La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
Le côté spectaculaire de la chasse à courre tient pour une grande part aux sonneries des cors — les veneurs emploient le mot « trompe » — lesquelles ponctuent ou soulignent les différentes phases de la poursuite. Outre les sonneries finales, l’hallali, la curée, et même la retraite, de nombreux airs diversifiés constituent un véritable langage, aussi bien pour les hommes que pour les chiens.
Après que le « lancé » ait prévenu tous les participants du début effectif de la chasse, un piqueur bien posté qui a vu le cerf de ses yeux peut sonner la « vue », laquelle donne au passage des précisions sur l’animal — par exemple l’air varie selon l’âge du cerf. Si la bête s’est réfugiée dans un étang, dans l’espoir naïf d’égarer ses poursuivants, on sonnera le « bat-l’eau », puis la « sortie de l’eau » quand elle sort, le « vol-ce-l’est » quand on a aperçu la trace de son pied, le « trébuchet », etc. Quand tout va bien les veneurs sonnent des « bien-aller. » « Hommes et chiens les comprennent et s’appuient sur ces sonneries. Elles sont le langage sonore et musical de la chasse, en commentent chaque aspect et chaque surprise. »
Tout cela n’empêche pas les appels de voix, les cris et les huées. Vieille tradition, déjà dans le Roman de Renart :
Furetière résume très bien la situation : « On dit proverbialement par une métaphore tirée de la chasse, qu’on a cherché quelqu’un à cor & à cri, pour dire qu’on a fait toute la diligence possible pour le trouver. »
Donner le change
Parmi les ruses dont dispose la bête pour essayer de sauver sa peau, détours, retours sur sa piste, traversées de rivières, etc., l’une des plus subtiles est le « change » : « Change, en terme de vénerie, se dit quand des chiens qui poursuivaient un cerf ou quelque gibier, le quittent pour courir après un autre qui se présente devant eux. Un vieux cerf donne le change, & laisse son écuyer à la place. On le dit aussi du lièvre lorsqu’il se dérobe des chiens & leur donne à courre quelque autre lièvre que lui. » (Furetière.)
Ce n’est pas très héroïque, évidemment ! « Notre cerf, se sentant pressé — explique Paul Vialar — n’a eu de cesse, rencontrant une harde, d’en faire partir, et souvent à coups d’andouillers, un autre cerf, obligeant celui-ci à fuir avec lui afin que les chiens chassent ce dernier plutôt que lui-même. » Oui, c’est gênant de penser que l’instinct de conservation puisse ainsi manquer de panache… Il faut se faire une raison : en ces extrémités les animaux réagissent curieusement comme les humains, toujours prêts à sacrifier un frère à leur place si le besoin se fait vraiment trop pressant. La Fontaine voyait dans cette conduite une preuve de l’intelligence animale :