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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Il lui adressa un petit clin d'œil dont, sur le moment, préoccupée, le sens lui échappa.

Ils rejoignirent sur la grève le comte de Peyrac auquel on avait signalé l'arrivée de navires de la Marine Royale venant de Québec, et à bord desquels le bruit courait que se trouvait le gouverneur, M. de Frontenac.

Ville-d'Avray confirma. Il jouissait de la surprise que causait son apparition, et plus encore de prouver qu'il était au courant de tout, avant les autres, même des affaires de la colonie.

Tandis qu'au loin apparaissaient des pyramides de voiles blanches déployées et les hautes tours dorées des vaisseaux de ligne, Joffrey posa au marquis la même question qu'Angélique.

– Voyez-vous qui peut chercher, en France, à nuire à M. de Frontenac ?

– Non, hélas ! Je me tiens un peu à l'écart des rumeurs, n'ayant pas intérêt à être remarqué... Une oreille que j'ai au ministère de la Marine m'aurait parlé d'un placet que l'ancien propriétaire de la côte Est, Nicolas Parys, aurait remis au roi à son retour d'Amérique, pour lui faire part de son œuvre au Nouveau Monde et réclamer une gratification ou une pension qu'il jugeait mériter. Mais il est mort aujourd'hui, ce qui diminue singulièrement la puissance de ses réclamations, et sans avoir, dirait-on, obtenu gain de cause.

« L'affaire serait plutôt dirigée contre vous, M. de Peyrac. Défendez-vous si son gendre se croit des droits à cause de ce placet.

Chapitre 24

De la plage, noire de monde, ils regardaient évoluer les navires. La rade de Tidmagouche, habituée à de plus modestes flottes, n'avait jamais reçu un aussi grand nombre de brillants visiteurs.

Ville-d'Avray, du bout de sa canne, désigna à Angélique un bâtiment plus petit que ceux des arrivants, mais travaillé de sculptures et doré comme une châsse, qui avait levé l'ancre et évoluait fort gracieusement afin de laisser aux gros bâtiments de Sa Majesté la possibilité de trouver leurs places dans la rade.

– C'est mon navire... Ne vous souvenez-vous pas ? Celui que M. de Peyrac m'a offert pour compenser la perte de ma pauvre « Asmodée », coulée par les bandits.

À l'avant, Angélique avait cru distinguer en figure de proue une très belle sirène aux longs cheveux et à la poitrine inspirante.

Mais le bateau évoluant, bientôt présentait les décorations du château-arrière. Entourées d'une profusion de guirlandes et de fruits dorés, les vives couleurs du tableau de tutelle étaient surmontées par une banderole portant le nom de ce bel oiseau des mers.

– « Aphrodite » !...

– Heureusement que vous aviez promis à M. de Saint-Chamond de ne pas donner un nom païen, dans le genre d'« Asmodée » à votre prise de guerre, dit Angélique en riant.

Puis elle rit de plus belle en découvrant la scène peinte sur la dunette qui représentait « Aphrodite naissant de l'écume de la mer », et comme il se devait, une fort belle femme nue, dont les traits pouvaient éveiller chez les initiés une impression familière.

– Vous êtes quand même arrivé à réaliser le plus extravagant de vos caprices.

– J'ai eu beaucoup de mal, mais j'ai trouvé l'artiste. N'est-ce pas ressemblant, dit-il réjoui. Tout le monde vous reconnaît. Le tableau de M. Paturel sur son « Cœur-de-Marie » à côté de celui-là, ne vaut rien du tout.

– Ne mélangez-vous pas un peu trop les genres et les symboles ? Souvenez-vous que ce navire, avant de vous appartenir, fut entre les mains des complices de Mme de Maudribourg, et faisant partie de la flotte qu'elle avait frétée pour venir nous déloger et nous occire.

– Précisément !... Quelle meilleure protection pour exorciser ce bâtiment que de le mettre sous l'égide de la déesse de la Beauté et la vôtre qui se confondent en une seule et même personne. Je vous retrouve toujours radieuse et douée d'un charme que vous possédez, dirait-on, malgré vous, ce qui vous rend inattaquable, et chaque fois, alors que l'on pourrait s'attendre à vous voir les perdre ou bien en avoir laissé un peu évaporer ou s'éventer l'essence exquise, au contraire, on vous retrouve autre mais plus encore séductrice. Comment faites-vous ? Je pense au roi. Je le lui dirai. Car il vous attend, mais je sens qu'il redoute aussi ce moment où après tant d'années d'absence de votre part, de rêveries pour lui, vous allez reparaître. Je vais pouvoir, ô avec tact, le rassurer.

– Ne vous mêlez pas de cela.

– Ô Angélique, comme vous me parlez durement !

*****

Après les manœuvres d'usage, les chaloupes accostaient et le gouverneur Frontenac, en simple équipage, parmi les nouveaux uniformes de la Marine Royale, marchait à grands pas vers le comte de Peyrac et sa femme.

– Je suis bienheureux de vous croiser tous deux avant de poursuivre mon voyage. C'est une folie, peut-être. Mais je crois que vous m'approuverez. J'ai pris la décision de me rendre en France afin de parler au roi. Je ne pense pas qu'il blâme mon initiative. Il ne s'agit que d'un aller et retour. Mais il est indispensable que nous nous expliquions de vive voix. Car il y a des personnes en place qui me desservent.

Angélique regarda du côté de Ville-d'Avray. D'après ce qu'il lui avait dit, elle avait cru comprendre que M. de Frontenac était rappelé par le roi dans une semi-disgrâce. Le marquis était-il toujours aussi menteur et sa propension à créer la zizanie sans avoir l'air d'y toucher avait-elle augmenté, à s'exercer auprès des grands ?

Il répondit à son interrogation muette en levant les yeux au ciel d'un air de pitié.

Puis, s'adressant à Frontenac comme on aurait parlé à un grand malade, lui dit :

– Nous ferons route ensemble. Cela va être charmant.

– Tiens, vous êtes là, vous ?... bougonna Frontenac en le découvrant. Vous choisissez mal votre moment pour revenir. Québec est intenable !

– Je n'ai aucune intention d'aller à Québec...

Frontenac était très gai, quoique regrettant, du fait de ce voyage impromptu, d'être privé cette année de son expédition sur le lac Ontario, au Fort-Frontenac, afin d'y recevoir somptueusement les Iroquois et d'y vérifier avec eux, que la hache de guerre était bien enterrée.

Ayant bien pesé le pour et le contre, disait-il, il s'en tenait à cette décision d'occuper l'été et la possibilité de navigation, pour aller purger les mauvaises querelles chez qui de droit.

C'était son épouse, bien en cour à Versailles, qui lui avait mis « la puce à l'oreille ».

Parlant d'elle, il crut devoir s'adresser plus directement à Angélique.

– Malgré notre brouille familiale profonde, vous savez que la présence constante à la Cour de ma femme Anne de la Grange est fort heureuse, car elle ne lésine jamais pour la défense des intérêts du Canada, surtout en travaillant à détruire les cabales qui se trament auprès du roi contre moi.

« Mais, cette fois, elle m'a laissé entendre qu'elle ne peut découvrir d'où vient le mal, mais que la poussée est forte et habile. Mlle de Montpensier, son amie de toujours, et dont vous savez qu'elle est une intrigante fort active, déclare forfait. Je dois venir. Notez que je ne sais pas si ces dames n'accordent pas trop de pouvoir à mon influence. J'ai trop abusé des relations presque de famille qui liaient mon blason à celui des Bourbons. Mon père fut le compagnon de jeu de Sa Majesté Louis XIII, qui me tint sur les fonts baptismaux. J'en ai gardé l'habitude de considérer que le roi est mon cousin, et n'ai pas avec lui assez de ménagements. Mais je ne peux décevoir la comtesse qui sait que j'ai le plus grand respect pour ses avis. Je n'ai rien à perdre. À Québec, tout va de mal en pis et ce n'est pas sur place, en effet, que pourra se dénouer l'imbroglio.

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