Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
- Nos princes vont souper, Herr baron, dit-il dans un français un peu hésitant. Ils ont gagné la salle à manger comme vous pouvez l'entendre et je suis chargé de vous... convier à prendre votre part ! Batz écouta un instant le vacarme de voix fortes, de chaises tramées sur les parquets, de cliquetis de vaisselle qui perçaient les murs et eut un mince sourire : il voulait bien partager la vue d'une bataille avec Brunswick, mais non pas rompre le pain avec un homme dont il n'était plus certain qu'ils soient toujours du même côté.
- Grand merci, monsieur le conseiller, mais je n'ai pas faim. En outre, je craindrais d'être importun.
- Parce que vous êtes français ?
- Peut-être... Même si je ne suis qu'au Roi, ceux avec lesquels nous avons ce tantôt échangé tant de coups de canon sont malgré tout mes compatriotes. Je préfère attendre que Son Altesse puisse me recevoir comme je l'ai demandé...
- Cela pourrait être long.
- C'est sans importance, croyez-le ! Je serai très bien ici pour patienter, ajouta-t-il en désignant l'un des deux bancs de chêne.
- Alors je vous tiendrai compagnie, fit Goethe en se dirigeant vers le siège en question.
- N'en faites rien, je vous en prie! Il n'y a aucune raison de vous priver pour moi de votre souper...
- J'en vois plusieurs! D'abord, je suis comme vous, je n'ai pas faim...
- Par pitié, ne poussez pas si loin la politesse, monsieur von Goethe! Vous me gêneriez...
- Politesse? Pour un Allemand être poli c'est mentir. Je ne vous mens pas. Il est vrai que je suis loin d'être affamé - les poètes sont ainsi, vous savez ? - et puis vous m'intéressez. Avec le fracas de la bataille il était difficile de s'entendre tout à l'heure.
- Vous avez vraiment pris cela pour une bataille ?
- Je sais bien qu'elle n'était pas conforme aux règles habituelles et c'est peut-être pour cela qu'elle m'a en quelque sorte fasciné. L'angoisse que l'on ressentait se communiquait uniquement par les oreilles car le tonnerre du canon, le sifflement et le fracas des projectiles à travers l'air sont la cause véritable de cette sensation. Au reste, ajouta-t-il avec un sourire indulgent, cet état est l'un des moins souhaitables où l'on puisse se trouver et, parmi les nobles et chers compagnons de guerre, je n'en ai pas rencontré un seul qui parût en avoir le goût passionné... Mais, à votre avis, qui a gagné?
Batz ne put s'empêcher de lui rendre son sourire tant il le trouvait communicatif. C'était le privilège des poètes de raisonner souvent avec une juvénile fraîcheur.
- Difficile à dire. Personne, selon moi, puisque le duc a refusé l'engagement corporel. Vos soldats sont restés sur leurs positions, les autres aussi. Il faudra voir demain.
- Parce que vous pensez que la canonnade va recommencer? Cela peut durer longtemps...
- J'espère que non. Le temps presse pour nous, les serviteurs du roi de France. Il est en grand danger et, si l'on ne se porte à son secours rapidement...
Les yeux du poète plongèrent soudain, profondément, dans ceux de son interlocuteur :
- J'ai peur que vous ne soyez déçu, dit-il lentement. D'après ce que je sais, le duc pense que s'avancer vers Paris avec des troupes malades, mal équipées puisque croyant à une campagne rapide elles n'ont que des uniformes d'été, serait folie. Il faudrait... revoir la question... repartir sur de nouvelles positions...
- Vous avez la meilleure de toutes : vous tenez la route de Paris.
- Mais nous sommes coupés de nos ravitaillements et de nos arrières. Les Autrichiens ne nous ont rejoints qu'aujourd'hui et ne sont pas en meilleur état que nous...
Brusquement, la lumière se fit dans l'esprit de Batz qui se traita mentalement d'imbécile. Cet homme charmant ne s'était pas privé de son souper pour le seul plaisir de jouir de sa conversation : il était bel et bien venu le préparer à son entrevue avec Brunswick, peut-être même le persuader d'y renoncer... Avec plus de subtilité qu'il ne lui en supposait, le duc lui avait envoyé un poète en pensant qu'il l'écouterait plus volontiers... Il se leva :
- Monsieur le conseiller, dit-il avec une fermeté qui n'excluait pas une irréprochable courtoisie, je vous suis infiniment reconnaissant d'avoir bien voulu charmer - et il appuya sur le mot - les longueurs de l'attente, mais l'heure s'avance et je ne puis patienter plus longtemps pour être fixé sur les intentions de Son Altesse ainsi que celles de Sa Majesté le roi Frédéric-Guillaume...
- Oh, je pense que leurs pensées se sont rejointes et qu'elles se trouvent à présent en parfait accord !
- Alors, j'espère que Son Altesse me fera l'honneur de me le dire elle-même... et sans plus me faire attendre, même de si aimable façon. J'ai, moi aussi, des dispositions à prendre... et je ne partirai qu'une fois convaincu de l'inanité de mes efforts. Avec un soupir, Goethe se leva à son tour :
- Vous n'abandonnez pas facilement, n'est-ce pas? Même si je vous dis que vous allez tenter l'impossible.
- C'est un mot que je ne connais pas. Me ferez-vous la grâce d'aller lui demander de me recevoir ? Sans plus tarder ! Car même si le duc ne s'en soucie plus - pour des raisons que je connais, ajouta-t-il en appuyant intentionnellement sur la courte phrase -, je dois, moi, retourner à Paris au plus vite : j'ai un roi à sauver !
Goethe garda un instant le silence. Comme tout à l'heure, il regarda Batz au fond des yeux puis, posant une main compréhensive sur son épaule, il soupira :
- J'y vais de ce pas. Voyez-vous, baron, j'aime ceux qui rêvent à l'impossible.
CHAPITRE VIII
UN ANGE NOMMÉ PITOU
Lorsque Batz fut introduit auprès de lui, Brunswick avait repris sa contemplation du portrait de Louis XIV. Le grand Roi, décidément, semblait le fasciner. Il ne l'abandonna qu'à regret pour offrir à son visiteur un visage maussade :
- On me dit que vous voulez partir cette nuit et qu'auparavant vous désirez un dernier entretien avec moi. Je n'aime guère que l'on me sorte de table, mais nous sommes à la guerre. Alors que voulez-vous ?
- Connaître les intentions de Votre Altesse. Elle tient à présent la route de Paris. Quand va-t-Elle l'emprunter ?
Le regard lourd du Prussien s'attacha à la mince silhouette qui lui faisait face, tendue comme une corde d'arc :
- Pas cet automne en tout cas! Je suis comptable de mes soldats. Ils sont épuisés, mal équipés, bourrés de raisins verts, de pommes de terre crues et de blé à peine réduit en farine. Vous avez parcouru mes camps, vous avez vu ces malheureux transis de froid et de fièvre, ces boues sanglantes qui polluent la terre?... Je dois les ramener au pays pour qu'ils retrouvent la santé et le goût du combat.
- Le goût du combat, ils l'avaient tout à l'heure! Devant l'ennemi ils s'étaient ressaisis et retrouvaient leur image perdue. Pourquoi n'avez-vous pas engagé les troupes à pied et la cavalerie ? Les Autrichiens sont là à présent et les émigrés ne sont pas loin.