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La Dame de Monsoreau Tome III

Электронная книга - «La Dame de Monsoreau Tome III». Краткое содержание книги:

Le dimanche gras de l'année 1578, après la fête du populaire, et tandis que s'éteignaient dans les rues les rumeurs de la joyeuse journée, commençait une fête splendide dans le magnifique hôtel que venait de se faire bâtir, de l'autre côté de l'eau et presque en face du Louvre, cette illustre famille de Montmorency qui, alliée à la royauté de France, marchait l'égale des familles princières. Cette fête particulière, qui succédait à la fête publique, avait pour but de célébrer les noces de François d'Epinay de Saint-Luc, grand ami du roi Henri III et l'un des favoris les plus intimes, avec Jeanne de Cossé-Brissac, fille du maréchal de France de ce nom. Le repas avait eu lieu au Louvre, et le roi, qui avait consenti à grand-peine au mariage, avait paru au festin avec un visage sévère qui n'avait rien d'approprié à la circonstance …' 'La Dame de Monsoreau' est, à la suite de 'La Reine Margot', le deuxième volet du somptueux ensemble historique que Dumas écrivit sur la Renaissance.
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– Sois tranquille, dit Bussy en riant, je garderai le visage; je ne veux pas être défiguré.

– Oh! garde ta personne tout entière. Qu'elle te soit sacrée, mon Bussy, comme si toi, c'était moi. Songe à la douleur que tu éprouverais si tu me voyais revenir blessée et sanglante; eh bien, la même douleur que tu ressentirais, je l'éprouverais en voyant ton sang. Sois prudent, mon lion trop courageux, voilà tout ce que je te recommande. Fais comme ce Romain dont tu me lisais l'histoire pour me rassurer l'autre jour. Oh! imite-le bien; laisse tes trois amis faire leur combat, porte-toi au secours du plus menacé; mais, si deux hommes, si trois hommes t'attaquent à la fois, fuis; tu te retourneras comme Horace, et tu les tueras les uns après les autres, et à distance.

– Oui, ma chère Diane, dit Bussy.

– Oh! tu me réponds sans m'entendre, Louis; tu me regardes, et tu ne m'écoutes pas!

– Oui, mais je te vois, et tu es bien belle!

– Ce n'est point de ma beauté qu'il s'agit en ce moment, mon Dieu! il s'agit de toi, de ta vie, de notre vie; tiens, c'est bien affreux ce que je vais te dire, mais je veux que tu le saches, cela te rendra, non pas plus fort, mais plus prudent. Eh bien, j'aurai le courage de voir ce duel!

– Toi?

– J'y assisterai.

– Comment cela? impossible, Diane.

– Non! écoute: il y a, tu sais, dans la chambre à côté de celle-ci, une fenêtre qui donne sur une petite cour, et qui regarde de biais l'enclos des Tournelles.

– Oui, je me le rappelle; cette fenêtre élevée de vingt pieds à peu près, et qui domine un treillis de fer, aux pointes duquel, l'autre jour, je faisais tomber du pain que les oiseaux venaient prendre.

– De là, comprends-tu? Bussy, je te verrai. Surtout, place-toi de manière que je te voie; tu sauras que je suis là, tu pourras me voir moi-même. Mais non, insensée que je suis, ne me regarde pas, car ton ennemi peut profiter de ta distraction.

– Et me tuer, n'est-ce pas? tandis que j'aurais les yeux fixés sur toi. Si j'étais condamné, et qu'on me laissât le choix de la mort, Diane, ce serait celle-là que je choisirais.

– Oui, mais tu n'es pas condamné, mais il ne s'agit pas de mourir; il s'agit de vivre au contraire.

– Et je vivrai, sois tranquille; d'ailleurs, je suis bien secondé, crois-moi, tu ne connais pas mes amis; mais je les connais. Antraguet tire l'épée comme moi; Ribérac est froid sur le terrain, et semble n'avoir de vivant que les yeux avec lesquels il dévore son adversaire et le bras avec lequel il le frappe; Livarot brille par une agilité de tigre. La partie est belle, crois-moi, Diane, trop belle. Je voudrais courir plus de danger pour avoir plus de mérite.

– Eh bien, je te crois, cher ami, et je souris, car j'espère; mais écoute-moi, et promets-moi de m'obéir.

– Oui, pourvu que tu ne m'ordonnes pas de te quitter.

– Eh bien, justement j'en appelle à ta raison.

– Alors il ne fallait pas me rendre fou.

– Pas de concetti, mon beau gentilhomme, de l'obéissance; c'est en obéissant que l'on prouve son amour.

– Ordonne alors.

– Cher ami, tes yeux sont fatigués; il te faut une bonne nuit: quitte-moi.

– Oh! déjà!

– Je vais faire ma prière, et tu m'embrasseras.

– Mais c'est toi qu'on devrait prier comme on prie les anges.

– Et crois-tu donc que les anges ne prient pas Dieu? dit Diane en s'agenouillant.

Et, du fond du cœur, avec des regards qui semblaient, à travers le plafond, aller chercher Dieu sous les voûtes azurées du cieclass="underline"

– Seigneur, dit-elle, si tu veux que ta servante vive heureuse et ne meure pas désespérée, protège celui que tu as poussé sur mon chemin, pour que je l'aime et que je n'aime que lui.

Elle achevait ces paroles, Bussy se baissait pour l'envelopper de son bras et ramener son visage à la hauteur de ses lèvres, quand tout à coup une vitre de la fenêtre vola en éclats: puis la fenêtre elle-même, et trois hommes armés parurent sur le balcon, tandis que le quatrième enfourchait la balustrade.

Celui-là avait le visage couvert d'un masque, et tenait dans la main gauche un pistolet, de l'autre une épée nue.

Bussy demeura un instant immobile et glacé par le cri épouvantable que poussa Diane en s'élançant à son cou.

L'homme au masque fit un signe, et ses trois compagnons avancèrent d'un pas; un de ces trois hommes était armé d'une arquebuse.

Bussy, d'un même mouvement, écarta Diane avec la main gauche, tandis que de la droite il tirait son épée.

Puis, se repliant sur lui-même, il l'abaissa lentement et sans perdre de vue ses adversaires.

– Allez, allez, mes braves, dit une voix sépulcrale qui sortit de dessous le masque de velours, il est à moitié mort, la peur l'a tué.

– Tu te trompes, dit Bussy, je n'ai jamais peur!

Diane fit un mouvement pour se rapprocher de lui.

– Rangez-vous, Diane! dit-il avec fermeté.

Mais Diane, au lieu d'obéir, se jeta une seconde fois à son cou.

– Vous allez me faire tuer, madame! dit-il.

Diane s'éloigna, le démasquant entièrement. Elle comprenait qu'elle ne pouvait venir en aide à son amant que d'une seule manière: c'était en obéissant passivement.

– Ah! ah! dit la voix sombre, c'est bien M. de Bussy; je ne le voulais pas croire, niais que je suis! Vraiment, quel ami, quel bon et excellent ami!

Bussy se taisait, tout en mordant ses lèvres, et en examinant tout autour de lui quels seraient ses moyens de défense quand il faudrait en venir aux mains.

– Il apprend, continua la voix avec une intonation railleuse que rendait encore plus terrible sa vibration profonde et sombre, il apprend que le grand veneur est absent, qu'il a laissé sa femme seule, que cette femme peut avoir peur; et il vient lui tenir compagnie; et quand cela? la veille d'un duel. Je le répète, quel bon et excellent ami que le seigneur de Bussy!

– Ah! c'est vous, monsieur de Monsoreau! dit Bussy. Bon! jetez votre masque. Maintenant je sais à qui j'ai affaire.

– Ainsi ferai-je, répliqua le grand veneur.

Et il jeta loin de lui le loup de velours noir.

Diane poussa un faible cri. La pâleur du comte était celle d'un cadavre, tandis que son sourire était celui d'un damné.

– Çà, finissons, monsieur! dit Bussy; je n'aime pas les façons bruyantes, et c'était bon pour les héros d'Homère, qui étaient des demi-dieux, de parler avant de se battre; moi, je suis un homme, seulement je suis un homme qui n'a pas peur, attaquez-moi ou laissez-moi passer.

Monsoreau répondit par un rire sourd et strident qui fit tressaillir Diane, mais qui provoqua chez Bussy la plus bouillante colère.

– Passage, voyons! répéta le jeune homme, dont le sang, qui un instant avait reflué vers son cœur, lui montait aux tempes.

– Oh! oh! fit Monsoreau, passage; comment dites-vous cela, monsieur de Bussy?

– Alors, croisez donc le fer, et finissons-en! dit le jeune homme; j'ai besoin de rentrer chez moi, et je demeure loin.

– Vous étiez venu pour coucher ici, monsieur, dit le grand veneur, et vous y coucherez.

Pendant ce temps, la tête de deux autres hommes apparaissait à travers les barres du balcon, et ces deux hommes, enjambant la balustrade, vinrent se placer près de leurs camarades.

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