
� Dans mes �tudes j�ai r�ussi, tr�s v�n�rable grand ma�tre, � me convaincre d�une v�rit�: c�est que toujours la physionomie des hommes r�v�le � l��il qui sait y lire leurs vices et leurs vertus. L�homme compose son visage, il adoucit son regard, il fait sourire ses l�vres; tous ces mouvements musculaires sont en sa puissance; mais le type principal de son caract�re reste en saillie, lisible et irr�fragable t�moignage de ce qui se passe dans son c�ur. Ainsi le tigre, lui aussi, a de charmants sourires et de caressantes �illades; mais � son front bas, � ses pommettes saillantes, � son occiput �norme, � son rictus sanglant, vous le reconnaissez tigre. Le chien, de son c�t�, fronce le sourcil, montre ses dents et joue la rage; mais � son �il doux et franc, � sa face intelligente, � sa d�marche obs�quieuse, vous le reconnaissez serviable et amical. Dieu a �crit sur les faces de chaque cr�ature son nom et sa qualit�. Eh bien! moi, j�ai lu sur le front de la jeune fille qui doit r�gner en France la fiert�, le courage et la charit� si tendre des filles d�Allemagne; j�ai lu sur le visage du jeune homme qui sera son �poux le sang-froid calme, la mansu�tude chr�tienne et l�esprit minutieux de l�observateur. Or comment un peuple, et surtout ce peuple fran�ais qui n�a pas de m�moire pour le mal et qui n�oublie jamais le bien, puisqu�il lui a suffi de Charlemagne, de saint Louis et de Henri IV pour sauvegarder vingt rois l�ches et cruels; comment un peuple qui esp�re toujours et qui ne d�sesp�re jamais, n�aimerait-il pas une reine jeune, belle et bonne, un roi doux, cl�ment et bon administrateur, apr�s l��re d�sastreuse et dilapidatrice de Louis XV, apr�s ses publiques orgies et ses sournoises vengeances, apr�s le r�gne des Pompadour et des du Barry! La France ne b�nira-t-elle pas des princes qui seront le mod�le des vertus que j�ai cit�es, et qui apporteront en dot la paix europ�enne? Voil� que la dauphine, Marie-Antoinette, va traverser la fronti�re; l�autel et le lit nuptial s�appr�tent � Versailles; est-ce bien le moment de commencer par la France et pour la France, votre �uvre de r�formation? Pardonnez-moi encore, mais j�ai d� dire, tr�s v�n�rable seigneur, ce que je pensais au fond de l��me, et ce que je crois de mon devoir de soumettre � votre infaillible sagesse.