La Dame de Monsoreau Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Год: 17
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Dame de Monsoreau Tome III». Краткое содержание книги:
– Si je te donne ma parole?
– Oh! alors cela me suffira. La parole de Bussy, peste! il ferait beau voir que j'en doutasse.
– Eh bien, tu l'as. Dans deux heures, Remy, je serai à l'hôtel.
– Soit. Adieu, monseigneur.
– Adieu, Remy.
Les deux jeunes gens se séparèrent; mais Remy demeura en place. Il vit le comte s'avancer vers la maison, et, comme l'absence de Monsoreau lui donnait toute sécurité, entrer par la porte que lui ouvrit Gertrude, et non pas monter par la fenêtre.
Puis il reprit philosophiquement, à travers les rues désertes, sa marche vers l'hôtel Bussy.
Comme il débouchait de la place Beaudoyer, il vit venir à lui cinq hommes enveloppés de manteaux, et paraissant, sous ces manteaux, parfaitement armés.
Cinq hommes à cette heure, c'était un événement. Il s'effaça derrière l'angle d'une maison en retraite.
– Arrivés à dix pas de lui, ces cinq hommes s'arrêtèrent, et, après un bonsoir cordial, quatre prirent deux chemins différents, tandis que le cinquième demeurait immobile et réfléchissant à sa place.
En ce moment, la lune sortit d'un nuage et éclaira d'un de ses rayons le visage du coureur de nuit.
– M. de Saint-Luc! s'écria Remy.
Saint-Luc leva la tête en entendant prononcer son nom, et vit un homme qui venait à lui.
– Remy! s'écria-t-il à son tour.
– Remy en personne, et je suis heureux de ne pas dire à votre service! attendu que vous me paraissez vous porter à merveille. Est-ce une indiscrétion que de vous demander ce que Votre Seigneurie fait à cette heure si loin du Louvre?
– Ma foi, mon cher, j'examine, par ordre du roi, la physionomie de la ville. Il m'a dit: «Saint-Luc, promène-toi dans les rues de Paris, et, si tu entends dire, par hasard, que j'ai abdiqué, réponds hardiment que ce n'est pas vrai.»
– Et avez-vous entendu parler de cela?
– Personne ne m'en a soufflé le mot. Or, comme il va être minuit, que tout est tranquille et que je n'ai rencontré que M. de Monsoreau, j'ai congédié mes amis, et j'allais rentrer quand tu m'as vu réfléchissant.
– Comment? M. de Monsoreau?
– Oui.
– Vous avez rencontré M. de Monsoreau?
– Avec une troupe d'hommes armés, dix ou douze au moins.
– M. de Monsoreau! impossible!
– Pourquoi cela, impossible?
– Parce qu'il doit être à Compiègne.
– Il devait y être, mais il n'y est pas.
– Mais l'ordre du roi?
– Bah! qui est-ce qui obéit au roi?
– Vous avez rencontré M. de Monsoreau avec dix ou douze hommes?
– Certainement.
– Vous a-t-il reconnu?
– Je le crois.
– Vous n'étiez que cinq.
– Mes quatre amis et moi, pas davantage.
– Et il ne s'est pas jeté sur vous?
– Il m'a évité, au contraire, et c'est ce qui m'étonne. En le reconnaissant, je me suis attendu à une horrible bataille.
– De quel côté allait-il?
– Du côté de la rue de la Tixeranderie.
– Ah! mon Dieu! s'écria Remy.
– Quoi? demanda Saint-Luc, effrayé de l'accent du jeune homme.
– Monsieur de Saint-Luc, il va sans doute arriver un grand malheur.
– Un grand malheur! à qui?
– À M. de Bussy!
– À Bussy? Mordieu! parlez, Remy; je suis de ses amis, vous le savez.
– Quel malheur! M. de Bussy le croyait à Compiègne.
– Eh bien?
– Eh bien, il a cru pouvoir profiter de son absence…
– De sorte qu'il est?…
– Chez madame Diane.
– Ah! fit Saint-Luc, cela s'embrouille.
– Oui. Comprenez-vous, dit Remy, il aura eu des soupçons ou on les lui aura suggérés, et il n'aura feint de partir que pour revenir à l'improviste.
– Attendez donc! dit Saint-Luc en se frappant le front.
– Avez-vous une idée? répondit Remy.
– Il y a du duc d'Anjou là-dessous.
– Mais c'est le duc d'Anjou qui, ce matin, a provoqué le départ de M. de Monsoreau.
– Raison de plus. Avez-vous des poumons, mon brave Remy?
– Corbleu! comme des soufflets de forges.
– En ce cas, courons, courons sans perdre un instant. Vous connaissez la maison?
– Oui.
– Marchez devant alors.
Et les deux jeunes gens prirent à travers les rues une course qui eût fait honneur à des daims poursuivis.
– A-t-il beaucoup d'avance sur nous? demanda Remy en courant.
– Qui? le Monsoreau?
– Oui.
– Un quart d'heure à peu près, dit Saint-Luc en franchissant un tas de pierres de cinq pieds de haut.
– Pourvu que nous arrivions à temps! dit Remy en tirant son épée pour être prêt à tout événement.
XXXII L'assassinat.
Bussy, sans inquiétude et sans hésitation, avait été reçu sans crainte par Diane, qui croyait être sûre de l'absence de son mari.
Jamais la belle jeune femme n'avait été si joyeuse; jamais Bussy n'avait été si heureux; dans certain moment, dont l'âme ou plutôt l'instinct conservateur sent toute la gravité, l'homme unit ses facultés morales à tout ce que ses sens peuvent lui fournir de ressources physiques, il se concentre et se multiplie. Il aspire de toutes ses forces la vie, qui peut lui manquer d'un moment à l'autre, sans qu'il devine par quelle catastrophe elle lui manquerait.
Diane, émue, et d'autant plus émue qu'elle cherchait à cacher son émotion, Diane, émue des craintes de ce lendemain menaçant, paraissait plus tendre, parce que la tristesse, tombant au fond de tout amour, donne à cet amour le parfum de poésie qui lui manquait; la véritable passion n'est point folâtre, et l'œil d'une femme sincèrement éprise est plus souvent humide que brillant.
Aussi débuta-t-elle par arrêter l'amoureux jeune homme. Ce qu'elle avait à lui dire, ce soir-là, c'est que sa vie était sa vie; ce qu'elle avait à débattre avec lui, c'était les plus sûrs moyens de fuir. Car ce n'était pas le tout que de vaincre, il fallait, après avoir vaincu, fuir la colère du roi; car jamais Henri, c'était probable, ne pardonnerait au vainqueur la défaite ou la mort de ses favoris.
– Et puis, disait Diane, le bras passé autour du cou de Bussy et dévorant des yeux le visage de son amant, n'es-tu pas le plus brave de France? Pourquoi mettrais-tu un point d'honneur à augmenter ta gloire? Tu es déjà si supérieur aux autres hommes, qu'il n'y aurait pas de générosité à toi de vouloir te grandir encore. Tu ne veux pas plaire aux autres femmes, car tu m'aimes, et tu craindrais de me perdre à jamais, n'est-ce pas, Louis? Louis, défends ta vie. Je ne te dis pas: «Songe à la mort,» car il me semble qu'il n'existe pas au monde un homme assez fort, assez puissant pour tuer mon Louis autrement que par trahison; mais songe aux blessures: on peut être blessé, tu le sais bien, puisque c'est à une blessure reçue en combattant contre ces mêmes hommes que je dois de te connaître.