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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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— J’ai été clair, je ne veux voir personne.

— Je sais mais ils insistent, ils affirment que c’est une question de vie ou de mort.

Scott sentit son mal de tête revenir au galop.

— Ils sont de la police ?

— Je ne crois pas. Ou alors à la retraite.

— Laissez-moi une minute, je vous rappelle.

Kinross était pâle, et pas uniquement à cause de la lumière des stores.

— Que se passe-t-il ? demanda Hold.

— Deux hommes veulent me voir. Ils parlent d’une question de vie ou de mort.

— Pour eux ou pour vous ?

— David, j’aime assez votre capacité à faire de l’humour dans les pires moments, mais ça n’aide pas.

Hold regarda le docteur en plissant les yeux. Il déclara soudain :

— Donnez-moi votre blouse.

— Pour quoi faire ?

— Donnez-la-moi et restez ici. Je vais aller les voir.

Le bras droit de Greenholm se leva. Kinross objecta :

— Et s’ils essaient de vous supprimer ?

Pour toute réponse, Hold souleva son pull et exhiba un Taurus 9 mm.

— Vous êtes armé ? s’offusqua Scott.

— En l’occurrence, je ne le regrette pas et si vous êtes honnête, vous non plus. Alors cette blouse, ça vient ?

Endelbaum et Tersen avaient fini par s’asseoir. Un grand type apparut à l’angle du couloir et avança droit sur eux. Tersen remarqua que sa blouse était trop petite aux manches et aux épaules.

— Bonjour, messieurs, vous avez demandé à me rencontrer ?

Endelbaum se leva le premier :

— Docteur Kinross ?

— Lui-même.

Derrière son comptoir, Nancy leva les yeux au ciel et tourna les talons.

— Notre démarche risque de vous surprendre, déclara le père.

— Dites-moi vite, je suis en pleine visite.

Tersen intervint :

— Vous n’auriez pas un endroit plus calme où nous pourrions parler ? C’est assez personnel… ajouta-t-il à voix basse.

Hold jaugea les deux hommes. Ils semblaient plus mal à l’aise que dangereux.

— Suivez-moi, dit-il. Et expliquez-moi ce qui vous amène.

En ouvrant la porte du bureau, Hold découvrit Kinross qui classait des dossiers de publications sur son étagère. Il fit les présentations, la main discrètement posée sur la crosse de son arme au cas où.

— Docteur Kinross, voici messieurs Endelbaum et Tersen. Je crois que vous devriez les écouter.

Embarrassé, Scott ne savait trop comment se comporter pour accueillir les deux visiteurs qui prenaient conscience de la supercherie.

— La prochaine fois, glissa Tersen à Hold, prenez une blouse à votre taille…

Endelbaum attaqua sans détour :

— Docteur, ce que nous avons à vous dire va sans doute vous étonner, mais c’est une affaire très sérieuse. Nous pensons que vous êtes en grand danger.

Hold s’appuya contre son armoire.

— Si vous saviez le nombre de gens qui me le disent ces derniers temps… Qui êtes-vous ?

— Je coordonne le service de recherche d’un ordre religieux, et M. Tersen ici présent est notre spécialiste pour la documentation.

— Un ordre religieux ?

— Les Jésuites.

Scott haussa les sourcils :

— Les Jésuites… répéta-t-il, dubitatif.

— Oui, docteur, et nous pensons que vos travaux intéressent des gens peu recommandables.

Kinross et Hold échangèrent un regard.

— Qu’est-ce qui vous fait croire cela ? interrogea Scott.

— C’est assez compliqué, en fait…

Endelbaum ne savait pas comment expliquer la situation sans passer pour un fou. Tersen prit le relais :

— Êtes-vous en train de déposer des brevets au sujet de maladies neurodégénératives ?

— En quoi cela vous regarde-t-il ?

— Si ce n’est pas vous, quelqu’un est peut-être en train de piller vos travaux.

— Depuis quand les Jésuites s’occupent-ils du pillage de brevets ? intervint Hold.

— Ce n’est pas ce qui nous préoccupe au départ, répondit Tersen. Mais nous sommes confrontés à un problème qui nous amène à nous y intéresser.

Endelbaum compléta :

— Et c’est en enquêtant sur notre affaire que nous sommes remontés jusqu’à vous.

Scott se redressa, ironique :

— Intéressant. Vous débarquez un beau matin — des Jésuites donc — et vous me parlez de brevets qui concernent mes travaux. Surprenant, vous ne trouvez pas ?

— Je vous avais prévenu, concéda Endelbaum.

— Pourquoi devrais-je vous répondre ? Pourquoi devrais-je vous faire confiance ? Qui me dit que vous ne prêchez pas le faux pour savoir le vrai ? Vous savez, depuis quelque temps, je suis sollicité par des gens de toutes sortes, prêts à n’importe quoi pour s’associer à nos travaux. Je crois que nous sommes assez grands pour gérer et protéger nos découvertes par nous-mêmes.

— Sans vouloir vous offenser, répliqua Tersen, ce ne sont pas vos travaux qui nous ont poussés à vous contacter, mais la volonté d’empêcher un assassin de frapper à nouveau.

— Un assassin, rien que ça ? Pourquoi n’allez-vous pas expliquer tout ça à la police pour qu’elle l’arrête ?

— Parce que nous ignorons qui il est, mais nous savons à qui il s’attaque.

— Et vous pensez qu’il va s’en prendre à moi ?

— C’est possible. Vous avez le profil de ses victimes. D’où notre question : êtes-vous en train de déposer une série de brevets importants ?

Scott cherchait un avis du côté de Hold lorsque son téléphone se mit à sonner. Il s’empressa de décrocher avec l’espoir que ce soit Jenni. Mais il reconnut aussitôt la voix.

— Bonjour, docteur. Je dois avouer que vous m’avez beaucoup déçu. Nous avons respecté notre part du contrat et malgré cela, vous m’avez pris pour un imbécile. Il va être difficile de passer l’éponge.

— Vous avez tenté de me tuer, grogna Scott.

— Étant donné la situation, il est probable que nous allons réessayer.

— Dans ce cas, vous n’aurez jamais la totalité de mes documents.

— Docteur, j’ai le regret de vous annoncer que nous n’aurons pas besoin de vous pour les obtenir. Et n’allez pas croire que vos horribles stores vous protègent.

L’homme raccrocha. Le front de Scott se couvrit d’une sueur glacée. Hold s’approcha :

— C’étaient eux ?

— Ils ont dû se rendre compte, pour les documents falsifiés.

Kinross chancela. Avant qu’il ait pu ajouter quoi que ce soit, deux balles traversèrent les fenêtres. Hold saisit Scott et le jeta au sol. Tersen poussa Endelbaum derrière la bibliothèque. Une troisième balle transperça la vitre et vint se ficher dans le plateau du bureau. Leurs trajectoires ne laissaient aucun doute. Si Kinross avait été assis à sa place, il aurait été touché. Avec prudence, Tersen passa la tête sur le côté du meuble et découvrit Kinross en état de choc.

— Vous êtes assez grand pour vous protéger tout seul, c’est bien ça ?

61

En atteignant l’extrémité du bassin, Jenni prit une longue inspiration et replongea en sens inverse. Elle n’avait pas nagé ainsi depuis ses études, lorsqu’elle était inscrite au club de natation de son internat. Le glissement de l’eau sur sa peau, ses muscles qui fonctionnaient avec souplesse et régularité lui procuraient un rare sentiment de détente et de liberté. Seule dans la piscine de la résidence, elle enchaînait les longueurs. Clifford l’avait convaincue de venir s’y délasser après une séance de travail particulièrement intense, deux jours plus tôt. Elle avait alors découvert que la piscine était aménagée dans une grotte naturelle située sous la propriété. L’éclairage y était tamisé et contrairement à ce qui se fait d’habitude, le bassin était en inox, ce qui donnait à l’eau de beaux reflets irisés. Depuis, Jenni avait pris l’habitude d’y descendre le plus souvent possible. Dans le silence rythmé par ses brasses et le clapotis de l’eau, elle réussissait enfin à réfléchir sereinement.

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