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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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(Pause)

Je suis retournée dans les écuries (après m’être assurée que Maisry était dans la cuisine), mais Gawyn avait disparu. De même que son cheval, Gringolet. J’ai vu mes malles et ce qui subsiste du chariot. Il a dû faire une douzaine de voyages pour tout apporter. J’ai dressé un inventaire, et il manque la cassette. J’espère qu’il ne l’a pas vue et qu’elle est toujours là où je l’ai laissée, au bord de la route. Le tapis de blancheur qui recouvre toute chose doit la dissimuler mais le beau temps est revenu et le soleil ne tardera guère à faire fondre la neige.

15

Elle attribua la rapidité de son rétablissement à un brusque regain d’activité de son système immunitaire. Un matin, respirer n’était plus douloureux et la blessure de son front s’était effacée comme par magie.

Imeyne l’examina avec suspicion. Elle semblait mettre en doute la réalité de cette entaille.

— Remerciez Dieu qu’il vous ait guérie le jour du Sabbat, dit-elle en s’agenouillant à côté du lit.

Elle prit le reliquaire d’argent entre ses paumes — comme l’enregistreur, pensa Kivrin — pour réciter un Pater.

— Je regrette de n’avoir pu vous accompagner à la messe, dit Kivrin.

Imeyne renifla.

— Je vous croyais malade, fit-elle en accentuant le dernier mot. Et l’office laissait à désirer.

Elle se lança dans une énumération des négligences du père Roche. Il avait lu les Évangiles avant le Kyrie, son aube était maculée de cire et il avait sauté un passage du Confiteor. Exprimer ce qu’elle avait sur le cœur dut la soulager car avant de sortir elle tapota la main de Kivrin et lui dit :

— Vous n’êtes pas totalement rétablie. Reposez-vous un jour de plus.

Kivrin en profita pour enregistrer ses observations. Elle décrivit le manoir, le village, et sa population. L’intendant, un homme brun fortement charpenté gêné aux entournures par son justaucorps du dimanche, lui apporta un bol de la décoction amère que préparait son épouse. Un garçon de l’âge de Rosemonde vint annoncer à Eliwys que sa jument s’était luxé une patte antérieure. Mais le prêtre ne vint pas.

— Il est allé confesser le garçon de ferme, lui expliqua Agnès.

Cette enfant était une mine de renseignements. Elle répondait sans se faire prier à toutes les questions, même lorsqu’elle ignorait les réponses. Sa sœur aînée, qui se considérait déjà comme une adulte, était moins prolixe.

— Agnès, tu manques vraiment de maturité. Tu dois apprendre à tenir ta langue, répétait-elle souvent.

Des commentaires qui n’avaient aucun effet sur sa cadette. Rosemonde parlait de ses frères et de son père, qui leur avait promis de les « rejoindre pour Noël ». Il était évident qu’elle l’adorait et qu’il lui manquait.

— J’aimerais être un garçon, déclara-t-elle pendant qu’Agnès exhibait le penny d’argent offert par Messire Bloet. Je serais restée à Bath, avec père.

Ces confidences et les conversations d’Eliwys et d’Imeyne permirent à Kivrin de mieux connaître le village. S’il s’agissait bien de Skendgate, l’agglomération était moins importante que ne l’estimeraient les Probabilités. Elle ne comptait qu’une quarantaine d’habitants, avec les familles de Messire Guillaume et de l’intendant qui avait à lui seul cinq enfants en plus du nourrisson.

Il y avait deux bergers et plusieurs fermiers, mais c’était « le plus pauvre des domaines de Guillaume », déclara Imeyne qui se plaignait à nouveau de devoir y passer les fêtes. L’épouse de l’intendant était l’arriviste locale et Maisry appartenait à une famille de bons à rien. Kivrin prenait note de tout, statistiques et commérages, en feignant de prier à la moindre occasion.

La neige qui s’était mise à tomber pendant qu’on la reconduisait au manoir ne s’arrêta qu’en fin d’après-midi le jour suivant. La pluie la remplaça, et Kivrin espéra qu’elle ferait fondre la couche de trente centimètres, mais l’eau se contenta de former une pellicule de glace à sa surface.

Sans le chariot et les malles, elle craignait de ne pouvoir reconnaître la clairière. Elle voulait demander à Gawyn de la conduire là-bas, mais il ne venait au manoir que pour prendre ses repas ou des instructions. Et comme Imeyne était toujours présente, elle n’osait lui adresser la parole.

Elle emmena les filles se promener dans la cour et le village. Elle espérait le rencontrer, mais elle ne le vit ni dans la grange ni dans les écuries. Gringolet avait également disparu. Elle se demandait s’il ne recherchait pas ses assaillants en dépit du veto d’Eliwys quand Rosemonde lui apprit qu’il était allé chasser.

— Nous mangerons de la venaison pour Noël, affirma Agnès.

Nul ne se préoccupait de savoir où elle emmenait les enfants, ni de la durée de leurs absences. Lorsqu’elle sollicitait la permission de les conduire aux écuries, Dame Eliwys se contentait de hocher distraitement la tête et Imeyne ne disait même pas à Agnès de fermer son manteau ou d’enfiler ses mitaines. Le fait d’avoir trouvé une gouvernante les dégageait de leurs responsabilités.

Elles s’affairaient à préparer Noël. Eliwys avait envoyé toutes les femmes du village aux cuisines. Les deux porcs furent égorgés et la moitié des pigeons tués et plumés. Il y avait dans la cour des plumes et l’odeur du pain chaud.

Kivrin savait qu’au XIVe siècle on fêtait Noël en organisant des festins, des jeux et des danses pendant deux semaines, mais elle était surprise de constater que Dame Eliwys respectait la coutume en de telles circonstances. Elle semblait convaincue que son époux la rejoindrait avant la Nativité, comme promis.

Imeyne supervisait le nettoyage de la grande salle et bougonnait constamment. Dans la matinée, elle avait fait mander l’intendant et un paysan afin qu’ils décrochent du mur les lourds plateaux et les posent sur des tréteaux. Maisry et une femme au cou marqué par les cicatrices blanches des écrouelles se chargèrent ensuite de les récurer avec du sable et des brosses.

— Nous n’avons pas de lavande, fit remarquer Dame Imeyne à sa bru. Et il nous faudrait d’autres joncs pour couvrir le sol.

— Nous nous contenterons de ce que nous avons, répondit Eliwys.

— Nous manquons de sucre et de cannelle. Les provisions abondent, à Courcy, et nous y serions les bienvenues.

Kivrin, qui aidait Agnès à enfiler ses bottes, releva la tête, inquiète.

— Courcy n’est qu’à une demi-journée de voyage, insista Imeyne. L’aumônier de Dame Yvolde dira la messe, et…

Agnès jugea le moment opportun pour déclarer :

— Mon poney s’appelle Sarrasin.

Ce qui empêcha Kivrin d’entendre la fin de la phrase.

Elle aurait dû se rappeler que pendant la période de Noël les nobles se rendaient des visites. Ils partaient avec toute leur maisonnée et restaient absents jusqu’à l’Épiphanie. S’ils allaient à Courcy, ils y seraient encore le jour du rendez-vous.

— Père l’a appelé Sarrasin parce qu’il n’est pas chrétien comme nous, précisa Agnès.

— Messire Bloet se sentira offensé lorsqu’il apprendra que nous avons séjourné ici sans daigner passer le voir, insistait Imeyne. Les noces pourraient en être compromises.

Rosemonde interrompit ses travaux de couture pour déclarer :

— Nous ne pouvons pas aller à Courcy. Père a promis d’être de retour pour Noël. Il sera mécontent si nous ne sommes pas là à son arrivée.

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