Marianne, une étoile pour Napoléon
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:
— Ah, vraiment ? C'est ce que nous allons voir.
Et, empoignant Marianne par le bras, Surcouf fonça sur la double porte qui défendait le bureau de Fouché.
Celui-ci était là, assis auprès d'un buste en marbre représentant quelque empereur romain couronné de lauriers, du moins Marianne en jugea-t-elle ainsi. La pièce était petite, d'une simplicité contrastant fort avec l'importance des fonctions de son occupant. Le mobilier se composait d'une vaste table encombrée de dossiers, de classeurs, de trois ou quatre chaises très raides et d'une armoire. Quant à Fouché lui-même, il dégustait à petits coups une infusion qu'un laquais venait de lui servir. L'entrée en trombe de Surcouf le fit sursauter.
— Apparemment, vous n'avez pas envie de me recevoir, citoyen ministre ! vociféra le corsaire en traînant Marianne jusqu'à l'une des affreuses chaises. Expliquez-moi donc pourquoi ?
Fouché qui s'était étranglé, puis brûlé les doigts en renversant une partie de sa tisane, mit quelques instants à reprendre son souffle. Tandis que le valet épongeait avec empressement sa cravate et ses manchettes, il repoussa la tasse avec humeur.
— Pour l'amour du ciel, mon cher baron, quand donc perdrez-vous cette détestable habitude de faire irruption chez les gens à la manière d'un raz de marée ?
— Quand les gens en question seront polis avec moi ! Pourquoi m'avez-vous fait interdire votre porte ?
— Mais je ne vous ai pas fait interdire ma porte ! J'attendais Mlle Mallerousse, j'avais donné des ordres en conséquence et je n'imaginais pas que vous l'accompagneriez jusqu'ici. Auriez-vous pris goût au métier de nourrice ?
— Nullement. Mais quand je m'occupe de quelqu'un ou de quelque chose, je m'en occupe jusqu'au bout ! Je veux savoir ce que vous allez faire d'elle. Je ne partirai pas avant !
Et, pour bien marquer son intention arrêtée de ne rien perdre de ce qui allait se dire, Surcouf s'installa à son tour sur l'une des chaises raides, croisa les mains sur sa canne et attendit. Marianne retint un sourire. Ce diable d'homme était irrésistible !... et terriblement réconfortant. Avec lui on devait pouvoir aller au bout du monde dans la plus parfaite tranquillité d'esprit ! Cependant, Fouché poussait un soupir à renverser les murs.
— Ne croirait-on pas que je suis une espèce d'ogre ! Qu'est-ce que vous imaginez ? Que je vais la renvoyer à Saint-Lazare ? L'enfermer dans un couvent ou la faire engager comme cantinière dans les grenadiers de la Garde ? Vous ne pouvez pas me faire un peu confiance ?
Surcouf ne répondit pas, mais sa lippe laissait planer un doute sur la confiance en question. Fouché releva un sourcil, s'adjugea une prise de tabac, puis, d'une voix douce comme un velours :
— Avez-vous quelque chose contre la duchesse d'Otrante, ma femme ? Je vous rappelle qu'ayant quatre enfants elle est une mère de famille accomplie et tout à fait capable de prendre soin d'une jeune fille. En un mot comme en cent, j'ai l'intention de lui confier notre jeune amie, qui, d'ailleurs, m'a été chaudement recommandée par un vieux camarade. Etes-vous satisfait ?
Satisfait ou non, le corsaire ne répondit rien, mais Marianne retint une grimace. L'idée de vivre dans cette maison sentant par trop la police ne lui souriait guère. De plus, elle comprenait mal pourquoi Fouché, mis à part la recommandation de Black Fish, s'intéressait à elle à ce point. Peut-être lui faisait-il beaucoup d'honneur et, sans doute, devait-elle être extrêmement reconnaissante, mais ce n'était pas cela qu'elle était venue chercher à Paris.
— Je pensais, commença-t-elle avec timidité, que je pourrais aller vivre chez ma cousine d'Asselnat.
— Cela aurait été possible la semaine dernière encore. Malheureusement, depuis, votre cousine a trouvé le moyen de faire parler d'elle. Elle ne peut pas s'occuper de vous !
— Ce qui veut dire ?
— Que depuis cinq jours elle est en route pour l'Auvergne où elle restera en résidence surveillée. J'ajoute qu'auparavant elle avait reçu pendant trois jours l'hospitalité de la police à la prison des Madelonnettes.
— En prison, ma cousine ? s'écria Marianne frappée par cette espèce de fatalité qui semblait diriger les derniers porteurs de son nom vers les cachots. Mais pourquoi ?
— Pour avoir jeté dans la voiture de l'Empereur un billet de protestation visant la vie privée de Sa Majesté. Etant donné la teneur... violente de ce billet, nous avons cru bon d'envoyer Mlle Adélaïde retrouver son calme dans la paix des campagnes. Ceci pour son bien autant que pour le nôtre !
— Alors, j'irai la rejoindre ! déclara Marianne fermement.
— Je ne vous le conseille pas. N'oubliez pas que vous êtes actuellement, sous votre nom réel, une émigrée rentrée en fraude, donc tombant sous le coup d'une loi sévère. Il est meilleur pour vous de demeurer Mlle Mallerousse, une personne dont votre cousine n'aurait que faire. De plus, ses opinions ne sont pas de celles que je souhaiterais vous voir adopter pour votre sécurité.
Ceci dit, Fouché, jugeant sans doute le sujet clos, se tourna vers Surcouf qui, sourcils froncés, attendait la fin du dialogue et lui adressa son sourire le plus aimable.
— Je crois, mon cher baron, susurra-t-il, que vous pouvez maintenant faire vos adieux à notre jeune amie que je vais conduire auprès de la duchesse.
Mais Surcouf ne bougea pas de sa chaise.
— La cousine est sujette à caution, soit ! articula-t-il, mais il y a l'autre membre de la famille. Vous n'avez pas, que je sache, arrêté l'Impératrice ?
— La pauvre ! (Et le soupir de Fouché donna toute l'ampleur de sa compassion pour Joséphine.) J'ai bien songé à elle, mais, sincèrement, les rapports que je reçois de Malmaison ne sont guère encourageants. La pauvre Impératrice pleure nuit et jour, refuse de recevoir qui que ce soit en dehors de ses intimes. Elle n'a vraiment pas la tête à s'occuper de quelqu'un d'autre, surtout d'une parente éloignée qu'elle n'a jamais vue. Je pense qu'il faut laisser couler un peu de temps. Plus tard, quand Sa Majesté aura repris possession d'elle-même, je ne manquerai pas de la mettre au courant. Jusque-là, Mlle Marianne devra se contenter de notre protection.
Fouché se leva, ce qui semblait indiquer la fin de l'audience, mais se mit à fourrager dans les papiers qui encombraient son bureau. Il en tira bientôt une lettre qu'il parcourut puis déclara :
— Je pense, d'ailleurs, mon cher baron, que votre séjour à Paris ne se poursuivra pas plus longtemps et que vous aurez hâte de regagner Saint-Malo. J'ai là un rapport qui m'annonce le joli coup réalisé par l'un de vos hommes. Gauthier, capitaine de l'Hirondelle est allé reprendre à Guernesey, et sous le nez des Anglais, votre brick l'Incomparable qui avait été capturé en novembre.
— Pas possible ?
Cette fois, Surcouf avait sauté de sa chaise. Les yeux brillants de joie, il avait rougi, et la méfiance, qui l'instant précédent se lisait ouvertement sur son visage, avait disparu comme par miracle. Marianne, un peu tristement, se dit qu'il regardait maintenant le ministre comme une espèce de messager divin et qu'il l'oubliait un peu. Que pouvait, d'ailleurs, dans la vie du marin, signifier l'attirance qu'elle lui avait un instant inspirée, comparée à ce qui était l'essence même de son âme : ses navires et ses hommes ? Il récupérait déjà son chapeau qu'il avait posé sur l'armoire.
— Je prendrai la malle de ce soir ! Merci pour la nouvelle, mon cher ministre ! C'est la meilleure que vous puissiez m'annoncer ! Dans ce cas, il me reste à vous faire mes adieux. (Puis, se tournant vers Marianne, il s'inclina :) Et à vous aussi, mademoiselle, fit-il avec beaucoup de gentillesse. Je pars tranquille pour vous et vous souhaite beaucoup de chance. Ne m'oubliez pas !