Les fantômes de Belfast
- Автор: Невилл Стюарт
- Серия: Jack Lennon #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Payot & Rivages
- ISBN: 978-2743622510
- Переводчик: Fabienne Duvigneau
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Les fantômes de Belfast». Краткое содержание книги:
Avec Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville, révélation du roman noir irlandais, signe un thriller où dominent la tension et l’effroi, servi par une écriture tranchante. Il a su donner à son personnage principal un caractère ambigu et profondément tragique. Entre remords et désir de vengeance, Fegan, qui aspire à la rédemption, incarne les contradictions d’un territoire en quête d’identité, où le feu semble toujours couver.
Un fin rideau de pluie voilait les fenêtres de la maison principale, faiblement éclairées. O’Kane poussa la porte de ce qui avait été autrefois une cuisine.
« Attends-moi ici », dit-il à son fils avant de baisser la tête pour passer sous le linteau.
Trois hommes se tenaient à l’intérieur. Les deux premiers étaient appuyés contre les murs, l’un en face de l’autre ; Tommy Downey, de Crossmaglen, maigre et sec, les cheveux noirs lissés en arrière. Et Kevin Malloy, de Monaghan, robuste comme O’Kane, mais beaucoup plus petit.
Downey désigna le troisième homme, assis au milieu de la pièce. « Le voilà, patron.
— Je vois ça. »
O’Kane s’approcha. L’homme avait la tête enfermée dans une taie d’oreiller que sa respiration faisait trembler. Des taches rouges parsemaient son élégant costume.
« Alors ? Il ne s’est pas laissé faire ?
— Pas vraiment », répondit Malloy.
O’Kane émit un claquement de langue en signe de désapprobation. « Dommage. »
Il souleva la taie d’oreiller. Le jeune homme dévoilé le regarda d’un air hagard. Le sang avait séché autour de son nez et de sa bouche.
« Bon sang, Martin, tu transpires comme un cochon. »
Martin cligna des yeux.
« Si seulement tu m’avais écouté, Martin. Regarde où ça t’a mené, alors qu’on aurait pu l’éviter. »
Les yeux de Martin s’emplirent de larmes. « Qu’est-ce que vous voulez ?
— Je veux te donner de l’argent. Mais tu refuses de le prendre. C’est fou, non ? Je te propose deux cent mille livres et tu m’envoies paître.
— Je vous ai dit de discuter avec mon avocat. »
O’Kane chassa l’idée d’un revers de la main. « Les avocats ? C’est tous des requins. Pourquoi irais-tu engraisser ces salopards alors que tu peux traiter directement avec moi ? »
Martin fit preuve d’une singulière audace. « Ce terrain en vaut cinq cent mille, et vous le savez. »
O’Kane se pencha en avant, les mains sur les genoux. « Ah oui ?
— C’est ce que m’a dit l’agent immobilier. »
O’Kane se redressa avec un rire méprisant. « L’agent immobilier ? Ces gens-là sont encore plus roublards que les avocats. Tu n’as pas besoin d’un agent immobilier pour faire affaire avec le Bull. Non, non. On crache et on se serre la main, voilà comment je procède, moi. »
Le jeune homme soutint son regard. « D’accord, je vous vends mon terrain. Mais j’en veux un prix honnête. »
O’Kane lui tapota l’épaule en souriant. « Tu es courageux, mon garçon. Rares sont ceux qui osent me tenir tête. Mais écoute-moi, maintenant. Tu pousses le bouchon un peu trop loin. Si je ne t’ai pas donné en pâture aux chiens, c’est uniquement parce que ton père était un de mes bons amis. C’est pourquoi aussi je lui ai permis de garder sa ferme si longtemps. Toi, tu t’es cassé en Angleterre. Tu as décroché ton joli petit diplôme, ton boulot d’intello, et maintenant que le vieux est mort, tu rappliques pour toucher le magot.
— Il m’a légué la ferme. J’en fais ce que je veux. Je peux la vendre à…
— Tu peux me la vendre à moi, c’est tout. Personne ne vend ou n’achète quoi que ce soit dans le South Armagh sans me demander mon avis. Mets-toi bien ça dans le crâne, et qu’on en finisse. »
Martin regardait droit devant lui. « Parlez-en à mon avocat. »
O’Kane soupira. Il posa la main sur l’épaule du jeune homme. « S’il te plaît, Martin. Ton père était un de mes amis. Ne fais pas ça.
— Les temps ont changé, ça ne marche plus comme avant. Je peux me plaindre à la police. » Il leva les yeux vers O’Kane. C’était tout le portrait de son père.
O’Kane ferma les yeux et secoua la tête d’un air accablé. Il partit en direction de la porte. Sur le seuil, il se retourna. « Allez-y, les gars », dit-il.
Il sortit dans la nuit et releva le col de son manteau pour se protéger de la pluie. Pádraig lui tendit une cigarette, puis l’alluma en l’abritant entre ses mains. La flamme de l’allumette résista juste le temps nécessaire pour faire rougeoyer le tabac. O’Kane tira une longue bouffée dont la chaleur lui irradia la poitrine. Ces putains de docteurs n’y connaissent rien, songea-t-il. Depuis soixante ans qu’il fumait, avec pour seule conséquence une petite toux grasse le matin…
« Ça va, p’pa ? » demanda Pádraig. Sa figure mollasse, humide, luisait à la lueur de la grange.
« Impec, mon fils. Je suis fatigué, c’est tout. »
Le talkie-walkie grésilla dans la poche de Pádraig. Il sortit l’appareil et appuya sur le bouton. « Qu’est-ce qu’il y a ? »
Sifflements et interférences lui répondirent, entre les acclamations du public à l’intérieur de la grange et les grognements des chiens. Des coups sourds retentirent dans la maison, suivis de faibles cris.
« Oui, on l’attendait. Laisse-le passer. »
Pádraig rangea la radio dans sa poche. « C’est McGinty. »
O’Kane vit des phares approcher sur la route qui desservait la ferme. « Va surveiller le combat, ordonna-t-il. Fais gaffe que Sean ne se sucre pas au passage.
— D’accord, p’pa. » En s’éloignant, Pádraig fit un signe à la vieille Peugeot qui entrait dans la cour et s’arrêtait sur le ciment avec un bruit de pneus mouillés. La portière côté passager s’ouvrit. Paul McGinty descendit. Il tendit la main.
O’Kane la serra. Fort. « Comment va, Paul ?
— Ça pourrait aller mieux.
— Qu’est-ce que tu as fait de ta belle limousine ?
— Je préfère la jouer simple, ce soir. » McGinty découvrit ses dents blanches en souriant.
« Tu as raison. » O’Kane lui lâcha la main. « Tout est arrangé ? »
McGinty jeta un rapide coup d’œil à la maison en entendant un cri. « Qu’est-ce qui se passe ?
— Rien de grave. Un petit problème avec un gars du coin. »
McGinty lissa un pli de son veston. « Oui, c’est réglé. Ils devraient arriver bientôt. Marie a un numéro pour joindre Fegan. On l’appellera.
— Cette femme… » O’Kane pointa un doigt épais sur l’entrejambe de McGinty. « Ne te laisse pas influencer par ta bite. Fais ce qui est nécessaire, oublie le passé. »
McGinty inclina la tête d’un air étonné.
« Tu croyais que je n’étais pas au courant, hein ? » La bedaine de O’Kane tressautait, secouée par son rire. « Vous autres à Belfast, vous imaginez qu’on peut me tenir à l’écart dans ma cambrousse. Je sais tout.
— C’est de l’histoire ancienne.
— Tant mieux. Au fait, pendant que j’y suis… Il y a autre chose que je sais. Et que toi, tu ignores. »
Une ride soucieuse apparut entre les sourcils de McGinty. « Quoi ? »
Un long cri strident jaillit dans la maison. O’Kane jeta un regard par-dessus son épaule, puis revint à McGinty. « Ton petit copain, Davy Campbell. Il te réserve une surprise.
— Quel genre de surprise ?
— On en parlera tous les trois quand il aura rappliqué. »
La porte de la maison s’ouvrit et Tommy Downey sortit sur le seuil. O’Kane se tourna vers lui.
« Martin a accepté l’offre », dit Downey.
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« Pour l’amour du Ciel, qu’est-ce qu’il y a encore ? »