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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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La cité était immense, avec ses rues innombrables et la multitude d’êtres de chair qui allaient et venaient en tous sens. Avec cette chaleur humide, cette touffeur du sud, si différente de ce dont il avait l’habitude dans le nord froid et sec. Avec ces odeurs suaves et inconnues. Avec l’absence totale du lien du Nid. Avec l’angoisse de découvrir dans le regard des habitants de la cité le mépris ou la haine.

Mais il n’avait pas éprouvé la moindre crainte. Il était passé devant les gardes revêches et goguenards pour descendre la rue Minbain revêtue de pavés ronds, puis il avait tourné à gauche pour déboucher sur un marché à ciel ouvert, dans une petite rue qu’il n’avait jamais prise avec Nialli Apuilana. Il était passé d’étal en étal, regardant les fruits et les légumes, et aussi les pièces de viande suspendues au-dessus des éventaires. Il avait observé tout cela avec sérénité, puis, estimant que la promenade avait assez duré, il avait retrouvé sans difficulté le chemin de la Maison de Mueri.

Après cette première expérience, il était sorti tous les jours ou presque. C’était follement excitant. S’arrêter tout simplement à un carrefour, écouter des chanteurs de rue, le discours d’un prédicateur ou les boniments d’un marchand de jouets… C’était tellement différent de la vie du Nid ! Entrer dans un restaurant et regarder avec émerveillement la viande qui cuisait sur le gril, la montrer du doigt en souriant et se voir servir avec le sourire une tendre portion de la nourriture du peuple de chair. C’était merveilleux et il se sentait transfiguré ! Il avait le sentiment de vivre un rêve d’une étonnante netteté.

La nourriture du peuple de chair qu’il absorbait maintenant jour après jour avait des effets visibles sur son apparence. Sa fourrure était devenue beaucoup plus épaisse et plus sombre. Il avait grossi et lorsqu’il pinçait sa peau, il sentait rouler entre ses doigts un bourrelet de chair, ce qui ne lui était jamais arrivé. Cette nourriture plus riche pénétrait également à l’intérieur de son âme et il éprouvait une vigueur nouvelle. Il était agité, presque fébrile, et se sentait rempli d’une énergie singulière. Il lui arrivait parfois, dès que Nialli Apuilana entrait dans sa chambre, de sauter sur elle sans presque lui laisser le temps de dire un mot et de l’entraîner sur le lit ou de rouler par terre avec elle. Quand il se promenait dans la rue, il marchait à longues enjambées et prenait plaisir à sentir le contact des pavés sous la plante de ses pieds. C’était encore une sensation inconnue de marcher sur un sol revêtu d’un pavement. Tout était nouveau, tout était tellement excitant.

Tout le monde semblait savoir qui il était. Les gens le montraient du doigt et chuchotaient entre eux à son passage. Quelques-uns lui adressaient la parole, courtoisement mais en hésitant, comme s’ils ne savaient pas très bien s’il était prudent de l’aborder. Avec les enfants, c’était différent. Il en avait toujours une armée pendue à ses basques. Il semblait y avoir des enfants partout et Kundalimon avait parfois l’impression que la cité n’était peuplée que de garçons et de filles. Ils le suivaient en gambadant et l’accompagnaient de leurs cris et de leurs rires.

— Hjjk ! Hjjk ! Voilà le hjjk !

— Dis-nous quelque chose dans ta langue, le hjjk !

— Hé ! Hé ! Le hjjk ! Où est passé ton bec ?

Ils ne cherchaient pas à se moquer de lui. Ce n’étaient que des enfants et ils gardaient un ton enjoué et taquin.

Il se retournait vers eux et leur faisait signe de s’approcher. Ils demeuraient méfiants au début, à l’image des adultes, puis ils s’avançaient et se pressaient autour de lui. Certains lui abandonnaient timidement leur main quand il la prenait délicatement dans la sienne.

— Tu es vraiment un hjjk ?

— Je suis comme toi. Un être de chair, comme toi.

— Alors, pourquoi dit-on que tu es un hjjk ?

— Les hjjk m’ont enlevé quand j’étais très jeune, dit doucement Kundalimon en souriant. Et ils m’ont élevé dans leur Nid. Mais je suis né ici, dans cette cité.

— C’est vrai ? Qui est ton père ? Qui est ta mère ?

— Marsalforn, répondit-il. Ramla.

Il fouilla dans sa mémoire pour s’assurer que c’était bien cela. Nialli Apuilana lui avait dit que la mère, la faiseuse d’Œuf, s’appelait Marsalforn et que le père, celui qui avait fécondé, s’appelait Ramla. À moins que ce ne fût l’inverse. Dans le Nid, peu importait qui étaient la faiseuse d’Œuf et le donneur de Vie. Tout le monde était en réalité l’enfant de la Reine. Sans son contact, il ne pouvait y avoir de nouvelle vie et tout le monde accomplissait la volonté de la Reine.

— Où vivent-ils, ta mère et ton père ? demanda une petite fille. Est-ce que tu vas les voir ?

— Ils vivent ailleurs maintenant. Ou peut-être ne vivent-ils plus nulle part. Personne ne sait où ils sont.

— Oh ! Comme c’est triste ! Si tu n’as plus ton père et ta mère, veux-tu venir voir les miens ?

— J’aimerais beaucoup, dit Kundalimon.

— Comment es-tu venu ici ? demanda une autre fillette. Es-tu venu en volant comme un oiseau ?

— Je suis venu à dos de vermilion, dit-il en décrivant d’un grand geste des deux bras un animal d’une taille gigantesque. Je suis venu du nord, là où se trouve le Nid des Nids, et j’ai voyagé jour après jour, semaine après semaine. Sur mon vermilion, vers cette cité, la cité de Dawinno. C’est la Reine qui m’a envoyé. Elle m’a dit : va à Dawinno. Elle m’a envoyé pour que je vous parle. Pour que je fasse connaissance avec vous et vous avec moi. Pour que je vous apporte Son amour, et Sa paix.

— Est-ce que tu vas nous emmener dans le Nid avec toi ? demanda un garçon au dernier rang. Est-ce que tu vas nous enlever, comme toi, on t’a enlevé ?

Kundalimon en resta tout interdit.

— Oui ! Oui ! s’écrièrent les enfants. Es-tu venu pour nous emmener chez les hjjk ?

— Cela vous ferait plaisir ?

— Non ! se mirent-ils à hurler en chœur, si bruyamment que ses oreilles bourdonnèrent. Ne nous emmène pas ! S’il te plaît, ne fais pas ça !

— Moi, j’ai été enlevé. Vous voyez bien qu’on ne m’a pas fait de mal.

— Mais les hjjk sont des monstres ! Ils sont affreux et dangereux ! Ce sont d’horribles insectes géants !

— Ce n’est pas vrai, dit Kundalimon en secouant la tête. Vous ne pouvez pas comprendre, car vous ne les connaissez pas. Personne ici ne les connaît. Ils sont gentils, ils sont affectueux. Si seulement vous saviez. Si seulement vous pouviez ressentir le lien du Nid. Si seulement vous pouviez connaître l’amour de la Reine.

— Il a l’air fou, lança un petit garçon. Qu’est-ce qu’il raconte ?

— Chut ! Chut !

— Venez, dit Kundalimon. Asseyez-vous avec moi, ici, dans le parc. Il y a tant de choses que je voudrais vous apprendre. Je vais d’abord vous raconter la vie dans le Nid…

Il ne restait plus rien de la Cité de Yissou que Thu-kimnibol avait connue dans sa jeunesse. Il avait assisté à la destruction des huttes grossières bâties au temps de Harruel et à leur remplacement par les premières constructions de pierre de la cité de Salaman, mais il ne subsistait même plus le moindre vestige de cette deuxième cité. Une autre, plus imposante, y avait été superposée, et il ne restait plus trace de tout ce qui l’avait précédé, maisons, palais, tribunal…

— Cela te paraît bien, non ? demanda Salaman. On dirait une vraie cité, n’est-ce pas ?

— Cela ne ressemble pas du tout à ce que je m’attendais à trouver.

— Plus fort ! ordonna Salaman. Parle plus fort ! Je ne comprends pas la moitié de ce que tu dis !

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