La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
– Qu’on vous l’avait enlevée, et que depuis vous la pleuriez toujours. C’était une fille, n’est-ce pas?
– Sans doute.
– Quel âge aurait-elle aujourd’hui?
– Mais…
– Mon âge peut-être?
– En effet.
– C’est qu’alors… si vous saviez les idées qui me viennent.
– Edmée!
– Il y a si longtemps que je suis privée de ses caresses, et ce serait une si douce joie de la presser contre mon cœur, en l’appelant ma mère.
– Ne parlez pas ainsi, ne m’ôtez pas le peu de force qui me reste.
– Mais c’est donc vrai?
– Quoi?
– Vous! C’est vous! Vous ne répondez pas? Ah! vous êtes ma mère! Et que béni soit Dieu, qui m’envoie la plus douce consolation que je pouvais attendre de lui, ma mère!…
– Tais-toi! tais-toi, mon enfant bien-aimée, murmura miss Fanny, à bout de courage et donnant un libre cours à son amour maternel. Oui! oui! c’est moi. Tu l’as compris et je n’ai pas la force de repousser le bonheur qui m’est offert. Pauvre chère? Ah! il y a longtemps que moi aussi j’attendais cette heure bénie. Ils t’ont bien fait souffrir! Ils avaient peur et voulaient te séparer du monde, te jeter dans un couvent, pour que l’écho du passé ne pût venir jusqu’à toi. Mais je veillais, vois-tu, et je suis arrivée à temps pour empêcher une pareille infamie.
– Que voulez-vous faire? interrogea doucement Edmée.
– Tu ne me quitteras plus. Je ne veux pas que tu restes entre leurs mains.
– Que craignez-vous donc?
– Tout… Il faut tout craindre.
– Mais je ne consentirai jamais…
Miss Fanny eut un geste violent.
– Eh, sans doute! répliqua-t-elle d’une voix stridente, je ne doute ni de ton amour ni de ta résolution, à cette heure… parce que je suis là près de toi, et que je te soutiens de mon énergie et de mon ardente affection. Mais que je m’oublie un instant, que je cesse de veiller une seconde, et demain, ils t’auront reprise, et iront t’enfermer dans quelque cloître inconnu, loin de Paris, au fond de la province, où jamais plus on n’entendra parler de toi!
– Croyez-vous que j’accepte un pareil sort?…
– Pauvre cher trésor! Non… tu résisteras, priant et pleurant… Mais est-ce que les prières et les larmes ont jamais attendri les bourreaux?
– Ah! mon père, du moins…
– On ne le consultera pas. Cela se fera mystérieusement, à son insu, et quand il l’apprendra, il sera trop tard, car le moment psychologique sera venu, et toi-même tu auras été vaincue.
– Que dites-vous?
– Ce que tu ignores et ce que je sais, moi! – Oh! on n’emploiera pas la torture; on se gardera bien de heurter des sentiments vivaces qu’une tyrannie brutale ne ferait qu’exalter… mais on fera appel à ton amour filial, on t’enveloppera de mysticisme et d’amour divin… on lassera peu à peu ta résistance, en te parlant de sacrifice ou de renoncement, dans une langue harmonieuse et tendre qui pénétrera ton cœur, et un jour tu seras tout étonnée toi-même d’avoir oublié… ta mère qui t’aimait tant, et l’homme qui t’avait choisie comme la compagne sainte de sa vie.
– Gaston! murmura faiblement Edmée.
– Oui, Gaston! Comprends-tu? Et ce n’est pas ce que tu veux, n’est-ce pas; car tu l’aimes!
– Ma mère!…
– Tu l’aimes, te dis-je; et n’est-il pas digne de ton amour?
– Enfin, que me conseillez-vous? dit encore l’enfant tout étourdie de ce qu’elle entendait.
Miss Fanny ne lui laissa pas le temps de réfléchir.
– Les instants sont précieux, dit-elle; madame de Beaufort poursuit son but avec une vigilance implacable, et ton père, trop bon, ne soupçonne rien de ce qu’elle prépare. Il faut donc se hâter, car demain, peut-être, il sera trop tard, et l’on me fermera l’entrée de cette communauté d’où l’on t’aura arrachée toi-même.
– Vous m’effrayez!
– Tu as confiance en moi, n’est-ce pas? Tu sais que je ne te conseillerai rien qu’une mère ne puisse demander à sa fille!
– Que dois-je faire?
– Il faut fuir!
– Grand Dieu!…
– Déjà, peut-être, madame de Beaufort est-elle avertie; la pensée peut lui venir de profiter de cette nuit pour mettre à exécution le projet qu’elle a formé.
– Fuir! répéta Edmée avec un frisson… Mais songez donc!
– J’ai songé à tout! C’est aujourd’hui samedi. À minuit, pour se préparer à la célébration et à la communion du dimanche, toutes les sœurs et quelques pensionnaires, se rendront à la chapelle; tu t’y rendras, et je m’y trouverai aussi. Mais avant que l’office ne soit fini, nous aurons quitté la communauté.
– Et si l’on nous surprenait?
– Il n’y aura, à cette heure, aucune surveillance au dehors. Nous traverserons le verger sans être inquiétées, et Palmer nous attendra dans la maison que tu as pu remarquer en face de ta fenêtre.
– Oh! comme je vais avoir peur!
– Je n’ai pas voulu donner l’éveil en demandant une voiture, dont l’arrivée pendant la nuit aux abords d’un couvent pourrait paraître suspect. Nous partirons à pied, escortées de Palmer et de Gaston, et, en moins d’une demi-heure, nous aurons rejoint celui qui t’attend.
– Gaston!
– Tu consens, n’est-ce pas? Et demain, bien assurée qu’on ne pourra plus t’enlever à mon amour, Gaston et moi, nous irons trouver M. de Beaufort… ah! ne crains rien, car je jure, par ton bonheur même, que je ne ferai rien qui puisse le troubler dans sa sécurité. Est-ce convenu?
– Je ferai ce que vous voudrez.
– Et crois bien que tu n’auras rien à regretter.
Sur ces mots, miss Fanny embrassa tendrement Edmée, et s’éloigna à pas rapides pour regagner sa cellule.
Edmée s’était laissée tomber accablée sur une chaise, et elle resta une longue heure ainsi, repassant dans sa mémoire tout ce qui venait de se passer.
Le premier coup de minuit la trouva dans la même attitude recueillie et pensive.
V
Machinalement, quand elle entendit l’appel de la cloche, elle se leva et fit quelques pas vers la porte.
Elle entendait autour d’elle, dans les couloirs du couvent, un murmure de voix et de pas; les cellules s’ouvraient, se fermaient, et les sœurs allaient à pas lents vers la chapelle qui était située à l’extrémité de l’aile droite, et à laquelle on accédait par un étroit et long corridor, percé de meurtrières comme dans une véritable bastille.
Edmée jeta une mante sur ses épaules, couvrit ses cheveux d’un voile épais, et prit à son tour le chemin de la chapelle.
Il faisait une nuit noire et fraîche; en passant près des meurtrières, on percevait des bruits lointains, mais nulle des pieuses filles ne s’occupait de ce qui s’agitait au dehors, et elles ne songeaient qu’à l’office où elles se rendaient.
Edmée, elle, était profondément agitée.
Ce qu’elle allait faire, cette fuite à laquelle elle avait consenti l’effrayait maintenant plus qu’elle ne l’eût cru tout d’abord.