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Intrigue à l'anglaise

Электронная книга - «Intrigue à l'anglaise». Краткое содержание книги:

Trois mètres de toile manquent à la fameuse tapisserie de Bayeux, qui décrit la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant.
Que représentaient-ils ? Les historiens se perdent en conjectures. Une jeune conservatrice du patrimoine, Pénélope Breuil, s'ennuie au musée de Bayeux, jusqu'au jour où sa directrice, dont elle est l'adjointe, est victime d'une tentative de meurtre ! Entre-temps, des fragments de tapisserie ont été mis aux enchères à Drouot. Pénélope, chargée par le directeur du Louvre de mener discrètement une enquête, va jouer les détectives et reconstituer l'histoire millénaire de la tapisserie, de 1066 à la mort tragique de Lady Diana sous le pont de l'Alma…
Intrigue à l'anglaise a reçu le prix Arsène Lupin.
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Et au sommet, l’espace qui manque pour que la fin du ruban se retrouve à l’aplomb de son début représente exactement ce qui manque à Bayeux, les trois derniers mètres du lé de toile de lin.

Cette lecture verticale, Denon en avait certainement trouvé le secret, il en avait placé la clef sous les yeux de tous, au cœur de Paris, la colonne Vendôme.

Les trois scènes finales contenaient le sens caché que Denon avait inventé. Elles étaient capitales. Un jeu destiné à égarer, une fausse piste, les fragments Contevil, l’autre…

Le duc de Windsor pensait-il que ce qu’il détenait était authentique ? En avait-il convaincu les nazis ? Ou étaient-ce les savants détraqués de l’Ahnenerbe, qui avaient lancé cette mission d’étude de la Tapisserie, la mission Jankuhn, qui avaient compris que le prince possédait l’inestimable point final de cette énigme, sans s’en rendre bien compte. Pour les nazis, il fallait savoir si ces fragments Windsor étaient authentiques, compatibles avec le reste de la toile. Ensuite, s’emparer du trésor de Bayeux, recoudre la fin.

Cela devait être fait, en secret, à Berlin, durant l’été 1944. Le Débarquement avait tout bouleversé. La Tapisserie avait d’urgence été conduite à Paris, dans les caves du Louvre. Voilà pourquoi, juste après avoir donné l’ordre de brûler la ville, Hitler avait pris les dispositions, qui devaient tellement étonner les historiens, pour que la Telle du Conquest des Nordmen survive à la défaite allemande. Il savait Windsor toujours disposé à lui donner son trésor, en attendant son rétablissement sur le trône.

« Il faut retrouver le “second jeu”, voir ce qu’il explique — une fois la Tapisserie, serpent d’airain, enroulée autour de son âme.

— Ce que veulent ceux qui ont tiré sur Solange, la femme qui en savait trop, qui avait presque tout deviné, et qui m’ont agressée en sortant de Drouot. Depuis un mois, ce “second jeu”, ils l’ont.

— Première question : la Tapisserie était-elle à l’origine présentée en colonne ? Réponse affirmative, forte présomption, mais j’en ai conscience, aucune preuve.

— Seconde question : Denon, avant toi, avait-il eu cette idée géniale ?

— Réponse : certainement. Qu’en avait-il fait ? À quoi devait servir cette découverte ?

— On le saura quand on aura vu les toiles. Tu veux une troisième question ?

— Vas-y !

— Pourquoi le duc de Windsor voulait-il à toute force conclure une sorte de pacte avec le père de Lord Contevil ? Pourquoi semblait-il ajouter foi à ces mauvais pastiches conservés dans l'île de Varanville, s’il possédait son propre jeu ?

— Éliminer un concurrent. Rester seul maître de la négociation avec Hitler. Nous, nous savons que les deux jeux sont faux, tous les deux commandés par Denon. Windsor pouvait-il le savoir ? Avait-il compris qu’il ne possédait, en fait d’arme de guerre, qu’un pétard mouillé ? De quoi faire monter les enchères, mais pas très longtemps. Si Windsor avait bien caché son jeu ? Le père de Contevil le prenait pour un imbécile, c’était peut-être le plus intelligent de tous…

— Regarde qui entre ! Cache les rouleaux. Vite. À cheval ! »

40.

Un jeune couple

Paris, samedi 11 octobre 1997

Entre Marc. Pénélope et Wandrille l’agressent. Il comprend tout, s’assied, les regarde :

« Ce n’est pas moi qui ai attaqué Pénélope. Tu m’aurais reconnu, Péné, si je t’avais sauté dessus sur les boulevards. Cela n’a aucun sens. Ce n’est pas moi non plus qui ai tiré sur la conservatrice de Bayeux, vous me prenez pour qui ?

— Et les photos volées à l’étude du commissaire-priseur, ce n’était pas toi, peut-être ?

— Le nouveau commissionnaire de Vernochet avait des airs tellement condescendants, je ne me suis pas privé. Vous voulez en avoir le cœur net ? J’ai les clichés chez moi. Cette Tapisserie a deux fins possibles. Les fragments arrachés à Pénélope ne sont pas ceux qui figurent sur le dessin Empire que j’ai acheté ; je vous montre ? »

Chez Marc, Pénélope et Wandrille — entre un tas de linge sale et un smoking sous une housse — comparent le grand dessin, qu’il vient d’accrocher au mur avec les trois photos marquées au dos du tampon de l’étude Vernochet.

Marc a rapporté de la banque son dessin de la Tapisserie, et leur explique, en souriant à Pénélope : « J’aimerais un appartement un peu plus grand, mais bon, tu vas vite voir que je ne dois plus trop compter sur ce machin… »

Les photographies montrent trois scènes, une version inédite, un final d’opéra inouï. Wandrille ne peut pas en détacher ses yeux. Pénélope, pieds nus, debout sur le lit de Marc, confirme : « Le dessin correspond à ce que j’ai vu à Varanville, la même scène, avec cette inscription sans équivoque, capitale pour le parti pro-contevilien : Odo designatus. Odo Princeps. »

Sur les morceaux vendus à Drouot, le récit s’achève autrement. Guillaume est sacré seul à Westminster, sans personne à ses côtés, puis le duc-roi couronné est assis en majesté devant le portail distribuant des étendards à ses soldats, et la troisième partie brodée montre le départ de ceux-ci, ultime frise de cavaliers harnachés et majestueux. Leurs destinations sont indiquées au-dessus d’eux : Italia, Sicilia, Scotia, Francia, Germania. Les bases d’un Empire normand — qui se développera bien après 1066. Un pannormandisme dans lequel les nazis avaient dû voir l’annonce du pangermanisme. Les étendards à épaisse bordure noire carrée marqués d’une croix de même largeur rappellent même quelque symbole plus récent. Il suffirait de découdre une demi-barre sombre par côté pour voir apparaître le plus exécré des emblèmes.

Wandrille veut les photocopier, les réduire, les coller à la fin de son serpentin. Pour comprendre. Mais le sens est déjà assez fort comme cela, et les invraisemblances historiques, commises à dessein par Denon, énormes. Il suffit de rapprocher ces deux « tableaux » des grandes compositions de Jacques-Louis David, peintes pour glorifier le sacre de Napoléon Bonaparte, le Couronnement et La Distribution des aigles.

Pénélope charge :

« Pourquoi avais-tu disparu ?

— Parce que j’étais amoureux, et je ne voulais pas que ça se sache…

— C'est nouveau, interrompt Wandrille, gros lourdaud, toi qui t’es toujours vanté de tes succès. Qui est la nouvelle ?

— J’ai bien peur que vous ne la connaissiez déjà. Je craignais que nous ne soyons pas bien faits pour aller ensemble, à vos yeux. Nous sommes partis pour la Sicile. Une expédition normande ! Sur le chemin du retour, passage par les Pouilles, région magnifique. Vous connaissez la cathédrale d’Otrante, avec un pavement de mosaïques du début du XIIe siècle.

— Ne détourne pas la conversation.

— Le style est absolument celui de la Tapisserie, même manière de dessiner les personnages, un artiste typique du style normand de cette époque…

— Pourquoi nous racontes-tu cela ?

— Parce qu’il faut redire une évidence : penser que la broderie conservée à Bayeux pourrait ne pas être un travail anglo-normand du XIe siècle est absurde. Et j’ai bien compris que mon dessin était une pure création du XIXe. »

Pour Marc, tout s’effondre. Il ne possède que le relevé d’un faux, certes ancien et intéressant, mais sans valeur pour la succession au trône d’Angleterre, qui n’aurait eu aucun intérêt pour les amoureux du Ritz — le 31 du mois d’août. L'enfant de la princesse et de son charmant Égyptien n’avait peut-être jamais été mis en route, nul n’en saura jamais rien. La princesse Diana est morte, son ami Dodi avec elle — ces malheurs sont une autre histoire.

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