La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
Jeu de mots mis à part c’est du côté des petites filles qu’il faut chercher l’origine de cette expression. Vers le XVe siècle les fillettes jouaient à placer des épingles dans un rond au pied d’un mur et à les faire sortir à l’aide d’une balle qui devait d’abord frapper le mur avant de ricocher dans le cercle. Une joueuse habile parvenait au moins à récupérer sa mise, c’est-à-dire à retirer son épingle du jeu. Le sens figuré en découle très tôt, comme en témoigne d’Aubigné au XVIe : « Mais, ne pouvant rien contre vents et marée, il tira son épingle du jeu. »
Cela dit, les épingles ont eu autrefois dans la vie des femmes une importance dont on ne se doute guère. C’était apparemment un objet d’un certain luxe, dont la fabrication était strictement réglementée. Au XIIIe siècle le Livre des métiers précise : « Que nul maître ni maîtresse ne puisse acheter fil cher pour faire espingles, si ce n’est à ceux du dit métier [les espingliers], sous peine de l’amende. » On offrait des épingles aux dames et les testaments du XIVe et du XVe siècle disposaient parfois de legs particuliers destinés à leur achat, en particulier pour les « longues espingles à la façon d’Angleterre. » Du reste le pécule que les maris accordaient à leur épouse pour leurs menues emplettes personnelles ou bien les sommes qu’elles pouvaient amasser d’elles-mêmes par un truchement quelconque s’appelaient tout bonnement les « épingles. »
« Mme d’Étampes prend de pension, pour ses épingles, cinq cents livres. »
Il s’agit là, semble-t-il, d’un trait de civilisation occidentale car l’anglais connaît aussi l’expression pin-money qui désigne l’argent de poche des femmes et des jeunes filles. Témoin ce dialogue d’une comédie classique de Vanbrugh où une jeune fiancée se réjouit ingénument de la munificence de son futur époux ; « Dis-moi, nourrice, s’il me donne deux cents livres par an pour m’acheter des épingles, qu’est-ce que tu crois qu’il me donnera pour acheter des beaux jupons ? — Ah ma chérie, il te trompe vilainement ! Ce que ces Londoniens appellent l’argent des épingles c’est pour acheter à leurs femmes tout ce que peut offrir le vaste monde, et jusqu’aux lacets de leurs chaussures ! »
La pratique des « épingles » a duré longtemps, et s’il faut en croire Littré, jusqu’à l’époque de nos arrière-grand-mères, où le mot désignait une sorte de pourboire particulier à l’intention des femmes : « C’est pour les épingles des filles, se dit de ce que l’on ajoute en payant une marchandise ou un ouvrage au prix convenu… Ce sont les épingles de madame. »
Monter en épingle
On comprend dès lors que l’on puisse être tiré à quatre épingles — ajusté sans aucun faux pli ! Et aussi naturellement qu’il vaille parfois la peine de monter une chose en épingle, afin de la mettre en valeur. Tout est dans la tête, si j’ose dire, et dépend de la grosseur et du prix de celle-ci. On peut monter une émeraude en épingle par exemple, et faire d’une simple épingle de cravate ou d’une épingle à chapeau un véritable bijou.
Que l’on en juge par cette description somptueuse, extraite d’un traité des émaux du XVIe siècle : « Un saphir enchâssé à jour, sur un espingle d’or, garni de douze petites perles. » Pas du tout le genre que vous iriez chercher dans une meule de foin !
Dormir comme un sabot
À première vue, le sabot, qui aux pieds s’agite et claque, et fait un bruit d’enfer sur le pavé, ne fournit pas une image du sommeil particulièrement évidente. Il est vrai que, par contraste, dès qu’il est laissé dans un coin il a l’air de dormir comme une bûche…
Cette seconde image a certainement aidé l’expression dormir comme un sabot à se perpétuer jusqu’à nous. C’est pourtant une image fausse. Le « sabot » dont il s’agit est en réalité une « toupie de forme conique en bas et cylindrique en haut, que font pirouetter les enfants en la frappant avec un fouet ou une lanière. » (Littré.) C’est un sens connu dès le Moyen Âge : « [Un enfant] respondit que, einsi com il se jooit à son çabot, il chei [tomba] el celier » (XIIIe). « Fouetter un sabot » a été une expression courante : « La Furie qui agitait Amate, et qui la fouettait comme un sabot », dit Voltaire ; et par ailleurs un certain Picard : « Nous tournons au gré de nos passions comme un sabot sous le fouet de l’écolier. »
Le mot est d’une étymologie incertaine. Selon un auteur cité par Littré ce sabot serait appelé ainsi « parce que ces toupies sont faites la plupart d’un morceau de vieux sabot. » Il me semble pour ma part que l’occitan cibót, « toupie, pomme de pin », fournit une origine plus vraisemblable, du latin caepa ottu. C’est ce mot que chante une célèbre comptine des enfants bordelais :
— Jean Couillon, veux-tu faire à la paume ?
— Non maman je veux faire au cibot !
En tout cas on sait qu’une toupie bien lancée demeure immobile ; elle « dort » sur place, et même elle ronfle doucement — précisément : dormir comme un sabot c’est dormir en ronflant. Villon le savait : « Tous deux yvres dormans comme un ung sabot. »
La chasse
L’aboi du vieux chien doit-on croire.