Souvenirs De La Maison Des Morts
- Автор: Достоевский Федор Михайлович
- Язык: французский
- Жанр: Русская классическая проза
Электронная книга - «Souvenirs De La Maison Des Morts». Краткое содержание книги:
La nuit est déjà tout à fait sombre. J’ai un frisson et je me réveille par hasard: le vieux-croyant est toujours sur son poêle à prier, il priera jusqu’à l’aube. Aléi dort paisiblement à côté de moi. Je me souviens qu’en se couchant il riait encore et parlait du théâtre avec ses frères. Involontairement je regarde sa figure paisible. Peu à peu je me souviens de tout, de ce dernier jour, des fêtes de Noël, de ce mois tout entier… Je lève la tête avec effroi et je regarde mes camarades, qui dorment à la lueur tremblotante d’une chandelle donnée par l’administration. Je regarde leurs visages malheureux, leurs pauvres lits, cette nudité et cette misère – je les regarde – et je veux me convaincre que ce n’est pas un affreux cauchemar, mais bien la réalité. Oui, c’est la réalité: j’entends un gémissement. Quelqu’un replie lourdement son bras et fait sonner ses chaînes. Un autre s’agite dans un songe et parle, tandis que le vieux grand-père prie pour les «chrétiens orthodoxes»: j’entends sa prière régulière, douce, un peu traînante: «Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous!…»
– Je ne suis pas ici pour toujours, mais pour quelques années! me dis-je, et j’appuie de nouveau ma tête sur mon oreiller.
DEUXIÈME PARTIE
I – L’HÔPITAL.
Peu de temps après les fêtes de Noël je tombai malade et je dus me rendre à notre hôpital militaire, qui se trouvait à l’écart, à une demi-verste environ de la forteresse. C’était un bâtiment à un seul étage, très-allongé et peint en jaune. Chaque été, on dépensait une grande quantité d’ocre à le rebadigeonner. Dans l’immense cour de l’hôpital se trouvaient diverses dépendances, les demeures des médecins-chefs et d’autres constructions nécessaires, tandis que le bâtiment principal ne contenait que les salles destinées aux malades: elles étaient en assez grand nombre; mais comme il n’y en avait que deux réservées aux détenus, ces dernières étaient presque toujours pleines, surtout l’été: il n’était pas rare qu’on fût obligé de rapprocher les lits. Ces salles étaient occupées par des «malheureux» de toute espèce: d’abord, par les nôtres, les détenus de la maison de force, par des prévenus militaires, incarcérés dans les corps de garde, et qui avaient été condamnés; il s’en trouvait d’autres encore sous jugement, ou de passage; on envoyait aussi dans nos salles les malades de la compagnie de discipline – triste institution où l’on rassemblait les soldats de mauvaise conduite pour les corriger; au bout d’un an ou deux, ils en revenaient les plus fieffés chenapans que la terre puisse porter. – Les forçats qui se sentaient malades avertissaient leur sous-officier dès le matin. Celui-ci les inscrivait sur un carnet qu’il leur remettait, et les envoyait à l’hôpital, accompagnés d’un soldat d’escorte: à leur arrivée, ils étaient examinés par un médecin qui autorisait les forçats à rester à l’hôpital, s’ils étaient vraiment malades. On m’inscrivit donc dans le livre, et vers une heure, quand tous mes compagnons furent partis pour la corvée de l’après-dînée, je me rendis à l’hôpital. Chaque détenu prenait avec lui autant d’argent et de pain qu’il pouvait (car il ne fallait pas espérer être nourri ce jour-là), une toute petite pipe, un sachet contenant du tabac, un briquet et de l’amadou. Ces objets se cachaient dans les bottes. Je pénétrai dans l’enceinte de l’hôpital, non sans éprouver un sentiment de curiosité pour cet aspect nouveau, inconnu, de la vie du bagne.