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La Recluse

Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:

Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-York, vers cinq heures de l'après-midi, et, poussé par une brise favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors.
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
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– Ah! nous avons eu tort peut-être… balbutia Edmée tremblante.

– Non, non, prenez courage. Écoutez! Ils approchent. Par grâce, par pitié, mon Edmée chérie…

Et, s’adressant plus particulièrement à Palmer:

– Allons, dit-elle d’un ton impérieux, partez, et n’oubliez pas, vous surtout, que vous me répondez de ma fille!

Palmer salua d’un air ironique, qui, en toute autre circonstance, eut certainement frappé la malheureuse mère, mais l’imminence du danger lui enlevait à cette heure sa pénétration ordinaire, et elle ne remarqua même pas qu’au moment de franchir le seuil de la maison l’ex-capitaine d’armes de la marine américaine avait failli trébucher contre le pas de la porte.

Un instant après, ils avaient disparu, et presque aussitôt madame de Beaufort, accompagnée d’un grand nombre de sœurs, faisait irruption dans la chambre où Fanny Stevenson les attendait.

VI

Dès qu’elle aperçut cette dernière, madame de Beaufort se précipita de son côté avec un air de triomphe.

– Je ne m’étais pas trompée, dit-elle. C’est cette femme qui a préparé la fuite de ma fille.

Miss Fanny eut un sourire méprisant.

– Votre fille! répondit-elle en se dressant devant madame de Beaufort.

Mais la colère de celle-ci était trop violemment excitée en ce moment, et c’est à peine si elle tint compte de l’interruption et du ton dont elle était faite.

– On la cache, répliqua-t-elle; on veut nous la dérober.

– Elle n’est plus ici, interrompit encore miss Fanny.

– Vous mentez!

– Elle est partie, vous dis-je.

– C’est faux!

– Eh bien, cherchez!

Madame de Beaufort adressa un geste impétueux aux sœurs, et aussitôt celles-ci se répandirent curieuses et fureteuses à travers les chambres du rez-de-chaussée et du premier étage.

Mais l’investigation ne devait amener aucun résultat, et quand madame de Beaufort les vit reparaître, elle ne put réprimer une exclamation de rage.

– Rien! dit-elle. Oh! vous paierez cher une telle audace!

– Peut-être, répartit Fanny Stevenson.

– M. de Beaufort ne manquera pas de vous demander compte…

Miss Fanny eut un sourire ironique.

– M. de Beaufort! répéta-t-elle d’un ton mordant. C’est lui, en effet, que j’aurais désiré voir, et s’il se trouvait ici en ce moment, je ne pense pas qu’il pousserait l’imprudence jusqu’à me demander de quel droit je suis venue arracher à votre haine la malheureuse enfant que vous voulez m’enlever!

– Ainsi, vous refusez de la rendre?

– Je refuse! répondit miss Fanny avec fermeté.

Et s’approchant de madame de Beaufort, elle ajouta à voix plus basse et plus ardente:

– Mais vous ne savez donc pas qui je suis? Vous ignorez qu’en outre de ce nom de Fanny Stevenson que je tiens de mon père, il en est un autre que je tiens de mon époux, et celui-là! craignez, si vous me poussez à bout, qu’il ne me prenne fantaisie de réclamer les droits terribles qu’il me donne.

Madame de Beaufort ne répondit pas tout de suite.

Les dernières paroles de miss Fanny l’avaient-elles frappée? Un sentiment nouveau s’était-il fait jour en elle? Ce fut inconscient peut-être, mais elle se tourna lentement vers les sœurs, qui écoutaient étonnées, et leur faisait signe de s’éloigner.

– Allez, mes sœurs, dit-elle, je vous remercie du concours que vous m’avez prêté et dont je n’ai plus besoin désormais; mademoiselle de Beaufort a été enlevée, c’est à la justice maintenant qu’il appartient d’agir; mais avant de rien entreprendre, il faut que cette femme parle, et, pour obtenir ce que j’en attends, il importe que je reste avec elle.

Pendant que madame de Beaufort s’exprimait ainsi et que les sœurs gagnaient lentement la porte, Fanny Stevenson s’était assise, impassible et sombre, plongée dans ses réflexions amères, attendant l’instant où elle allait se trouver devant sa rivale.

Ce ne fut pas long.

Et lorsque la dernière religieuse se fut éloignée, elle vit venir à elle madame de Beaufort, l’œil ardent, la poitrine soulevée, la lèvre tordue par une expression implacable et farouche.

– Et maintenant, dit-elle d’un accent plein de fièvre, personne ne nous écoute; vous pouvez parler, répondez-moi.

– Qu’avez-vous à me demander que vous ne sachiez déjà? répliqua miss Fanny Stevenson; vous m’avez volé ma fille et je l’ai reprise. Qu’y a-t-il là dont vous ayez à vous plaindre! Maintenant Edmée est en mon pouvoir et je saurai la garder! Il y a assez longtemps que je suis privée de ses caresses, et aucune puissance humaine ne l’arrachera de mes bras. D’ailleurs, elle a choisi elle-même, sans hésiter, allant confiante et émue vers celle de ses deux mères qui l’aimait! Car, et c’est là ce qu’il y a d’atroce et ce qui vous condamne, depuis le jour où elle est entrée dans votre demeure vous n’avez cessé de la traiter en étrangère ou en ennemie. Elle ne demandait qu’à vous aimer, et vous l’avez repoussée toujours, d’abord avec froideur, plus tard avec haine! Voilà ce que je ne vous pardonnerai jamais. Pauvre chère Edmée, Oh! tenez, si vous l’aviez entourée de douceur et de bonté; si vous aviez pris pitié de sa condition misérable; si vous n’aviez pas tenté de la cloîtrer indignement, lui refusant ainsi sa part d’amour et de bonheur! peut-être me serais-je attendrie et aurais-je gardé le silence, me contentant de la voir heureuse par une autre, évitant d’éveiller ses tristesses, ne demandant à Dieu que de lui continuer cette sérénité que vous lui eussiez faite. Mais non! Vous avez torturé sa pauvre âme candide qui ne savait rien du monde et s’effrayait de votre indifférence. Vous ne lui avez pas même offert le mensonge de l’affection maternelle, de sorte que la pauvre abandonnée n’avait pour tout refuge que le cœur effaré et faible de son père. Eh bien! voilà ce qui a réveillé en moi toutes les colères et toutes les indignations; je suis sa mère, j’ai repris mon enfant, et prenez garde maintenant que je ne vous rende à mon tour tout ce que vous lui avez fait souffrir.

Madame de Beaufort, qui avait écouté sans interrompre, haussa imperceptiblement les épaules, pendant qu’un sourire ironique relevait le coin de sa lèvre.

– Vous voulez vous venger? dit-elle d’un ton railleur, et l’on m’en avait déjà prévenue, mais, vous voyez, que vos menaces ne m’ont pas effrayée, et demain…

– Demain, interrompit violemment Fanny Stevenson, demain, vous ne serez plus peut-être que la maîtresse, de M. de Beaufort.

– Vous croyez?

– J’en suis sûre.

– On m’a dit, en effet, que miss Fanny Stevenson avait eu la précaution de se procurer un double de l’acte authentique de son mariage avec le comte de Simier.

– On vous a dit vrai.

– Si ce document était en votre possession, vous, l’auriez déjà produit.

– Ah! vous avez raison, et c’est ainsi sans doute que vous auriez agi!… Mais, moi, j’ai eu peur. Pourquoi le cacherais-je? À la veille d’atteindre enfin le but si ardemment poursuivi, instruite de vos projets, certaine que c’est vainement que l’on s’adresserait à votre cœur de marbre, j’ai craint de votre part quelque résolution extrême, quelque attentat odieux contre la pauvre victime innocente, et, avant d’agir, j’ai voulu m’assurer que ma fille n’avait plus rien à redouter de vous.

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