Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Veuillez rester, madame. Et comme la baronne ne s’arrêtait point, Edmée poursuivit:
– Nous avons changé de logement. Nous demeurons depuis trois mois et demi rue Notre-Dame de Nazareth, la seconde porte à gauche en entrant par la rue Saint-Martin.
Le bouton qui avait tourné déjà fit retour sur lui-même et la porte demeura fermée. Edmée continuait:
– Au fond de la cour: dans la maison qui donne, par ses derrières, sur les messageries du Plat-d’Étain.
Elle reprit haleine comme on fait par un effort violent. La baronne était immobile au-devant du seuil; on ne voyait point son visage, mais le corps aussi a sa physionomie révélatrice. L’apparence de Mme Schwartz trahissait un trouble subit. Il fallait qu’Edmée eût bien souffert, car l’azur sombre de ses yeux eut un rayon de cruel plaisir. Elle acheva:
– Au quatrième étage… Les fenêtres à rideaux bleus… Vous savez?
Mme Schwartz se retourna enfin, montrant sa belle figure si calme qu’un nuage où il y avait de la colère, mais aussi de l’espoir, passa sur le front d’Edmée.
– Oh! dut-elle penser, si je me trompais!
Et cela voulait dire avant tout: «Combien je voudrais me tromper!» Car le cœur d’Edmée valait mieux que sa beauté même.
– Vous savez!… murmura cependant Mme Schwartz, répétant la dernière parole prononcée. Comment saurais-je?
Puis, avec impatience et comme si elle eût déjà regretté cette question:
– Et que m’importe tout cela? demanda-t-elle.
Mais il était trop tard. Ces interrogations répétées donnaient un démenti au calme du visage. Le coup avait porté. Comment et pourquoi? Mme Schwartz, sans attendre, cette fois, la réponse, appela sur ses traits une expression de douce pitié pour dire à demi-voix:
– Pauvre enfant! j’oubliais!… Ce qui, littéralement, signifiait:
– Elle divague! ayons compassion!
Les yeux ardents d’Edmée, fixés sur ses yeux, semblaient maintenant lire un livre ouvert.
– Madame, reprit-elle doucement et avec toute sa tristesse revenue, quand j’entrai pour la première fois dans votre maison, j’étais presque une enfant et je faisais grande attention aux objets de toilette. Jamais je n’avais vu de femme si belle, si élégante, si riche ni si simple que vous. Il s’est trouvé que bientôt j’ai connu chaque pièce de votre parure habituelle aussi bien que si ces choses eussent été à moi. Les jeunes filles sont ainsi, les jeunes filles pauvres. Entre mille boutons de diamants j’aurais distingué les brillants superbes qui jamais ne quittent vos oreilles.
Ici, Edmée jeta un regard oblique vers le portrait. Mme Schwartz suivit ce regard et traduisit fidèlement la pensée qu’il exprimait en disant:
– Depuis la naissance de Blanche, époque à laquelle mon mari me fit ce présent, je n’ai jamais porté autre chose, même au bal.
– Je savais cela, madame, répliqua la jeune fille, et j’ai dû penser qu’il vous peinerait d’en être privée.
Mme Schwartz ouvrit de grands yeux.
Puis, mais pas assez vite peut-être, elle porta brusquement la main à ses oreilles. Edmée avait atteint sa bourse et y prenait ce petit papier qui enveloppait un objet gros comme un grain de maïs.
– Vous m’avez fait peur! murmura Mme Schwartz qui essaya de sourire.
– Mais vous voici rassurée, sans doute! prononça la jeune fille avec un sarcasme si amer qu’un rouge violent remplaça la pâleur de la baronne.
D’un geste rapide, et assurément involontaire, elle releva l’un de ses bandeaux, montrant ainsi le bouton qui brillait à son oreille.
– Et l’autre! demanda la voix froide d’Edmée.
La baronne hésita et la colère fit trembler ses lèvres qui étaient livides.
Cependant, au lieu d’appeler ses valets et de châtier comme elle le pouvait cette extravagante insolence, elle garda son sourire et souleva le second bandeau en disant:
– Je ne vous en veux pas, mademoiselle.
– Madame, répondit Edmée d’un ton lent, net, aigu comme la pointe d’un poignard, cet autre vous a coûté six mille francs et vous aurez désormais trois boutons d’oreilles.
En même temps, elle déplia l’enveloppe, pour montrer, dans le creux de sa main, un bouton tout semblable à ceux de la baronne, et ajouta:
– Voici le motif vrai de ma visite, madame. Les pauvres ne songent jamais du premier coup aux ressources des riches: je vous croyais dans l’embarras depuis trois mois, et c’est ici ma première sortie.
La baronne était immobile comme une statue.
Edmée déposa le diamant sur une console, salua et se dirigea vers la porte d’un pas ferme.
Dans la cour du château, la cloche appela le dîner à toute volée et l’horloge sonna sept heures et demie.
La baronne fit un pas comme pour s’élancer après Edmée. Elle s’arrêta et chancela. Dans l’escalier, la voix du baron Schwartz disait avec un joli accent alsacien:
– À table! heure militaire! Prévenir ces dames! La baronne porta les deux mains à ses yeux, aveuglés par des éblouissements. À l’étage au-dessus, le piano de Blanche lançait des fusées de notes. Au-dehors, la grille s’ouvrit, puis se referma bruyamment.
Il faisait presque nuit, mais le diamant brillait sur la console, concentrant les rayons épars du crépuscule.
– Elle est partie! pensa tout haut la baronne. Que lui ai-je fait? D’une main convulsive elle saisit le diamant, comme si ses feux l’eussent blessée. Son regard était fixe et vitreux. Elle ne bougeait pas, bien que la voix de son mari la fît tressaillir. Le piano de Blanche se tut. Un pas léger descendit l’escalier, et Blanche elle-même, une rose vivante, fit irruption dans le salon.
– Mère! s’écria-t-elle. Es-tu là?… sans lumière?… Que m’a-t-on dit? Edmée est venue? Dîne-t-elle avec nous? Où donc est-elle?
Vingt questions valent mieux qu’une pour les personnes troublées.
– Ne faisons pas attendre ton père, répondit seulement Mme Schwartz.
Quand les lumières de la salle à manger éclairèrent son visage, vous eussiez admiré avec quelle possession d’elle-même, comme disent les Anglais, Mme Schwartz avait reconquis les apparences du calme le plus parfait. C’était un intérieur un peu patriarcal; elle donna, devant tout le monde, son front au baiser de son mari, grondeur, défiant, despote, mais esclave, et lui dit, répondant ainsi d’un seul coup aux diverses questions de Blanche:
– C’est cette petite Edmée… Mlle Leber… Elle n’a pas voulu rester pour nous faire ses adieux.
– Ses adieux? répéta le baron… Et Blanche, tout à coup triste:
– Elle nous quitte?
Mme Schwartz s’assit à sa place au centre de la table, et ajouta négligemment:
– Elle part pour l’Amérique.
– Désintéressement de l’artiste! dit M. Schwartz. Jolie, cette petite, très jolie. Alouettes toutes rôties, là-bas, à ce qu’elles croient… Bon, le potage… Reviendra vieille et sans le sou. Comique!
L’accent allemand de cet habile financier donnait à ces façons de parler elliptiques, dont il ne se départait guère, une très agréable saveur.
Blanche aurait bien voulu interroger; mais, autour de cette table, il n’y avait qu’elle pour s’intéresser à Edmée Leber.