Nous étions les hommes
- Автор: Legardinier Gilles
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Editions Pocket
- ISBN: 978-2266220354
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
— Nous lui avons donné quelque chose, précisa Kinross. Il faut le ménager.
Le chef de service se redressa :
— Puisque tout est sous contrôle ici, je vous laisse. Scott, n’hésite pas si tu as besoin de moi.
— Merci, Rob.
En sortant, le médecin désigna Edna et fit :
— Je crois que la petite dame aurait aussi besoin d’un décontractant.
— On s’en occupe, répondit Scott.
À peine l’homme était-il sorti que Hold demanda à Kinross :
— Vous avez pu lui poser des questions ?
— Très peu. Je lui ai demandé son nom, son âge…
— Scott, ce n’est pas cela dont je vous parle.
— Ce n’était pas le moment, David. Il fallait d’abord s’assurer qu’il retrouvait ses esprits correctement.
— Quand va-t-il se réveiller à nouveau ?
Kinross consulta sa montre :
— D’ici deux ou trois heures peut-être, répondit-il en détachant délicatement les doigts de Greenholm toujours accrochés à son poignet.
— Vous vous rendez compte ? grogna Hold. Nous devons absolument pouvoir l’interroger. Il faut en avoir le cœur net.
En entendant David hausser le ton, Edna cessa de réciter ses prières et l’observa. Scott se pencha vers lui et répliqua, crispé :
— Je me rends parfaitement compte de la situation, monsieur Hold. J’ai déjà deux morts dans mon service et je suis moi-même menacé par je ne sais qui…
— Désolé, se ressaisit Hold, nous sommes tous sous pression.
— Aucun problème.
— Et pour Edna, on peut faire quelque chose ?
— Elle relâche la pression accumulée, le mieux est encore de la laisser gérer cela naturellement.
Kinross ajouta :
— Nous avons les résultats des analyses des sandwichs. Vous aviez raison, il y avait de quoi faire crever un cheval. Pauvre Michael. Je vous jure que je vais faire en sorte de coincer ces salopards.
— Si je peux me permettre, docteur, on va d’abord essayer de faire en sorte qu’eux ne vous coincent pas.
— Comment ont-ils réussi à empoisonner mon repas ?
— Vous l’aviez commandé à votre secrétariat ?
— Oui, on fait ça souvent. Quelqu’un descend à la cafétéria pour chercher la commande.
— Vous connaissez bien tous ceux qui auraient pu y aller ?
— Bien sûr. Celui que je connaissais le moins, c’était Michael…
— Soit ils n’ont plus besoin de vous, soit ils se sont rendu compte qu’on les avait doublés.
— Ils auraient fait drôlement vite pour passer mon travail au crible. Quoi qu’il en soit, je vais devoir me méfier de ce que j’ai dans mon assiette.
Scott était épuisé. Il se frotta les yeux et reprit :
— J’ai réfléchi, je vais suivre votre conseil. Je reste à l’hôpital.
— Très bien. Moi aussi, si vous êtes d’accord.
— On va vous trouver où dormir.
— Merci. Avant que M. Greenholm ne se réveille, je vais chez vous chercher nos affaires et nourrir le chat.
— Soyez prudent. Puisque le poison n’a pas marché, ils vont sûrement m’attendre ailleurs, et mon appartement est le lieu idéal…
57
En se glissant entre les tables, Tersen salua ses hommes encore tous à l’ouvrage malgré l’heure tardive. Endelbaum et Thomas le suivaient, découvrant un univers de travail très différent du leur. Une quinzaine de bureaux high-tech séparés par des paravents de bois tout droit sortis d’un musée. À chacun des postes, des jeunes gens et quelques seniors, en train de compulser des livres, de pianoter sur leur clavier ou de téléphoner parfois dans d’autres langues. L’ensemble ressemblait à une salle de rédaction ou à un QG de campagne. Tersen commenta :
— D’habitude, c’est un service de documentation. L’ambiance y est plus calme et à cette heure-ci il n’y a plus personne. Depuis l’affaire Sandman, nous nous sommes transformés en unité d’enquête. Au début, tout le monde s’est pris au jeu. Depuis, avec ce que nous avons découvert, nous savons que ce n’en est pas un…
Tersen se dirigea vers une porte basse qu’il franchit en se courbant. Cette pièce-là était plus petite et ne comportait qu’un vaste plan de travail encombré de documents.
— Voici mon modeste bureau. Installez-vous comme vous pouvez, c’est encore ici que nous serons le plus efficaces.
Thomas déplaça une chaise pour son supérieur avant de s’en trouver une. Tersen demanda :
— Comment va Devdan ?
— Son état s’améliore de jour en jour, répondit Thomas.
— Il ne se souvient pas de ses crises ?
— Il parle de cauchemars affreux, mais rien de précis.
— Vraiment étonnant. Comment expliquez-vous qu’il n’ait plus de transe depuis la nuit où nous avons découvert nos huit suspects ?
Thomas échangea un regard avec le père supérieur et déclara :
— L’explication la plus « rationnelle » serait qu’il n’a plus de raison d’en avoir, si le coupable se trouve effectivement parmi eux.
Tersen empila quelques livres pour dégager de la place sur son bureau et ajouta :
— Dans ce cas, peut-on « rationnellement » envisager que si nous faisions fausse route, la voix de Feilgueiras se manifesterait à nouveau ?
Endelbaum eut une moue dubitative :
— Difficile à dire. Les cas de communication post mortem aussi précise sont trop rares pour que l’on puisse en maîtriser les principes.
Tersen s’installa et déclara :
— En attendant, concentrons-nous sur nos huit prédateurs de brevets. Ils nous donnent du fil à retordre. Pour chacun d’eux, nous avons étudié leurs achats industriels, leurs actifs identifiables, et certains profils se dégagent. Nous pouvons déjà presque avec certitude en écarter quatre. Deux d’entre eux, l’Australien et le Français, sont de purs spéculateurs qui revendent presque tout ce qu’ils achètent dans un délai de quelques semaines. Un Américain semble travailler pour des puissances politiques auxquelles il essaye d’offrir un poids industriel. Le FBI est déjà sur son dos et il n’est pas en état de se lancer dans un gros coup en ce moment. Le Japonais, lui, n’a plus accompli d’opérations depuis presque sept mois, mais nous avons découvert qu’il était décédé et que sa famille avait gardé secrète la nouvelle pour ne pas mettre son héritage en danger. Les vautours se méfient des vautours. Restent donc en lice un Américain, deux Suisses et un Allemand.
— Quels sont leurs modes opératoires ? demanda Thomas.
— S’il nous a été facile de comprendre la stratégie d’achat et de vente des autres, ceux-là ont des méthodes nettement plus complexes. Le flou règne aussi bien sur leur personne que sur leurs activités. Ils sont très offensifs pendant quelques mois, puis disparaissent du marché sans forcément vendre. Il faut parfois attendre des années avant de voir resurgir les brevets qu’ils détiennent. Nous sommes plusieurs dans le service à soupçonner qu’ils ne les vendent pas uniquement par intérêt, mais en choisissant le moment et le bénéficiaire.
— Une sorte de partie d’échecs ? interrogea Endelbaum.
— Plutôt une table de jeu dont ils chercheraient à être les croupiers. Ils accumulent les cartes et les distribuent comme bon leur semble. Chaque brevet devient alors un moyen de contrôler la partie. De fait, suivant la main, l’équilibre des joueurs en présence évolue.
— Mais c’est toujours la banque qui gagne, ironisa Endelbaum.
Tersen opina du chef et reprit :
— Aucun domaine n’échappe à la partie. L’histoire nous a déjà montré que l’électricité, l’arme atomique, la conquête spatiale ou Internet pouvaient être de formidables as pour ceux qui les sortent de leur manche. Depuis quelques décennies, le jeu est plus discret. Les nouvelles cartes se voient moins, on parle d’OGM, de vaccins, de la gestion chimique de l’eau, de microprocesseurs.