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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Agnès, cesse de nous percer les tympans ! Ta sœur ne lui fera aucun mal.

Blackie se pelotonna contre son épaule et tenta de lui lécher la joue.

— Agnès, les chiens ne vont pas à cheval. Il finira par étouffer, dans cette sacoche.

— Je peux le tenir dans mes bras, proposa la fillette. Il voulait tant monter sur Sarrasin.

— Il vient de faire une belle promenade, et il en fera une autre pour retourner aux écuries.

Il essayait de mordiller son oreille. Elle le confia à Rosemonde, qui le prit à nouveau par la peau du cou.

— C’est encore un bébé, Agnès. Il doit retourner dormir près de sa mère.

— Le bébé, c’est Agnès ! lança Rosemonde, avec tant de hargne que Kivrin s’inquiéta pour l’animal. Emmener un chiot à cheval, je vous demande un peu ! Et à cause d’elle nous allons perdre un temps précieux pour le ramener là-bas. Je suis impatiente de me marier, pour ne plus avoir à endurer les caprices d’une enfant en bas âge !

Elle monta sur sa jument en tenant le chiot par le cou mais, sitôt en selle, elle l’emmitoufla avec tendresse dans un pli de son manteau et le serra contre sa poitrine. Elle saisit les rênes d’une seule main et fit demi-tour.

— Le père Roche doit être loin, à présent, grommela-t-elle avant de partir à bride abattue.

Kivrin craignait qu’elle n’eût raison. Leurs cris avaient dû réveiller tous les morts du cimetière mais le prêtre ne s’était pas manifesté. Elle prit malgré tout la main d’Agnès et se dirigea vers l’église.

— Rosemonde est méchante.

Bien qu’elle ne pût lui donner tort, Kivrin s’abstint de tout commentaire.

— Et je ne suis pas un bébé, ajouta Agnès.

Qui la regarda dans l’espoir d’en obtenir confirmation.

Kivrin lui refusa également cette satisfaction et poussa la lourde porte pour regarder à l’intérieur de l’église.

La nef était plongée dans la pénombre et la grisaille du jour ne traversait pas les étroits vitraux, mais le rai de clarté qui pénétrait entre les battants lui révélait que les lieux étaient déserts.

— Peut-être est-il dans le chœur, suggéra Agnès.

Elle s’avança, fit une génuflexion, se signa et regarda derrière elle.

Kivrin ne voyait aucun cierge allumé sur l’autel, mais Agnès ne s’estimerait satisfaite qu’après avoir visité toute l’église. Kivrin alla manifester sa dévotion près d’elle puis l’accompagna vers le jubé. Les bougies placées devant sainte Catherine avaient été mouchées. Elle sentait l’odeur âcre du suif et de la fumée. Elle se demanda si le prêtre les avait éteintes parce qu’il allait s’absenter. Les incendies étaient dévastateurs, même dans les bâtiments en pierre, et il n’y avait pas de soucoupes où les cierges pouvaient brûler en toute sécurité.

Agnès atteignit le jubé, colla son visage au bois ajouré et cria :

— Père Roche !

Elle se tourna aussitôt pour suggérer :

— Il est peut-être dans le presbytère ?

Elle ressortit en courant et Kivrin la suivit jusqu’à la maison la plus proche. Une hutte aussi délabrée que la masure où elle avait pris du repos, et guère plus grande. Les prêtres étaient censés recevoir la dîme sur les récoltes et les bêtes, mais il n’y avait dans la petite cour que quelques poulets squelettiques et moins d’une brassée de bois.

Agnès martela de ses poings une porte branlante puis se tourna et dit :

— Il doit être dans le clocher.

— J’en doute.

Elle prit sa main pour l’empêcher de repartir en courant. Elles revinrent vers le portillon du cimetière.

— Le père Roche ne sonnera pas les cloches avant les vêpres.

— En êtes-vous sûre ? demanda Agnès qui inclina la tête pour tendre l’oreille.

Kivrin prit conscience que la cloche du Sud-Ouest s’était tue. Elle avait tinté sans interruption pendant sa pneumonie mais elle ne se souvenait pas l’avoir remarquée depuis.

— Vous avez entendu, Dame Kivrin ?

Elle dégagea sa main et fila non vers le clocher mais vers l’extrémité nord de l’église.

— Vous voyez ? cria-t-elle en tendant le doigt. Il est là.

Elle ne désignait pas le prêtre mais son âne qui broutait l’herbe dépassant de la neige. Il avait une longe et sur son dos des sacs de toile vides certainement destinés à recevoir le houx et le lierre.

— Il doit être dans le clocher, insista Agnès.

Elle repartit en courant vers leur point de départ.

Kivrin la suivit et la vit disparaître à l’intérieur de la tour. Elle attendit et se demanda où elles pourraient encore chercher. Peut-être était-il au chevet d’un malade, dans une des cabanes.

Derrière un vitrail, une lueur attira son regard. Peut-être était-il revenu pendant qu’elles s’intéressaient à son âne. Elle poussa la porte. Un cierge avait été allumé devant sainte Catherine. Elle discernait son halo.

— Père Roche ? appela-t-elle doucement.

Pas de réponse. Elle entra et laissa le battant se refermer derrière elle.

La bougie était posée entre les pieds massifs de la statue. Son visage aux traits à peine esquissés était plongé dans l’ombre et surplombait de façon protectrice l’adulte miniature qui était censée représenter une petite fille. Elle s’agenouilla et prit la chandelle. On venait de l’allumer. Le suif n’avait pas eu le temps de fondre autour de la mèche.

Kivrin parcourut les lieux du regard. Elle ne vit rien. La flamme éclairait le sol et la coiffe cubique de la sainte mais laissait tout le reste dans les ténèbres.

Elle s’avança de quelques pas, la bougie à la main.

— Père Roche ?

Tout était aussi silencieux que dans les bois, lors de son arrivée en ce siècle. Trop silencieux, comme si quelqu’un se dissimulait à côté du tombeau ou derrière un des piliers.

— Père Roche ? Êtes-vous là ?

Pas de réponse. Le bandit de grand chemin n’était qu’un fruit de mon imagination, se dit-elle. Elle fit d’autres pas dans la pénombre. Il n’y avait personne près du caveau où l’époux d’Imeyne gisait, les mains croisées sur sa poitrine et l’épée contre son flanc, ni à côté de la porte qu’elle pouvait à présent discerner.

Son cœur s’emballait et ses battements devaient couvrir les bruits de pas et les sifflements de la respiration de l’intrus. Elle se tourna brusquement, et la petite langue de feu de la bougie dessina un arc igné dans les airs.

Il était derrière elle. La chandelle manqua s’éteindre. La flamme s’inclina, vacilla. Puis elle se redressa et illumina la face du coupe-jarret.

— Que voulez-vous ? demanda Kivrin.

Le souffle lui manquait, au point que ses paroles étaient presque inaudibles.

— Comment êtes-vous entré ici ?

Le brigand ne répondit pas. Il se contentait de la dévisager, comme dans la clairière. Je n’ai pas rêvé, comprit-elle avec frayeur. Il s’était approché d’elle pour… quoi ? La dépouiller ? La violer ? Elle n’avait dû son salut qu’à l’arrivée de Gawyn.

Elle recula d’un pas.

— Que voulez-vous ? Qui êtes-vous ?

Elle venait de s’exprimer en anglais moderne. Elle entendait ses paroles résonner sous la voûte de pierre. Oh, non ! pensa-t-elle. Mon Dieu, faites que l’interprète ne me lâche pas.

— Pourquoi êtes-vous venu ici ? fit-elle.

Elle s’exprimait plus lentement, et elle s’entendit demander :

— Que me volez vos ?

Il tendit la main vers ses cheveux, une main énorme et sale, une main d’assassin.

— Allez-vous-en ! ordonna-t-elle.

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