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La Recluse

Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:

Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-York, vers cinq heures de l'après-midi, et, poussé par une brise favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors.
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
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– De sorte que maintenant…

– Edmée est entre des mains qui sauront la protéger et la défendre.

Madame de Beaufort fit un geste de condescendance ironique.

– Tout cela est parfait, dit-elle sur un ton de persiflage, et je commence à croire vraiment à l’existence de ces importants documents.

– Vous raillez!

– À Dieu ne plaise! Seulement, après avoir pensé que j’avais affaire avec une fille que M. Beaufort avait honoré d’un caprice sur la côte d’Amérique, il m’est doux de reconnaître que je m’étais trompée, et que j’ai devant moi une véritable comtesse de Simier.

– Dans quelques heures, mademoiselle Wilson n’en doutera plus.

– Elle en sera ravie! toutefois, vous me permettrez bien d’attendre que je vérifie par moi-même… car, en dépit de vos assurances, j’ai bien quelque raison de croire que vous vous trompez vous-même; ne voulant pas admettre que vous ayez l’intention de nous tromper.

– Comment cela?

Madame de Beaufort s’était rapprochée, le regard chargé de lueurs sombres.

– Mon Dieu! c’est fort simple, poursuivit-elle; et vous comprenez bien, n’est-ce pas, que dans la situation menaçante où je me trouvais, j’ai dû me renseigner sur votre compte et vous faire surveiller avec soin?

– Eh bien?

– Eh bien! je ne mettrai aucune hésitation à déclarer qu’en effet il paraît que vous avez entre les mains des papiers fort compromettants pour M. de Beaufort et pour la femme à laquelle il a donné son nom.

– C’est Gobson qui vous a dit cela?

– Lui ou un autre, qu’importe! Mais ce qu’il y a de particulièrement intéressant dans la communication qui m’a été faite, c’est que, par une mesure de prudence que l’on ne saurait trop louer, vous avez cru devoir confier le précieux dépôt à la loyauté d’un homme qui avait toutes les qualités humaines pour justifier ce choix.

– Vous le savez?

– Gobson est un homme habile entre tous; il avait fouillé votre cellule, et n’avait rien trouvé; alors, il s’est renseigné, il a écouté aux portes, et en peu de temps il est parvenu à la conviction que l’homme loyal dont vous avez fait votre confident ne pouvait être que M. Gaston de Pradelle.

Instinctivement, pendant que madame de Beaufort parlait, miss Fanny Stevenson se sentait envahir par le vague soupçon de la vérité.

Madame de Beaufort, menacée dans son bonheur, était capable de tout pour conjurer le danger, et miss Fanny se rappelait que Gobson était venu chercher Gaston et qu’il s’était éloigné en sa compagnie.

L’idée d’un crime traversa son esprit, et elle se prit à frissonner.

Madame de Beaufort, qui l’observait, comprit ce qui se passait en elle; elle ne voulut pas lui laisser le temps de s’abandonner à l’effroi qui la gagnait, et reprit presque aussitôt:

– Eh non! dit-elle sur le même ton railleur, ne vous effrayez pas ainsi, et si implacable que vous me supposiez, ne croyez pas que je me sois oubliée jusqu’à concevoir l’idée de me débarrasser par un crime du jeune commandant que vous destinez à votre fille! Nous avons des intérêts opposés, voilà tout! Et nous les protégeons de notre mieux, chacun de son côté… Qui peut y trouver à redire? Seulement, ne vous plaignez pas trop, si demain, quand vous redemanderez à M. Gaston de Pradelle les parchemins que vous lui avez confiés, il vous répond qu’il en a été dépouillé cette nuit, dans un odieux guet-apens!…

Miss Fanny étouffa un cri de colère folle et fit un mouvement, comme pour sauter à la gorge de madame de Beaufort.

Celle-ci s’inclina.

– À demain donc, miss Fanny, ajouta-t-elle en gagnant la porte, j’espère que cette nuit vous portera conseil et que vous vous montrerez moins menaçante et plus traitable.

VII

Or, pendant que ceci se passait, Edmée s’était éloignée en compagnie de Palmer.

La nuit était noire; une heure venait de sonner; pendant un quart d’heure au moins ils marchèrent l’un à côté de l’autre sans échanger une parole.

Edmée, en proie à une inquiétude que la situation eût suffi à expliquer, pressait le pas, et ne songeait qu’à gagner un quartier moins désert, où elle eût trouvé un mouvement et une circulation qui l’eussent rassurée.

Les rues qu’elle traversait étaient silencieuses et mornes; il y avait longtemps que les boutiques et les caboulots avaient retiré leurs concours à l’éclairage municipal… À peine de loin rencontrait-elle quelques rares passants, et la voie enténébrée qu’elle suivait ne se piquait de points lumineux qu’à de longs intervalles.

C’était la première fois qu’elle se voyait perdue dans le Paris nocturne, sous la protection d’un homme qu’elle ne connaissait pas, et parfois un frisson de terreur passait sur sa chair.

Elle regrettait d’avoir quitté le couvent et se demandait en quel lieu on la conduisait ainsi.

Que n’eût-elle pas donné pour sentir Gaston près d’elle et s’appuyer sur son bras!

Pourquoi ne l’avait-il pas attendue: quelle raison impérieuse l’avait contraint de s’éloigner?

Sans doute le jeune commandant avait dû croire que sœur Rosalie n’abandonnerait pas sa fille en pareille occurrence; cela justifiait son absence. Mais où était-il allé? D’où vient qu’on ne lui avait rien dit sur ce point?

À toutes ces causes de trouble s’ajoutaient certaines remarques qu’elle avait faites, chemin faisant, sur le compte de son compagnon.

Cet homme avait des allures étranges, presque suspectes.

Il n’avançait que d’un pas lourd, s’arrêtait de temps en temps pour tirer de sa poche un objet qui avait la forme d’un flacon et qu’il portait fréquemment à ses lèvres. Puis, après s’être essuyé la bouche et avoir marmotté, en anglais, quelques mots inintelligibles qu’Edmée ne comprenait pas, il reprenait sa marche pesante, sur laquelle la pauvre fugitive était obligée de régler la sienne.

Au bout d’un moment, ce manège finit par l’impatienter, et elle ne put s’empêcher de lui faire quelques remontrances.

Palmer les accueillit par un ricanement obséquieux.

– Ne vous fâchez pas, miss, répondit-il d’une voix mal assurée; et fiez-vous à moi! Car vous pouvez être certaine qu’il ne vous arrivera aucun mal tant que vous serez sous la protection du capitaine Palmer, citoyen de la libre Amérique.

– Cependant, insista Edmée, il me semble que vous n’êtes pas bien sûr du chemin que vous me faites suivre?

Palmer eut un haut-le-corps.

– Que dites-vous là, miss! répliqua-t-il sur un ton de doux reproche; mais je connais ces quartiers aussi bien que je connais ceux de New-York, qui est la première cité du monde! Seulement, il faut tenir compte de tout et il fait ce soir un brouillard…

– Un brouillard? fit Edmée; mais il n’a jamais fait, au contraire, de nuit plus claire.

– Cela vous plaît à dire, et les jeunes miss comme vous ont des yeux que n’ont jamais eus de vieux marins comme moi! Pourtant, ce n’est pas pour me vanter, mais quand j’avais votre âge et que j’étais mousse à bord du Washington, qui est le plus beau steamer que la mer ait porté, j’aurais à vingt milles, nommé les cailloux les moins connus de la côte américaine. Mais aujourd’hui vous comprenez… on a ses soixante ans, et dame…

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