Intrigue à l'anglaise
- Автор: Goetz Adrien
- Серия: Les enquêtes de Pénélope #1
- Год: 2008
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253123422
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «Intrigue à l'anglaise». Краткое содержание книги:
Que représentaient-ils ? Les historiens se perdent en conjectures. Une jeune conservatrice du patrimoine, Pénélope Breuil, s'ennuie au musée de Bayeux, jusqu'au jour où sa directrice, dont elle est l'adjointe, est victime d'une tentative de meurtre ! Entre-temps, des fragments de tapisserie ont été mis aux enchères à Drouot. Pénélope, chargée par le directeur du Louvre de mener discrètement une enquête, va jouer les détectives et reconstituer l'histoire millénaire de la tapisserie, de 1066 à la mort tragique de Lady Diana sous le pont de l'Alma…
Intrigue à l'anglaise a reçu le prix Arsène Lupin.
Pierre va les suivre la mort dans l’âme.
Il aimerait oublier ces histoires. Il est obligé de s’embarquer. Il ira sur le champ de bataille, puis dans l’église de Bosham, pour le rendez-vous.
Il aurait voulu appeler Pénélope, la voir. Lui expliquer ce qui se passe, ce qu’il ressent. Ce qu’il a failli lui avouer, quand il était sur le pas de sa porte, l’autre soir, au retour de Varanville.
Il a préféré se taire.
39.
Un soir au Club
Un mois plus tard, Paris, samedi 11 octobre 1997
Pénélope a marché à grands pas sous la pluie. Une soirée tranquille, au Club, avec Wandrille, comme autrefois. Depuis un mois, elle n’avait guère quitté Bayeux. Elle était accablée par le travail. Solange se rétablissait doucement, Pénélope avait dû tout faire seule : appels d’offre pour une nouvelle porte d’accès, changement des emplacements des extincteurs, négociations avec les deux syndicats qui se partagent gardiens et secrétaires, recrutement de trois nouveaux guides… Ses études d’histoire de l’art l’ont menée à un poste de chef d’établissement, elle ne sait pas encore si elle va y prendre goût. Pierre Érard, curieusement, ne s’est manifesté qu’une ou deux fois, pour ne rien dire, comme s’il voulait s’effacer de la vie de Pénélope, avec discrétion. Avant-hier il a appelé, pour lui proposer, en associant Wandrille, une aventure : participer, en cottes de mailles, à la reconstitution d’Hastings. Elle a immédiatement dit oui, pour eux deux. Pierre est d’une délicatesse extrême, il a même fait mettre de côté des panoplies. Pénélope, excitée comme une petite fille, a aussitôt averti Wandrille, qui en fera une chronique à tout casser, « de notre correspondant au XIe siècle, envoyé spécial dans la plaine d’Hastings ».
Wandrille a fini par appeler les parents de Marc en Espagne, qui ont prétendu qu’il était en vacances, qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Wandrille, souverain, a accordé à leur ami le bénéfice du doute, au nom de leurs heures de piscine et des déjeuners chez Éva. Sur les bords du canal Saint-Martin, Pénélope sourit au visage de Mère Teresa, encadré dans la devanture d’une boutique.
Le patron, M. Richard, exulte : « Le seul bistrot où le marc de café vaut plus cher que le café ! On va faire fortune, les amis, si ça continue. On a de nouvelles spécialités qui s’annoncent pour la semaine prochaine, le plomb fondu dans l’eau, pas encore essayé ça ; et aussi, j’ai tout noté : la rabdomancie, la lampadomancie, la captromancie, la théphramancie, ils ont téléphoné ce matin, je leur ai fait épeler, ça vous dit quelque chose ? On m’a demandé aussi si on acceptait des phrénologues, pas su trop répondre ! Ils vont venir vous voir pour se présenter. »
Wandrille accueille Pénélope à bras ouverts. Elle espérait une remarque, quand il la verrait, qui ne vint pas. Il n’a même pas pensé à la regarder. Il a fait déménager la graphologue qui consultait dans l’arrière-salle, a installé à sa place ses aiguilles, son tambour, ses torchons et ses tapisseries de papier découpé. Pénélope lui apporte la preuve de la commande aux brodeuses coptes. Un texte retrouvé aux archives du Louvre, qui complète le document découvert par Solange. Signé Denon.
Il a bien été commandé à un couvent du Caire, par Dominique-Vivant Denon, esprit duplice et astucieux, un « double jeu » de broderies. Tous les officiers de l’armée d’Égypte n’étaient pas rentrés, les ordres avaient été transmis sans peine au contingent français qui se maintenait à l’autre bout de la Méditerranée. Wandrille s’étonne de ces deux versions. Était-ce par précaution, parce qu’on ne pouvait pas contrôler sur place le travail de l’atelier ? Deux versions, « différentes » écrit Denon — et les deux, une lettre en réponse en atteste, ont bien pris le chemin de Paris. L'une a fini chez les Contevil, après avoir failli disparaître au XIXe siècle, sous les yeux d’un inspecteur des Monuments historiques nommé Prosper Mérimée. C'est la version qui proclame l’existence d’une dynastie normande de substitution, prête à monter sur le trône, à Londres, dans les fourgons de l’armée française, avec les aigles d’or et les grognards.
L'autre version brodée en Égypte a été la propriété du duc de Windsor. D’où la tenait-il ? Du trésor secret de la famille royale ? Un stratagème de Napoléon : il avait fait parvenir à Londres cette fin de l’histoire montrant la défaite d’Albion, une composition destinée à saper le moral des ennemis. La collection royale l’avait acquise, pour la cacher. Le duc l’avait montrée à Hitler et à Himmler, qui en avaient compris l’intérêt.
Ces trois scènes capitales donnaient la clef de la lecture cachée du monument de toile.
Wandrille a pris entre les mains le rouleau de carton sur lequel, après une dizaine d’essais peu convaincants, il a collé la reproduction de la Tapisserie. Le diamètre est selon lui le bon : pour le déterminer, il a calculé la dimension moyenne des « séquences », des scènes de la Tapisserie, souvent séparées par des monuments ou des bouquets d’arbres ; la largeur de base des « cartons » qui avaient dû servir de modèles aux brodeurs du XIe siècle. En choisissant un rouleau de ce diamètre, il constatait que les deux premières hachures de la bordure, au-dessus de la scène montrant le roi Édouard dans son palais, se prolongeaient exactement par les hachures inférieures qui se trouvent sous le bateau d’Harold, portant l’inscription « navigavit ». Les angles formés avec les bords du tissu sont « raccord ». Selon Wandrille, c’est ce repère simple et commode qui permet la mise en place. Une fois ces deux traits en diagonale bien ajustés, il suffit d’enrouler le reste de la Tapisserie sur la colonne, en maintenant bien le tissu bord à bord.
Pénélope a essayé, dans son bureau, de refaire l’exercice, elle n’y est jamais arrivée. Tout se mélangeait, sans donner aucun sens à l’ensemble. Elle avait collé des photocopies, acheté et récupéré tous les rouleaux imaginables. Wandrille a découvert de nombreuses lectures verticales vraisemblables. Il place devant sa colonne un cache en papier aussi haut et de la largeur d’une séquence : il suffit de regarder comment les scènes se répondent de bas en haut.
Le doigt de Dieu, brodé dans les nuées au-dessus de Westminster, se retrouve dans l’axe de la scène du serment d’Harold, le message est clair. Pénélope exulte : voilà sans doute pourquoi l’enterrement du roi a été brodé avant la scène de sa mort, détail dérangeant que les historiens, jusqu’à aujourd’hui, expliquaient faute de mieux en disant que les brodeurs avaient dû se tromper et intervertir deux cartons.
La mort d’Harold, l’œil crevé, à Hastings, se retrouve à la verticale exacte de son palais et de son église de Bosham. Sur cette ligne, des scènes cruciales de son histoire : la gifle d’Aelfgyva, son couronnement royal, l’apparition menaçante de la comète.