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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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Il y avait déjà plusieurs années qu’Aladdin se gouvernait comme nous venons de le dire quand le magicien, qui lui avait donné sans y penser le moyen de s’élever à une si haute fortune, se souvint de lui en Afrique, où il était retourné. Quoique jusqu’alors il se fût persuadé qu’Aladdin était mort dans le souterrain où il l’avait laissé, il lui vint néanmoins en pensée de savoir précisément quelle avait été sa fin. Comme il était grand géomancien, il lira d’une armoire un carré en forme de boite couverte, dont il se servait pour faire ses observations de géomance. Il s’assied sur son sofa, met le carré devant lui, le découvre, et après avoir préparé et égalé le sable avec l’intention de savoir si Aladdin était mort dans le souterrain, il jette les points, il en tire les figures et il en forme l’horoscope. En examinant l’horoscope pour en porter jugement, au lieu de trouver qu’Aladdin fût mort dans le souterrain, il découvre qu’il en était sorti et qu’il vivait sur terre dans une grande splendeur, puissamment riche, mari d’une princesse, honoré et respecté.

Le magicien africain n’eut pas plutôt appris, par les règles de son art diabolique, qu’Aladdin était dans cette grande élévation, que le feu lui en monta au visage. De rage il dit en lui-même: «Ce misérable fils de tailleur a découvert le secret et la vertu de la lampe: j’avais cru sa mort certaine, et le voilà qui jouit du fruit de mes travaux et de mes veilles! J’empêcherai qu’il n’en jouisse longtemps ou je périrai.» Il ne fut pas longtemps à délibérer sur le parti qu’il avait à prendre. Dès le lendemain matin il monta un barbe qu’il avait dans son écurie et il se mit en chemin. De ville en ville et de province en province, sans s’arrêter qu’autant qu’il en était besoin pour ne pas trop fatiguer son cheval, il arrive à la Chine, et bientôt dans la capitale du sultan dont Aladdin avait épousé la fille. Il mit pied à terre dans un khan, ou hôtellerie publique, où il prit une chambre à louage. Il y demeura le reste du jour et la nuit suivante pour se remettre de la fatigue de son voyage.

Le lendemain, avant toute chose, le magicien africain voulut savoir ce que l’on disait d’Aladdin. En se promenant par la ville, il entra dans un lieu le plus fameux et le plus fréquenté par les personnes de grande distinction, où l’on s’assemble pour boire d’une certaine boisson chaude qui lui était connue depuis son premier voyage. Il n’y eut pas plutôt pris place qu’on lui versa de cette boisson dans une tasse, et qu’on la lui présenta. En la prenant, comme il prêtait l’oreille à droite et à gauche, il entendit qu’on s’entretenait du palais d’Aladdin. Quand il eut achevé, il s’approcha d’un de ceux qui s’en entretenaient, et, en prenant son temps, il lui demanda en particulier ce que c’était que ce palais dont on parlait si avantageusement. «D’où venez-vous? lui dit celui à qui il s’était adressé. Il faut que vous soyez bien nouveau venu si vous n’avez pas vu, ou plutôt si vous n’avez pas encore entendu parler du palais du prince Aladdin. (On n’appelait plus autrement Aladdin depuis qu’il avait épousé la princesse Badroulboudour.) Je ne vous dis pas, continua cet homme, que c’est une des merveilles du monde, mais que c’est la merveille unique qu’il y ait au monde: jamais on n’a rien vu de si grand, de si riche, de si magnifique. Il faut que vous veniez de bien loin, puisque vous n’en avez pas encore entendu parler. En effet, on en doit parler par toute la terre depuis qu’il est bâti. Voyez-le, et vous jugerez si je vous en aurai parlé contre la vérité. – Pardonnez à mon ignorance, reprit le magicien africain, je ne suis arrivé que d’hier, et je viens véritablement de si loin, je veux dire de l’extrémité de l’Afrique, que la renommée n’en était pas encore venue jusque là quand je suis parti. Et comme, par rapport à l’affaire pressante qui m’amène, je n’ai eu d’autre vue dans mon voyage que d’arriver au plus tôt, sans m’arrêter et sans faire aucune connaissance, je n’en savais que ce que vous venez de m’apprendre. Mais je ne manquerai pas de l’aller voir: l’impatience que j’en ai est même si grande, que je suis prêt à satisfaire ma curiosité dès à présent, si vous voulez bien me faire la grâce de m’en enseigner le chemin.»

Celui à qui le magicien africain s’était adressé se fit un plaisir de lui enseigner le chemin par où il fallait qu’il passât pour avoir la vue du palais d’Aladdin, et le magicien africain se leva et partit dans le moment. Quand il fut arrivé, et qu’il eut examiné le palais de près de tous les côtés, il ne douta pas qu’Aladdin ne se fût servi de la lampe pour le faire bâtir. Sans s’arrêter à l’impuissance d’Aladdin, fils d’un simple tailleur, il savait bien qu’il n’appartenait de faire de semblables merveilles qu’à des génies esclaves de la lampe dont l’acquisition lui avait échappé. Piqué au vif du bonheur et de la grandeur d’Aladdin, dont il ne faisait presque pas de différence avec celle du sultan, il retourna au khan où il avait pris logement.

Il s’agissait de savoir où était la lampe, si Aladdin la portait avec lui ou en quel lieu il la conservait, et c’est ce qu’il fallait que le magicien découvrît par une opération de géomance. Dès qu’il fut arrivé où il logeait, il prit son carré et son sable, qu’il portait en tous ses voyages. L’opération terminée, il connut que la lampe était dans le palais d’Aladdin, et il eut une joie si grande de cette découverte, qu’à peine il se sentait lui-même, «Je l’aurai cette lampe, dit-il, et je défie Aladdin de m’empêcher de la lui enlever et de le faire descendre jusqu’à la bassesse d’où il a pris un si haut vol.»

Le malheur pour Aladdin voulut qu’alors il était allé à une partie de chasse pour huit jours, et qu’il n’y en avait que trois qu’il était parti; et voici de quelle manière le magicien africain en fut informé. Quand il eut fait l’opération qui venait de lui donner tant de joie, il alla voir le concierge du khan, sous prétexte de s’entretenir avec lui, et il en avait un fort naturel qu’il n’était pas besoin d’amener de bien loin. Il lui dit qu’il venait de voir le palais d’Aladdin, et après lui avoir exagéré tout ce qu’il y avait remarqué de plus surprenant et tout ce qui l’avait frappé davantage, et qui frappait généralement tout le monde: «Ma curiosité, ajouta-t-il, va plus loin, et je ne serai pas satisfait que je n’aie vu le maître à qui appartient un édifice si merveilleux. – Il ne vous sera pas difficile de le voir, reprit le concierge; il n’y a presque pas de jour qu’il n’en donne occasion quand il est dans la ville, mais il y a trois jours qu’il est dehors pour une grande chasse qui en doit durer huit.»

Le magicien africain ne voulut pas en savoir davantage; il prit congé du concierge, et en se retirant: «Voilà le temps d’agir, dit-il en lui-même; je ne dois pas le laisser échapper.» Il alla à la boutique d’un faiseur et vendeur de lampes. «Maître, lui dit-il, j’ai besoin d’une douzaine de lampes de cuivre; pouvez-vous me la fournir?» Le vendeur lui dit qu’il en manquait quelques-unes, mais que s’il voulait se donner patience jusqu’au lendemain, il la lui fournirait complète à l’heure qu’il voudrait. Le magicien le voulut bien. Il lui recommanda qu’elles fussent propres et bien polies, et après lui avoir promis qu’il le paierait bien, il se retira dans son khan.

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