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Marianne, une étoile pour Napoléon

Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:

La vie prodigieuse de Marianne d'Asselnat de Villeneuve commence en Angleterre, dans le paisible domaine de sa tante Ellis Selton qui l'a recueillie après la mort de ses parents, guillotinés sous la Terreur. Son adolescence prend fin brutalement le jour même où elle épouse le beau Francis Cranmere dont elle est secrètement éprise depuis longtemps. Au cours d'une nuit de noces effroyable elle perd à la fois son amour, sa fortune et sa sécurité. Marianne doit fuir, abandonner tout ce qu'elle aime, revenir en France où règne l'homme qu'on lui a appris à haïr jour après jour : Napoléon.
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Il allait partir, il allait quitter Paris, la laissant là dans cette maison antipathique ! Une amertume s'infiltra en Marianne. Elle découvrait qu'elle s'était étonnamment vite accoutumée à ce compagnon rassurant, solide, et dont la loyauté ne pouvait faire de doute. Peut-être parce qu'il lui rappelait Black Fish. Il allait la laisser à son destin pour reprendre sa propre route et, demain, avant peut-être, il l'aurait oubliée ! Elle comprenait, instinctivement, que cet homme était un être rare. Il sentait le grand air, la liberté, la joie de vivre, tandis qu'en considérant l'étroit visage blême de Fouché elle ne pouvait s'empêcher d'évoquer, Dieu seul savait pourquoi, le clair-obscur des chapelles, les voix chuchotantes, les fumées de l'encens et les secrets difficiles. Plus tard, en apprenant que Fouché avait débuté dans les ordres et enseigné à l'Oratoire de Nantes, elle devait se rappeler cette impression et la comprendre mieux. D'un geste spontané, elle tendit les deux mains à l'ami qui partait, s'efforçant de retenir ses larmes de déception.

— Merci pour tout ! Et, je vous en prie, écrivez-moi !

Il eut un brusque sourire, serra ses mains tendues à la faire crier.

— Je vous le promets ! Vous me pardonnerez seulement d'écrire si mal ! Je ne suis pas un homme de plume mais, pour vous, je ferais des choses plus difficiles encore ! Appelez-moi si vous avez besoin de la moindre chose. J'accourrai !

Posant un baiser rapide sur les doigts soudain glacés de Marianne, il ramassa sa canne et sortit sans se retourner, suivi par le regard indéchiffrable de Fouché qui, à peine la porte refermée, soupira :

— Eh bien ! ma chère, voilà du dévouement à l'état pur. Mes félicitations ! C'est un gros poisson que Surcouf, un poisson difficile à décrocher surtout ! J'ai cru ne jamais parvenir à l'arracher de vous. Mais, puisque c'est enfin chose faite, nous allons pouvoir parler sérieusement, vous et moi.

— N'avons-nous pas parlé sérieusement jusqu'ici ?

— Oui et non.

Tout en parlant, Fouché agitait une sonnette placée sur son bureau. Un petit homme jaune, à la poitrine creuse, tout vêtu de noir, entra, un portefeuille sous le bras, et vint dire quelques mots à l'oreille du ministre. C'était Maillocheau, son secrétaire.

— C'est bon, dit Fouché. Faites-le entrer à côté. J'y vais tout de suite.

S'excusant poliment de devoir abandonner un instant la visiteuse, il passa dans la pièce voisine, dont il laissa la porte ouverte, assez largement d'ailleurs, pour que Marianne pût voir une partie de cette pièce, un petit salon simplement meublé. Elle n'y prêta d'abord que peu d'attention. Le visiteur que Fouché entendait recevoir si vite ne l'intéressait pas. Sans doute quelque histoire policière, un malfaiteur à interroger peut-être ? On entendait, en effet, des pas pesants et aussi un froissement de chaînes. L'homme devait être attaché. Avec un frisson, Marianne voulut détourner les yeux de la porte, regarder vers la fenêtre, mais Fouché parlait... et ce qu'il disait captiva bientôt la jeune fille.

— Vous êtes le baron Hervé de Kerivoas, n'est-ce pas ?

— En effet !

— Vous êtes aussi un Chouan connu sous le nom de Morvan ! Votre manoir breton a jadis servi de relais entre les insurgés et le Comité de Londres. Plus récemment, Armand de Châteaubriant avait trouvé asile chez vous.

L'homme ne répondait pas, muré dans un silence qu'il n'allait plus quitter. Mais Marianne s'était levée et, tout doucement, s'était approchée de la porte. Il ne lui fallut que deux pas pour voir en pleine lumière l'homme enchaîné. C'était bien la silhouette de Morvan, sanglée cette fois dans un frac vert, des culottes de tricot gris clair, collantes, et qui s'enfonçaient dans des bottes à revers. Mais, ce visage, elle ne l'avait jamais vu.

C'était un visage terrible, labouré sur tout un côté par une profonde cicatrice qui mangeait une joue, étirait l'un des yeux, se perdant dans les cheveux que Marianne découvrait, avec étonnement, courts, blonds et bouclés. Les cadenettes brunes dont elle avait gardé le souvenir étaient sans doute une perruque. Elle ne retrouvait rien de l'homme qui l'avait tenue captive, sinon la forte bouche au pli narquois et l'éclat trop brillant des yeux.

Morvan paraissait parfaitement calme. Debout en face de Fouché, gardant ses mains enchaînées croisées devant lui, il considérait son interlocuteur d'un air de complet ennui, comme s'il eût été contraint d'assister à un événement qui ne le concernait pas.

— Pourtant, continua Fouché, ce n'est pas pour fait de chouannerie que vous avez été arrêté et conduit à Vincennes où vous êtes, je crois, depuis quatre jours ?

Morvan s'inclina sans répondre.

— Vous avez été dénoncé comme chef d'une bande de naufrageurs opérant sur les côtes de Paganie. Avez-vous quelque chose à dire là-dessus ?

Toujours pas de réponse. Morvan se contenta de hausser les épaules. Le silence qui suivit parut lourd à Marianne. Une voiture, roulant sur le quai, le rompit à peine. Elle n'y prêta d'ailleurs pas attention. Elle regardait le visage du naufrageur, s'étonnant de lui trouver tant de fierté. Morvan lui semblait plus noble entre ces deux gendarmes et les menottes aux mains que sous son masque noir au milieu de la plage battue par la tempête.

A nouveau, il y eut la voix froide du ministre :

— Vous préférez vous taire ? A votre aise ! Ramenez-le à son cachot. Les juges en tireront peut-être quelque chose.

Marianne ne vit pas partir Morvan. Elle n'eut que le temps de regagner son siège. Fouché rentrait. La porte fut refermée. Le policier s'octroya une prise de tabac qu'il fit durer un moment. Marianne, mal à l'aise, mal remise de son émotion aussi, sentait sur elle le poids de son regard sans parvenir à trouver le courage de l'affronter. Depuis que Surcouf avait quitté la pièce, elle se sentait seule et désarmée. La vue de Morvan avait achevé de la désorienter. Elle entendit Fouché qui disait :

— Bien ! Maintenant, à nous deux. Tout d'abord, reprenez ceci.

Fouillant dans un tiroir de son bureau, Fouché en tira un paquet de choses brillantes qu'il posa sur la table. Avec stupeur, Marianne reconnut son collier de perles et le médaillon contenant les cheveux de la Reine.

Comme elle les contemplait sans rien trouver à dire, sans même songer à les prendre, Fouché se mit à rire.

— Remettez-vous, voyons ! C'est bien à vous, n'est-ce pas ?

— Mais... oui ! Comment les avez-vous eus ?

— Sur le gentilhomme que vous venez de voir entre deux gendarmes. Car vous l'avez bien vu, n'est-ce pas ? En fait, je ne l'ai fait tirer de son cachot de Vincennes que pour vous le montrer. Je savais déjà qu'il est à peu près impossible d'en tirer deux paroles. J'ajoute qu'il ne rentrera pas à Vincennes !

— Pourquoi ?

— Parce qu'il va s'évader durant le voyage de retour... avec notre aide bienveillante.

Cette fois, Marianne sentit qu'elle perdait pied. La nuit qui tombait lui dérobait peu à peu les traits de l'ancien oratorien, mais elle sentait toujours son regard sur elle et elle devinait qu'il souriait. Ce sourire accrut la peur qui montait et ce fut d'une voix décolorée qu'elle demanda :

— Vous allez le laisser fuir ? Ce naufrageur ? Mais pourquoi ?

— Parce qu'il m'est plus utile libre que prisonnier. Au fait, il vaudra mieux, pour vous, éviter de le rencontrer : il croit avoir été dénoncé par une jeune femme envoyée de Londres par le Comité royaliste.

Marianne se sentit pâlir. Fouché ajouta :

— Ne vous tourmentez cependant pas outre mesure ! Tant que je serai là pour vous protéger, vous n'aurez rien à craindre. Je sais toujours tout... et je peux tout ! Pour être en sûreté, il vous suffira d'agir avec circonspection et uniquement sur mes directives !

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