Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
- Jones ? Il était d'origine écossaise ? Comment pouvait-il être votre cousin ?
- Mon père aussi était d'origine écossaise... et pour nous l'amiral est un héros, un grand homme. Puisqu'il représentait tout ce qui me restait, j'ai voulu le rejoindre. Hélas ! quand je suis arrivée à Paris, il venait de mourir. La France lui accorda des funérailles nationales que j'ai pu admirer, mais je ne savais trop où aller quand le meilleur ami de mon cousin, le colonel Blackden, m'a offert l'hospitalité auprès de sa femme dans leur maison de la rue Traversière-Saint-Honoré... C'est là que j'ai rencontré le baron de Batz, c'est de là que j'ai pu assister au drame du 10 août. J'ai vu l'horreur d'un massacre et le sort infâme que ce peuple réservait à son roi. J'ai donc juré de me dévouer à sa cause comme l'a fait Jean de Batz.
- Vous l'aimez?
La question faillit la prendre au dépourvu, mais sa brutalité autorisait un silence. Puis, avec une hauteur digne d'une princesse de Tarente ou d'une marquise de Tourzel, l'ancienne Anne-Laure de Pontallec répondit :
- Je l'admire et je le respecte infiniment. En outre, il se trouve que je lui dois la vie !...
- Au point d'être prête à courir les aventures avec lui ?
- Pourquoi pas, dès l'instant où il avait besoin de moi pour venir jusqu'ici! Ai-je répondu aux questions de Votre Altesse ?
Il se rapprocha d'elle au point qu'elle put sentir l'odeur forte - bière et sueur ! - qui se dégageait de son uniforme et de son haleine.
- Pas encore tout à fait. Savez-vous ce qu'il vient faire ici ?
- Prier Votre Altesse de se hâter de gagner Paris afin d'arracher le Roi à ses geôliers. Le temps presse...
- C'est avec lui que j'en discuterai!... Où vous a-t-on logée ?
A présent, il posait ses deux mains sur les épaules de la jeune femme ; celle-ci eut un brusque mouvement de recul et les mains retombèrent.
- Nulle part! Votre hôtesse forcée ne sait que faire de moi. La voiture devrait suffire : nous ne nous attarderons certainement pas !
- C'est à moi d'en décider... comme c'est à moi de décider de votre logement. Où que ce soit...
L'entrée d'un aide de camp l'interrompit. L'officier claqua les talons, rectifia la position et fit une annonce en allemand dont Laura ne comprit que deux mots : " général Dumouriez ", et pas davantage ce que le duc répondit. Presque sans changer de ton, il continua cependant en français :
- Nous nous reverrons tout à l'heure, ma chère! J'ai encore bien des choses à vous dire...
Une révérence et elle était sortie. Pour se trouver en face d'un officier français dont le bicorne empanaché de tricolore avait beaucoup souffert du mauvais temps. Il l'ôta machinalement en se trouvant devant une femme, mais ses yeux s'arrondirent sous le coup d'une surprise émerveillée :
- Vous?... mais par quel miracle?
Il n'eut pas le temps d'en dire plus : l'aide de camp l'emmenait et elle entendit que l'on annonçait le colonel Westermann. C'était l'homme qui l'avait embrassée sur la berge de la Seine quand il les avait fait sortir des Tuileries, elle et les autres dames de la Reine, juste un petit moment avant qu'elle ne se jette à l'eau pour échapper à la meute furieuse.
Elle connaissait son nom, à présent, mais cela lui était assez indifférent. Ce qui l'était moins, c'est que lui savait peut-être qui elle était en réalité. Elle se consola un peu en pensant que ce Westermann devait être un émissaire du haut commandement français et qu'il aurait sûrement à débattre d'autres sujets que d'une échappée d'un palais mis à sac. Pourtant, elle éprouvait une impression désagréable. Elle se hâta de la confier à Batz qu'elle retrouva à peu près à l'endroit où elle l'avait laissé. Il contemplait une grande tapisserie flamande du xve siècle représentant un départ de chasse et qui, avec deux bancs à dossiers de chêne sculpté, formaient l'ornement du noble vestibule.
- Il est bien dommage, dit-il, que Mme de Dampierre ait été prise au dépourvu par l'arrivée des Prussiens sitôt après le départ des Français. Elle risque fort de dire bientôt adieu à cette merveille. Partout où ils passent, les gens de Frédéric-Guillaume emportent des " souvenirs "...
Puis, revenant à Laura avec ce sourire qui donnait tant de charme à sa physionomie un peu sévère :
- Eh bien ? Votre entretien ?
Elle le lui rapporta aussi fidèlement que possible et il parut approuver jusqu'au moment où elle évoqua les mains du duc posées sur ses épaules : il fronça le sourcil :
- C'est un peu ce que je redoutais en vous emmenant et je crois vous l'avoir dit. Brunswick aime les jolies femmes ; enfin, c'était un risque qu'il me fallait prendre. La comédie que nous avons montée m'a permis d'arriver ici plus vite et plus sûrement que je ne l'aurais fait seul. A présent, il faut...
- Attendez ! Vous ne savez pas tout !
Et elle raconta sa rencontre au seuil du grand salon.
- Eh bien, il ne nous manquait plus que cela ! soupira le baron. J'ai vu arriver tout à l'heure ce Westermann...
- Vous le connaissez ?
- Comme je connais tous les enragés qui gravitent autour des nouveaux maîtres ! C'est le meilleur ami de Danton, et pourtant il est de bonne noblesse alsacienne. Il a d'abord servi dans les hussards puis il est devenu écuyer des écuries du comte d'Artois. En 89, il a même été grand bailli de la noblesse de Strasbourg, mais la révolution lui a mis la tête à l'envers. C'est même lui qui a mené l'assaut contre les Tuileries. Un Alsacien à la tête de Marseillais et de Brestois! Insensé! Ce que j'aimerais savoir, c'est quand il a rejoint Dumou-riez celui-là! Mais deux choses sont certaines : il hait le Roi et, sous des dehors policés, c'est une bête sauvage et cruelle. S'il est tombé amoureux de vous, Dieu nous protège!
Le retour de Mme de Dampierre dispensa Laura de répondre. La comtesse venait lui dire qu'elle allait pouvoir disposer d'une petite chambre qu'un officier du duc venait de libérer sur ordre.
- Elle est voisine de l'ancienne lingerie où nous avons installé le blessé, dit-elle. J'espère que ce voisinage ne vous gênera pas : le malheureux souffre et cela s'entend !
- Vous êtes infiniment bonne, comtesse, dit Batz, mais il se peut que Miss Adams ne l'utilise que pour prendre un peu de repos avant que nous quittions votre demeure. Si je peux avoir, dès ce soir, un entretien avec le duc, nous repartirons dans la nuit.
- Je le regretterai car je vais me sentir un peu perdue au milieu de tous ces Allemands... En attendant, venez avec moi à la cuisine, jeune dame, vous avez grand besoin de vous réchauffer et de vous réconforter. Vous n'êtes pas de trop, baron, si vous le désirez ?
- Je vous rends grâces, madame, mais il faut que je cherche mon secrétaire...
Ce n'était qu'un prétexte. En réalité, Batz guettait la sortie de Westermann qu'attendait, devant les marches du perron, un peloton de cavalerie avec le drapeau blanc des parlementaires. Batz ne put s'empêcher de leur trouver fière allure. Ils étaient là, au milieu de cette cour gardée de tous côtés par des soldats aux visages hostiles, ressemblant un peu à un équipage de chasse environné d'une meute malintentionnée. Ils n'avaient pas mis pied à terre et faisaient bouger, voire volter, leurs chevaux pour les réchauffer. Enfin Westermann parut. Il traversa le vestibule sans remarquer le baron reculé dans un coin obscur. Mais ce dernier put voir sur le visage arrogant du colonel une expression de satisfaction qui lui déplut souverainement. Il estima que le temps était venu pour lui de mettre Brunswick au pied du mur et demanda à être reçu. Au lieu d'être introduit au salon, il vit venir à lui ce conseiller du grand-duc de Weimar avec lequel il avait déjà échangé quelques propos pendant la bataille. Il se souvint qu'il s'appelait Goethe, que c'était un lettré, un poète, et qu'il avait trouvé plaisir à sa conversation. Au physique c'était un homme d'une quarantaine d'années, grand et beau avec un long visage rêveur, de belles mains et une élégance naturelle dont il prenait grand soin.