Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Elle recula encore, jusqu’au tombeau. La chandelle s’éteignit.
— J’ignore qui vous êtes et ce que vous désirez, mais je vous conseille de partir.
Elle parlait à nouveau en anglais moderne, mais était-ce important ? Il voulait la voler, la tuer. Où était donc passé le prêtre ?
— Père Roche ! cria-t-elle, en proie au désespoir. Père Roche !
Il y eut un bruit, le crissement du bois sur des dalles de pierre. Agnès poussait le lourd battant.
— Vous voilà enfin ! Je vous ai cherchée partout.
Le bandit se tourna vers la porte.
— Fuis, Agnès ! hurla Kivrin, et la petite fille se figea. Va-t’en d’ici !
Puis Kivrin prit conscience de s’exprimer à nouveau en anglais moderne.
Le coupe-jarret fit un autre pas vers elle. Elle colla ses reins à la tombe.
— Fuis, Agnès ! Fuis !
La porte claqua. Elle lâcha la chandelle et courut vers la sortie.
Agnès allait atteindre le portail du cimetière lorsqu’elle la vit, s’arrêta et revint sur ses pas.
— Non ! lui cria Kivrin. Va-t’en !
— Est-ce un loup ? voulut savoir la fillette, les yeux écarquillés.
Elle n’avait pas le temps de lui fournir des explications. Les paysans avaient terminé de fendre le bois et n’étaient visibles nulle part. Elle prit l’enfant dans ses bras et courut vers les chevaux.
— Il y a un méchant homme dans l’église ! dit-elle en plaçant Agnès sur son poney.
— Un méchant homme ? répéta l’enfant. Le bandit qui vous a attaquée dans les bois ?
— Oui, dit Kivrin en dénouant les rênes attachées au portillon. Galope jusqu’au manoir. Ne t’arrête sous aucun prétexte.
— Je ne l’ai pas vu.
Cela n’avait rien de surprenant. Elle était passée de la clarté du jour à la pénombre de l’église et n’avait rien pu discerner à l’intérieur de la nef.
— Est-ce le brigand qui vous a donné un coup sur la tête ?
— Oui.
Kivrin entreprit de détacher sa propre monture.
— Il était dans la tombe ?
— Quoi ?
Durcie par le froid, la boucle refusait de se défaire. Elle jeta un coup d’œil vers l’église, angoissée.
— Est-ce que le méchant homme se cachait dans le caveau de mon grand-père ? Vous étiez juste à côté, vous et le père Roche.
16
Le père Roche.
Les rênes cédèrent enfin sous ses doigts.
— Le père Roche ?
— Il était dans l’église, confirma Agnès. Pourquoi le méchant homme se cachait-il dans le tombeau ?
Impossible. Elle n’aurait pu manquer de reconnaître le prêtre qui lui avait donné l’extrême-onction.
— Le méchant homme va-t-il lui faire du mal ?
Il lui avait tenu la main, dit de ne pas avoir peur.
Elle essayait de se rappeler son visage. La fumée dissimulait ses traits, lorsqu’il s’était penché vers elle.
Et n’avait-elle pas cru revoir le bandit, pendant qu’il lui administrait les derniers sacrements ?
— Le méchant homme va-t-il sortir ? s’enquit Agnès qui regardait avec crainte la porte de l’église.
C’était évident. Elle n’avait pas eu une hallucination, dans les bois. L’individu qu’elle avait pris pour un coupe-jarret n’était autre que le prêtre venu aider Gawyn à la transporter au manoir.
— Non, dit-elle. Il n’y a pas de méchant homme.
— Il se cache là-dedans ?
— Je me suis trompée. Il n’existe pas.
Agnès n’était pas convaincue pour autant.
— Je vous ai entendue crier.
Lorsqu’elle dirait à sa grand-mère : « Dame Katherine et le père Roche étaient seuls dans l’église, et Dame Katherine poussait des hurlements », Imeyne ajouterait un nouveau péché à la liste des faiblesses du prêtre, et des raisons de se méfier de Kivrin.
— C’est à cause de l’obscurité. J’ai été surprise de le voir. Quand tu joues à cache-cache avec Rosemonde et qu’elle bondit sur toi, ne t’arrive-t-il jamais d’avoir peur ?
— Un jour, elle a sauté du fenil. J’ai été si effrayée que j’ai hurlé comme ça…
Elle fit une démonstration, un cri à glacer le sang.
— Une autre fois, Gawyn a surgi de derrière le paravent de la grande salle…
— C’est pareil, tout était très sombre.
— Le père Roche a sauté sur vous ?
— Non, fit-elle. Absolument pas.
— Irons-nous quand même chercher du houx avec lui ?
Si je ne l’ai pas terrifié, pensa Kivrin. S’il ne s’est pas enfui pendant que je bavardais avec Agnès.
Elle fit redescendre la fillette.
— Viens. Il faut le retrouver.
S’il avait disparu, elle ne pourrait regagner le manoir car l’enfant raconterait l’incident à sa grand-mère. Dans le cas contraire, elle devrait fournir des explications au prêtre. Que lui dirait-elle ? Qu’elle l’avait pris pour un voleur, un violeur ? Le personnage d’un de ses cauchemars ?
— Devons-nous retourner là-bas ?
— Nous n’avons rien à redouter. Le père Roche est seul.
Mais Agnès avait si peur qu’elle enfouit sa tête dans les jupes de Kivrin, lorsque cette dernière ouvrit la porte.
Le prêtre n’était plus à côté du tombeau. Le lourd battant se referma et la fillette resta agrippée aux jambes de Kivrin qui attendait que sa vision se fût accoutumée à la pénombre.
— Tu n’as rien à craindre.
Ce n’est pas un assassin, se disait-elle. Il m’a administré l’extrême-onction.
— Le méchant homme est-il parti ?
— Il n’existe pas, répéta-t-elle.
Puis elle le vit, devant la statue de sainte Catherine. Il avait ramassé le cierge et se penchait pour le remettre à sa place. Il se redressa.
Elle avait attribué sa mine patibulaire à l’éclairage en contre-plongée mais il avait effectivement un faciès de bandit. L’autre nuit, sa capuche dissimulait sa tonsure.
— Où est le père Roche ? demanda Agnès en relevant la tête. Ah, le voilà !
Elle se précipita vers lui.
— Père Roche ! Père Roche ! Nous vous avons cherché partout.
Elle avait déjà oublié le méchant homme.
— Dans l’église, le clocher et votre maison.
D’un seul mouvement, il se tourna et la prit dans ses bras.
Kivrin s’arrêta à la hauteur du dernier pilier, pour laisser ralentir les battements de son cœur.
— Vous vous étiez caché ? demanda l’enfant qui avait pris le prêtre par le cou. Une fois, Rosemonde s’est dissimulée dans le fenil et a sauté sur moi. J’ai hurlé.
— Pourquoi me cherchais-tu, Agnès ? Quelqu’un est malade ?
Il avait le même accent que le garçon scorbutique et l’interprète traduisait ses propos avec un léger retard. Kivrin s’en étonna. Elle n’avait eu aucune difficulté à le comprendre, dans la chambre.
Parce qu’il s’adressait à moi en latin, conclut-elle. Elle reconnaissait le timbre de sa voix. C’était bien cet homme qui lui avait donné l’extrême-onction, dit de ne pas s’inquiéter.
— Nous voudrions aller ramasser du houx et du lierre avec vous. Dame Kivrin, Rosemonde, Sarrasin et moi.
Le prêtre se tourna et la vit.
— Pardonnez-moi, mon père. Je ne vous avais pas reconnu.
L’interprète lui fit dire, avec un bref décalage : « Je ne vous connaissais pas. »
— Elle a tout oublié, expliqua Agnès. Le bandit lui a donné un coup sur la tête. Elle ne se rappelle que son nom.
— On me l’a dit, fit-il sans quitter Kivrin des yeux. Est-il vrai que vous ne savez plus quel est le but de votre voyage ?