Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Il n'�tait pas le seul.
Et c'�tait �a qui �tait amusant...
Puisque Camille insistait et que ce que femme veut, etc., ils parl�rent d'argent : Qui payerait quoi, quand et comment ? Qui ferait les courses ? Combien d'�trennes pour la concierge ? Quels noms sur la bo�te aux lettres ? Est-ce qu'on installait une ligne de t�l�phone et est-ce qu'on se laissait impressionner par les lettres exc�d�es du Tr�sor public � propos de la redevance ? Et le m�nage ? chacun sa chambre, OK, mais pourquoi c'�tait toujours elle ou Philou qui se tapaient la cuisine et la salle de bains ? � propos de la salle de bains, il faudrait une poubelle, je m'en charge... Toi Franck, pense � recycler tes canettes et ouvre la fen�tre de ta chambre de temps en temps sinon on va tous attraper des b�tes... Les chiottes idem. Pri�re de baisser la lunette et quand y a plus de PQ, dites-le. Et puis on pourrait se payer un aspirateur potable quand m�me... Le balai Bissel de la guerre de 14, �a va un moment... Euh... Quoi encore ?
� Alors mon Philou, tu comprends maintenant quand je te disais de ne pas laisser une fille s'installer chez toi ? Tu vois ce que je voulais dire ? Tu vois un peu le bordel ? Et attends, c'est qu'un d�but...
Philibert Marquet de La Durbelli�re souriait. Non, il ne voyait pas. Il venait de passer quinze jours humiliants sous le regard exasp�r� de son p�re qui n'arrivait plus � cacher son d�saveu. Un premier-n� qui ne s'int�ressait ni aux fermages, ni aux bois, ni aux filles, ni � la finance et encore moins � son rang social. Un incapable, un grand b�ta qui vendait des cartes postales pour l'�tat et b�gayait quand sa petite s�ur lui demandait de lui passer le sel. Le seul h�ritier du nom et m�me pas fichu de garder un peu de prestance quand il s'adressait au garde-chasse. Non, il n'avait pas m�rit� �a, grin�ait-il chaque matin en le surprenant � quatre pattes dans la chambre de Blanche en train de jouer au baigneur avec elle...
� Vous n'avez rien de mieux � faire, mon fils ?
� Non p�re, mais je... je... dites-moi, si vous avez be... besoin de moi, je...
Mais la porte avait claqu� avant qu'il ait termin� sa phrase.
� Toi, on dira que tu feras � manger et moi j'irai chercher les courses et apr�s on dira que tu feras des gaufres et apr�s on ira au parc pour promener les b�b�s...
� D'accord, ma puce, d'accord. On dira tout ce que tu voudras...
Blanche ou Camille, pour lui, c'�tait la m�me chose : des petits bouts de filles qui l'aimaient bien et lui faisaient des bisous quelquefois. Et pour �a, il �tait pr�t � encaisser le m�pris de son p�re et � acheter cinquante aspirateurs s'il le fallait.
Pas de probl�me.
Comme il appr�ciait les manuscrits, serments, parchemins, cartes et autres trait�s, c'est lui qui poussa les tasses � caf� sur la table d'� c�t� et sortit une feuille de son cartable sur laquelle il �crivit c�r�monieusement : � Charte de l'avenue �mile-Deschanel � l'usage de ses occupants et autres visit... �
Il s'interrompit :
� Et qui �tait cet Emile Deschanel, les enfants ?
� Un pr�sident de la R�publique !
� Non, celui-l�, c'�tait Paul. Emile Deschanel �tait un homme de lettres, professeur � la Sorbonne et limog� � cause de son ouvrage Catholicisme et socialisme... Ou le contraire, je ne sais plus... D'ailleurs ma grand-m�re, �a la chiffonnait un peu le nom de cette canaille sur sa carte de visite... Bon, euh... O� en �tais-je, moi ?
Il reprit point par point tout ce qui venait d'�tre conclu, y compris le papier-toilette et les sacs-poubelle, et fit tourner leur nouveau protocole afin que chacun puisse y ajouter ses propres conventions.
� Me voil� bien jacobin.... soupira-t-il.
Franck et Camille l�ch�rent leurs verres � contrec�ur et �crivirent beaucoup de b�tises...
Imperturbable, il sortit son b�ton de cire � cacheter et apposa sa chevali�re en bas du papelard sous le regard ahuri des deux autres puis le plia en trois et le glissa n�gligemment dans la poche de sa veste.
� Euh... Tu te balades toujours avec ton attirail de Louis XIV sur toi ? finit par demander Franck en secouant la t�te.
� Ma cire, mon sceau, mes sels, mes �cus d'or, mon blason et mes poisons... Certainement, mon cher...
Franck, qui avait reconnu un serveur, fit un tour en cuisine.
� Je maintiens, une usine � bouffe. Mais une belle usine...
Camille prit l�addition, si, si, j�insiste, vous, vous passerez l�aspirateur, ils r�cup�r�rent la valise en enjambant encore quelques clochards ici et l�, Lucky Strike enfourcha sa moto et les deux autres appel�rent un taxi.
8
Elle le guetta en vain le lendemain, le surlendemain et les jours suivants. Pas de nouvelles. Le vigile, avec lequel elle entretenait d�sormais un brin de causette (la couille droite de Matrix n'�tait pas descendue, un drame...), ne lui en apprit pas davantage. Pourtant, elle savait qu'il �tait dans les parages. Quand elle d�posait un filet garni derri�re les bidons de d�tergents, pain, fromage, salades Saupiquet, bananes et p�t�e Fido, celui-ci disparaissait syst�matiquement. Jamais un poil de chien, jamais une miette et pas la moindre odeur... Pour un junkie, elle le trouvait dr�lement bien organis�, � tel point qu'elle eut m�me un doute sur le destinataire de ses bont�s... �a se trouve, c'�tait l'autre tar� qui nourrissait son unicouilliste � l'�il... Elle t�ta un peu le terrain, mais non, Matrix ne mangeait que des croquettes enrichies � la vitamine B12 avec une cuiller�e d'huile de ricin pour le poil. Les bo�tes, c'�tait de la merde. Pourquoi qu'on donnerait � son chien un truc qu'on voudrait pas soi-m�me ?
Ben, oui, pourquoi ?
� Et les croquettes, c'est pareil, alors ? T'en mangerais pas...
� Bien s�r que si, j'en mange !
� C'est �a...
� Je te jure !
Le pire c'est qu'elle le croyait. Na-qu'une-couille et Na-qu'un-cervelet en train de grignoter des croquettes au poulet devant un porno dans leur cahute surchauff�e au milieu de la nuit, �a pouvait le faire... Tr�s bien, m�me.
Plusieurs jours s'�coul�rent ainsi. Quelquefois, il ne venait pas. La baguette avait durci et les cigarettes �taient encore l�. Quelquefois, il passait et ne prenait rien d'autre que la bouffe de son chien... Trop de dope ou pas assez pour faire bombance... Quelquefois, c'est elle qui n'assurait pas... Camille ne se prenait plus la t�te avec �a. Un coup d'�il rapide au fond du local pour savoir si elle devait vider sa musette et basta.
Elle avait d'autres soucis...
� l'appart, pas de probl�me, �a roulait, charte ou pas charte, Myriam ou pas Myriam, TOC ou pas TOC, chacun menait son petit bonhomme de chemin sans ennuyer le voisin. On se saluait chaque matin et l'on se droguait gentiment en rentrant le soir. Shit, herbe, pinard, incunables, Marie-Antoinette ou Heineken, c'�tait chacun son trip et Marvin pour tous.
Dans la journ�e, elle dessinait et, quand il �tait l�, Philibert lui faisait la lecture ou commentait les albums de famille :
� L� c'est mon arri�re-grand-p�re... Le jeune homme � c�t�, c'est son fr�re, l'oncle �lie, et devant ce sont leurs fox... Ils organisaient des courses de chiens et c'�tait monsieur le cur�, l� tu le vois assis devant la ligne d'arriv�e, qui d�signait le vainqueur.
� Ils ne s'emb�taient pas dis donc...
� Ils avaient bien raison... Deux ans plus tard ils partiront sur le front des Ardennes et six mois apr�s ils seront morts tous les deux...
Non, c'�tait au boulot que �a n'allait plus... D'abord le mec du cinqui�me l'avait accost�e un soir en lui demandant o� elle avait mis son plumeau. Wouarf, wouarf, il �tait super content de sa blague et l'avait poursuivie � travers tout l'�tage en r�p�tant � Je suis s�r que c'est vous ! Je suis s�r que c'est vous ! � D�gage gros con, tu me g�nes, l�.
Non, c'est ma coll�gue, finit-elle par l�cher en lui indiquant Super Josy qui �tait?en train de compter ses varices.