La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
Cependant il existait dans l’ancienne langue un mot « gorge », ou « gorgie », qui signifiait « insulte, raillerie piquante » (ne li fist ire ni gorge). Il en a résulté une superposition de sens, et l’expression vorace s’est trouvée vouée à la moquerie. « On dit aussi par une double figure, quand quelcun a fait une sottise, ou imprudence, qu’on en a fait une gorge chaude dans les compagnies ; c’est-à-dire, qu’on s’en est raillé. » (Furetière.) Saint-Simon emploie déjà ce sens figuré : « Le duc de Saint-Aignant trouva l’aventure si plaisante qu’il en fit une gorge chaude au lever du roi. »
Quelle que soit la transposition, les motifs de nos hilarités ne sont pas innocents ; faire des gorges chaudes de son prochain revient souvent à le déchirer à belles dents !
Les pièges, que l’on appelait autrefois « engins », ont toujours été les auxiliaires discrets et efficaces du chasseur sans gloire… Ils le sont encore pour les braconniers, et aussi d’ailleurs pour les ornithologues qui prennent au filet les oiseaux qu’ils veulent baguer.
Tomber dans le panneau
L’expression tomber dans le panneau est elle-même traîtresse si l’on ne comprend pas que le panneau est un filet tendu sur le passage des bêtes :
« Le panneau n’est qu’une petite pantière, dans laquelle bondissent les lièvres ou les lapins pour s’y prendre. Il en existe de merveilleusement pratiques, en fil de soie, contenues dans un sac dorsal et accompagnées des piquets et des ficelles nécessaires à les installer sur le sol », dit P. Vialar qui définit la pantière comme « un filet très long qui barre tout un espace — en général repéré et où passeront les oiseaux — vertical d’abord et qu’on fait, à l’aide d’une commande de ficelle placée loin, s’abattre sur le gibier. »
Dès lors le sens figuré s’entend de lui-même. Il est amusant de noter à cet égard que les « panneaux publicitaires » font un jeu de mots involontaire mais charmant… Pour ne rien dire, bien sûr, de certains panneaux électoraux.
Tomber dans le lacs
Il y a longtemps que le sens premier de cette locution n’est plus compris, car elle est confondue avec le dérivé qu’elle a créé : tomber à l’eau. En réalité le lac — c’est-à-dire le lacs — était un « nœud coulant qui sert à prendre des oiseaux, des lièvres et autre gibier », autrement dit un collet — le lacet (de chaussure) est le diminutif du mot. « A tart crie la corneille quand le lacs la tient par le col », dit un vieux proverbe. Tomber dans le lacs, c’est donc tomber dans le piège :