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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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L'apostrophe s'adressait naturellement à Batz qui écoutait avec angoisse le duel oratoire des deux géants. Il avait été certain jusqu'à présent que ces deux hommes étaient entièrement d'accord, et voilà que Brunswick semblait privilégier l'immobilisme! Il se demanda alors jusqu'à quel point les diamants de la Couronne entraient dans cette étrange attitude. Le duc les avait sûrement reçus. Mais il fallait répondre au Roi :

- Votre Majesté ne m'a pas donné congé, dit-il en saluant.

- Mais vous êtes de mon avis ? Il faut marcher sur Paris ?

- Il faut délivrer le Roi au plus vite...

- C'est cela que vous veniez me dire ? demanda Brunswick.

- Cela... et autre chose qui peut attendre, Monseigneur !

- Alors retirez-vous ! Si nous partons à l'aube, mon aide de camp, le colonel von Massenbach, veillera à ce que vous nous suiviez et, où que nous soyons, je vous verrai demain soir. Vous... et votre compagne !

Il n'y avait rien à ajouter. Batz salua et suivit l'officier qui était entré au moment où le duc prononçait son nom. Comme ils franchissaient le seuil, ils se heurtèrent presque à un gentilhomme en civil dont les vêtements irréprochables - juste un peu de boue sur les bottes car il était impossible de l'éviter ! - tranchaient avec vigueur sur l'allure générale de l'environnement. Sans se soucier de Batz, l'homme sauta à la figure du colonel von Massenbach qui avait une bonne demi-tête de plus que lui :

- Allez dire au duc de Brunswick que je veux le voir tout de suite ! C'est très important ! Il s'agit des occupants de la voiture qui est là-bas de l'autre côté de la place ! Ce sont des envoyés de la Commune insurrectionnelle de Paris, j'en jurerais !

- Ne jurez pas, Monsieur ! Vous perdriez. C'est moi l'occupant ! dit Batz sèchement.

- Me direz-vous qui vous êtes ?

- Quand vous vous serez vous-même présenté !

- Pourquoi pas? Marquis de Pontallec, émissaire particulier de Monseigneur le régent de France !

Un éclair de colère traversa le regard du baron.

- Régent? N'est-ce pas au moins prématuré? Le Roi vit, que je sache !

- Plus pour longtemps sans doute, et il faut à ce royaume en perdition un véritable maître. Nous n'en serions pas là si Monseigneur de Provence eût été l'aîné! Mais cela ne me dit pas qui vous êtes.

- Baron de Batz, émissaire particulier de Sa Majesté le roi de France et de Navarre, Louis seizième du nom !

Le maximum de dédain, le maximum de mépris dans ces quelques mots! En même temps, Batz regardait au fond des yeux cet homme qu'il n'avait jamais vu, ce mari qui avait tout fait pour assassiner sa femme. Le trouver là était sans doute la pire chose qui pût advenir à la pauvre Laura. S'il la reconnaissait, il détruirait la guérison encore fragile qu'elle connaissait. Il y avait bien une solution et Batz cherchait comment la faire naître quand Pontallec lui fournit l'occasion en ricanant :

- Des titres bien ronflants ! Vous ne les porterez pas longtemps, mon petit monsieur !

- Peut-être mais, quoi qu'il en soit, vous ne vivrez pas assez vieux pour vous en rendre compte.

Et, rapide comme l'éclair, sa main s'abattit par deux fois sur le visage de Josse de Pontallec. Devenu soudain violet, celui-ci rugit :

- Paltoquet ! Vous allez m'en rendre raison ! Le sourire de Batz fut alors un poème d'insolence et de malice :

- Mais c'est tout ce que je désire, mon cher monsieur ! Si le colonel von Massenbach veut bien me fournir une épée ?

Celui-ci avait assisté impassible à un échange verbal qui ne le concernait pas. Il avait l'habitude des querelles des Français entre eux. Cela ne faisait jamais qu'une fois de plus, mais il n'aimait pas le marquis de Pontallec qui ne cessait de harceler son chef alors que l'autre lui était plus sympathique. Aussi tira-t-il tranquillement son épée pour la lui offrir en disant :

- Je suis persuadé que vous saurez vous en servir avec honneur, Herr baron. Patientez seulement un instant : je dois avertir Son Altesse pour savoir si elle vous autorise à vous battre dans son camp. Mais, ajouta-t-il avec un bon sourire, cela m'éton-nerait qu'Elle refuse !

CHAPITRE VII

LES CANONS DE VALMY

Qu'ils soient du Nord ou du Sud, les Allemands de tout temps professant un goût certain pour la bataille, le combat, le duel et même la bagarre, la rencontre décidée entre les deux Français ne pouvait leur apparaître qu'une distraction de choix et Brunswick se garda bien de l'interdire puisqu'il ne s'agissait pas de ses hommes. Aussi, quelques minutes après l'altercation, un cercle de soldats armés de torches se formait-il devant l'auberge. Et, comme si le ciel, lui aussi, était d'accord, il fit aux deux adversaires la grâce d'une trêve momentanée.

Avec la permission du duc, le colonel von Massenbach accepta la direction du combat et, tandis qu'il procédait aux préparatifs et envoyait chercher un chirurgien militaire, Batz courut à la grange avertir Pitou de ce qui venait de se passer et de ce qui allait suivre :

- En aucun cas, dit-il en montrant de la tête Laura qui, enveloppée d'une couverture, s'était endormie dans la paille. En aucun cas elle ne doitcsavoir ce qui va se passer. Veillez sur elle ! Et restez ici!

- Jamais de la vie ! Biret-Tissot suffira bien à la tâche. Moi je vais avec vous. Mais dites-moi, vous n'êtes pas un peu fou, baron, de vouloir vous battre et risquer votre vie quand vous avez tant d'affaires importantes et que la vie du Roi...

- Pontallec est un danger pour la vie du Roi, j'en jurerais ! Savez-vous que Monsieur s'est déclaré régent de France ? Il s'arrangera pour que son frère ait cessé de vivre quand Brunswick arrivera à Paris. Et vous pouvez être sûr qu'ensuite la vie du Dauphin ne pèsera pas lourd! Quant à celle-ci, Dieu sait ce qui pourra lui arriver si je n'élimine pas son abominable époux!

- Et si c'est lui qui vous tue?

- Cela m'étonnerait beaucoup, fit Batz avec un sourire qui rassura un peu le journaliste. Depuis d'Artagnan, et même avant, on sait se battre dans la famille !

- Je veux bien vous croire, mais j'aime mieux m'en assurer par moi-même !

En dépit de cette assurance, Pitou eut quelque peine à évacuer son inquiétude. Jean de Batz ne s'était pas vanté : il maniait l'épée en virtuose, mais Pontallec n'était pas maladroit, tant s'en fallait, et pour ceux qui regardaient le spectacle était de choix. L'agilité, la rapidité du baron étaient fascinantes... il se battait comme une guêpe en fureur, tournant dix fois autour de son adversaire, changeant sans cesse ses gardes sur un terrain aussi difficile que possible. Pendant de longues minutes,

Pontallec para ces coups qui le harcelaient avec un bonheur qui, à plusieurs reprises, souleva l'enthousiasme des assistants. Les plus beaux coups des duellistes étaient salués d'une vibrante acclamation et, Pitou, pris au jeu, suivait avec une véritable passion. Mais le ballet mortel que Batz dansait autour de son ennemi finit par porter ses fruits. Josse, furieux de ne pouvoir venir à bout d'un adversaire qu'il avait jugé négligeable, commença à perdre patience et à faire des fautes. Sentant ses forces faiblir, il voulut en finir et porta un coup terrible en se fendant à fond ; Batz para et, tandis que Pontallec se relevait, il se glissa sous l'épée et lui plongea la sienne dans le corps. Pontallec tomba comme une niasse, un cri de femme accompagnant sa chute. Il eut une étrange vision : celle d'une silhouette vêtue d'une mante à capuchon bleu doublée de soie blanche dont les yeux sombres le regardaient avec horreur, une jeune femme qui ressemblait à sa défunte épouse Anne-Laure... mais cela ne pouvait pas être elle. Avant de perdre connaissance il se rappela avec soulagement que le cadavre défiguré avait été trouvé au lendemain du massacre dans la rue des Ballets... et d'ailleurs celle-ci était beaucoup plus jolie !

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