Marianne, une étoile pour Napoléon
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:
Les mains toujours nouées au dos, Fouché avait commencé une lente promenade à travers la pièce, attendant le récit de la jeune fille. Comme rien ne venait, il s'arrêta devant elle et, se penchant légèrement :
— Alors ? fit-il d'un ton sarcastique, ça vient ? Pour un peu, vous auriez expédié les dignes sœurs en pleine nuit dans les rues pour me faire chercher et, maintenant que je suis là, vous ne sonnez plus mot. Faut-il que je vous aide ?
Marianne leva sur lui un regard plein d'appréhension.
— Si cela ne vous ennuyait pas, j'aimerais bien, fit-elle, sincère. Je ne sais pas où commencer.
Cet aveu ingénu arracha un sourire au ministre. Tirant une chaise, en face de la prisonnière, il s'installa dessus.
— Soit ! Je veux bien admettre qu'à votre âge on n'est pas encore très rompue aux interrogatoires policiers. Comment vous appelez-vous ?
— Marianne, Anne, Elisabeth d'Asselnat de Villeneuve.
— Donc, vous êtes une émigrée. C'est grave !
— J'avais quelques mois seulement quand, après la mort sur l'échafaud de mes parents, on m'a conduite en Angleterre, chez ma tante, la seule parente proche qui me restait. Est-on vraiment une émigrée dans ce cas ?
— Le moins que l'on puisse dire est que vous n'étiez pas émigrée de votre propre volonté. Continuez. Racontez-moi toute votre histoire !
Cette fois, Marianne n'hésita pas un instant. Nicolas lui avait recommandé la plus entière franchise envers le duc d'Otrante. Certes, il s'était bien chargé, dans sa lettre, de le mettre au courant de la situation, mais puisque ladite lettre était demeurée au Compas d'Or et, peut-être perdue, il valait mieux faire une entière confession. Ce qu'elle fit.
Lorsqu'elle eut terminé, elle eut la surprise de voir son interlocuteur fouiller dans sa poche et en tirer un papier qu'elle reconnut aussitôt. C'était la lettre de Black Fish. Avec un demi-sourire, Fouché l'agita au bout de ses longs doigts maigres.
— Mais, fit Marianne suffoquée. C'est ma lettre ! Pourquoi m'avoir obligée à tout vous dire puisque vous saviez déjà ?
— Pour voir si vous me mentiriez. L'examen a été satisfaisant, jeune dame, puisque j'avais déjà lu ceci.
— Oh ! fit la jeune fille. Je comprends. Les gendarmes ont dû fouiller ma chambre. Ils ont trouvé cette lettre et vous l'ont donnée.
— Ma foi non ! Ils n'y avaient pas pensé. Ne leur en veuillez pas. Plus simplement, votre bagage m'a été apporté au ministère, dès les premières heures du jour par quelqu'un qui avait assisté à votre arrestation et s'en montrait indigné.
— Ce bon M. Bobois ! Comme c'est aimable à lui ! Il n'a rien dû comprendre et...
— Cessez donc de jouer aux propos interrompus ! Qui vous parle de Bobois, jeune dame ? Jamais il ne se serait risqué à l'esclandre auquel s'est livré votre chevalier servant, qui a osé pénétrer jusque dans ma chambre à coucher. Pour un peu, ce diable d'homme m'aurait sorti du lit ! Il est vrai qu'il se sentait un peu responsable de votre arrestation.
La curiosité de Marianne ne résista pas à ce discours, pour elle totalement incompréhensible. Oubliant sa condition de prisonnière et à qui elle avait affaire, elle s'écria :
— Pour l'amour du ciel, monsieur le Ministre, veuillez à votre tour cesser de jouer aux devinettes avec moi. Je ne comprends pas un traître mot de ce que vous me dites. Qui a plaidé ma cause ? Qui est venu faire scandale chez vous ? Qui a voulu vous tirer de votre lit ?
Fouché sortit une tabatière de son gousset, prit une pincée de tabac, la renifla avec volupté, puis, déclara enfin d'une voix aimable :
— Qui ? Mais Surcouf, voyons ! Il n'y a qu'un corsaire pour oser prendre un ministre à l'abordage.
— Mais, je ne le connais pas ! balbutia la jeune fille stupéfaite de voir une fois de plus surgir dans sa vie cet inconnu qui semblait, décidément, faire beaucoup de bruit dans le monde.
— Lui non plus, mais il paraît que vous avez fait sur lui une impression d'autant plus forte que, d'après ce que j'ai pu comprendre, c'est l'un de ses hommes qui vous a dénoncée.
— En effet. Cet homme était un évadé des pontons de Plymouth. Il a fait le voyage, et le naufrage, avec moi et n'a jamais voulu admettre que je n'étais pas un agent des princes.
Malgré les promesses faites à Black Fish, elle s'abstint tout de même de mentionner l'épisode de la grange, pensant avec quelque raison que cela n'intéressait pas la police.
— Il y a, comme' cela, des gens à idées fixes, commenta Fouché d'un ton bonhomme.
Il s'administra une nouvelle prise, puis soupira :
— Bien ! Ceci posé, il vous reste à me communiquer le message verbal de Mallerousse. J'espère que vous vous en souvenez ?
— Mot pour mot ! Voici : « Les anciens complices de Saint-Hilaire, Guillevic, Thomas et La Bonté ont débarqué dans le Morbihan et se sont dirigés vers Plœrmel. On pense généralement qu'ils viennent chercher l'argent caché par Saint-Hilaire, mais peut-être n'est-ce pas leur but réel. »
A mesure qu'elle parlait, Marianne voyait se froncer les sourcils de Fouché, se plisser son front. Il s'était levé et s'était remis à arpenter la pièce. La jeune fille, inquiète, l'entendit mâchonner quelques paroles qui traduisaient une certaine mauvaise humeur.
Finalement, il déclara, mécontent :
— Il faut que Mallerousse ait une fière confiance en vous pour vous avoir confié une information de cette importance ! Je frémis en pensant à ce qui aurait pu vous arriver en route !
— C'est si important que cela ?
Le regard perçant du ministre s'attacha à celui de la jeune fille, comme s'il cherchait à en sonder les profondeurs.
— Plus encore que vous ne pensez... et votre question me prouve que vous n'êtes vraiment attachée d'aucune façon au Comité de Londres, sinon vous connaîtriez les personnages en question. Quoi qu'il en soit, je vous remercie. Vous pouvez aller vous habiller.
— M'habiller ? Mais avec quoi ? et pour quoi faire ?
— Avec vos vêtements qui sont là, derrière ce paravent. Inutile de vous dire que vous êtes libre, mais je désire que vous quittiez la prison discrètement. Aussi, habillez-vous vite, je vous emmène. Je vais chercher la Mère Supérieure.
Marianne ne se le fit pas dire deux fois. Elle se précipita derrière le paravent, une haute chose couverte de cuir noir verdi, cloutée de cuivre et, avec une hâte joyeuse, se débarrassa de son costume de détenue. Elle ne l'avait pas porté longtemps, mais assez pour qu'il lui fît horreur, et ce fut avec un profond sentiment de délivrance, un grand bien-être, qu'elle retrouva sa chemise fine, sa robe amarante, son manteau douillet et son joli chapeau. Il n'y avait pas le moindre miroir, dans cette pièce lugubre, mais Marianne n'en était plus là. L'important, c'était de redevenir elle-même au plus vite !